Taxe Trump : l'élection de Joe Biden, lueur d'espoir pour les producteurs de Chablis

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Écrit par Yoann Etienne
Une machine à vendanger dans le Chablisien, dans l'Yonne
Une machine à vendanger dans le Chablisien, dans l'Yonne © Yoann Etienne

L'investiture de Joe Biden le 20 janvier prochain va-t-elle améliorer les exportations des vins bourguignons ? Les producteurs de Chablis, pour qui les USA représentent le 2ème marché, l'espèrent. Depuis octobre 2019, la taxe Trump a fortement ralenti les ventes de leurs vins vers les États-Unis.

Depuis octobre 2019, les vins français de moins de 14 degrés, notamment les vins de Bourgogne, subissent une taxe de 25% sur leur valeur commerciale en arrivant sur le sol américain. "La taxe Trump a été un coup de massue avec un ralentissement de sortie des vins de Chablis", témoigne Jean-François Bordet, vigneron à Chablis et président de la commission Chablis au Bureau Interprofessionnel des vins de Bourgogne.

Une baisse de 17% des exportations 

Cette mesure frappe de plein fouet la Bourgogne et les exportations de vins de Chablis vers les Etats-Unis. Sur la période de décembre 2019 à novembre 2020, les volumes ont chuté de 17% par rapport à l'année 2019. "C’est une baisse assez significative", confirme Adrien Michaut, vigneron à Chablis et président de la Fédération de défense de l'appellation chablis.

Après l'accord commercial trouvée sur les relations commerciales entre la Grande Bretagne et l'Union Européenne, les professionnels de la filièvre viticole en Bourgogne sont rassurés, notamment les producteurs de Chablis. Le Royaume-Uni demeure le premier pays importateur des vins de Chablis, en volume comme en valeur. Les Etats-Unis représentent leur second marché. Avec le changement de présidence aux Etats-Unis, les viticulteurs espèrent donc désormais qu'un nouvel accord soit trouvé avec l'administration de Joe Biden concernant la taxe Trump.

Des pertes aggravées en pleine pandémie

Déjà confrontée aux problèmes de la taxe Trump, toute la filière est également depuis février exposée aux difficultés liées à la crise sanitaire. "Les deux cumulés font que nous sommes est en recul sur ce pays", constate Jean-François Bordet. 

Les viticulteurs les plus touchés sont notamment ceux qui travaillent avec le secteur de l'hôtellerie et de la restauration. "Si vous n’avez que des importateurs qui font de la restauration, vous ne faites pas de bons chiffres. Et si vous avez des importateurs qui font de la vente en grande surface, vous travaillez" explique Adrien Michaut. 

Malgré le contexte, Jean-Paul Durup a lui plutôt bien exporté vers les Etats-Unis. Une situation paradoxale car le marché américain a été en forte baisse dans le vignoble chablisien. Lui a eu la bonne surprise de voir ses ventes progresser. "Mon importateur a particulièrement performé. A la sortie, le bilan par rapport à l’année précédente n’est pas du tout catastrophique. Mais on aurait pu faire mieux évidemment s’il n’y avait pas eu au niveau mondial la fermeture des restaurants et des hôtels".

Mais il reste inquiet pour les mois qui viennent notamment au vu du contexte sanitaire. Selon lui, "il y a de fortes chances que le nouveau président confine les USA. Je m’attends à ce qu'il y ait un fort ralentissement des exportations."

Une taxe en réponse au conflit entre Airbus et Boeing

L'administration Trump a appliqué ces droits de douane de 25% en représailles au traitement préférentiel que l'UE accorderait à Airbus. Ce conflit qui dure depuis 10 ans oppose le gouvernement des États-Unis et l’Union européenne sur de supposées accusations de subventions illégales accordées à l’aéronautique.

"Les Etats-Unis accusent l’Union européenne de subventionner indirectement Airbus ce qui fausse la concurrence avec Boeing" explique Alix Meyer, maître de conférences en civilisation américaine à l’Université de Bourgogne. "Les Européens accusent les Américains de faire la même chose avec Boeing."

Il faut voir que les importateurs américains sont furieux et réclament la fin de ces droits de douane.

Alix Meyer, maître de conférence à l'université de Bourgogne.

Washington inflige donc, depuis plus d'un an, des droits de douane punitifs sur des importations européennes comme le vin, le fromage et l'huile d'olive (à hauteur de 25%), ainsi que des taxes de 15% sur les avions Airbus. Les Etats-Unis y avaient été autorisés par l'OMC, jusqu'à 7,5 milliards de dollars. "Les Américains ont regardé quels étaient les produits symboliques de l’export français, et ils ont tapé dans le vin." 

Une décision qui n'est pas sans conséquence pour les viticulteurs bourguignons mais également pour le marché du vin aux Etats-Unis comme le souligne Alix Meyer. "Il faut voir que les importateurs américains sont furieux et réclament la fin de ces droits de douane" explique le maître de conférence. "Dans l’esprit de Trump, il y a toute une idéologie protectionniste. En augmentant les droits de douane,  il s'est dit "on va préserver ou défendre la filière du vin américain" mais cela ne marche pas. Il n’y a pas eu d’effet de substitution."

Une sortie de crise rapide avec l'élection de Joe Biden ?

Il y a donc de grandes attentes de la part de viticulteurs après la victoire électorale de Joe Biden et l'espoir que les Etats-Unis reviennent à la table des discussions et des négociations autour des droits de douane. "Maintenant on peut avoir l’espoir que Biden à l’avenir amenuise, voir supprime cette taxe" espère Jean-Paul Durup. "Mais une chose est certaine, cela ne se fera pas tout de suite car il va avoir d’autres urgences à gérer."

Un sentiment partagé par Adrien Michaut. "On est dans l’expectative. On attend de voir. Nous comme nos clients, on espère que cela va changer même si on émet de gros doutes quand à la disparition de cette taxe." Jean-François Bordet lui se veut plus pessimiste. "Je ne m’attends pas à un geste de sa part. J’aimerais bien évidemment qu’elle soit supprimée car cela voudrait dire que l’on récupère des ventes tout de suite. Les importateurs n’attendent que ça mais je n'ai pas d’espoir."

Selon Alix Meyer, de l'université de Bourgogne, "c’est un espoir justifié. Il ne faut pas croire qu’avec la fin de la président Trump c’est la fin de tous ces problèmes mais on peut espérer à un retour à une sorte de normalité malgré tout." Il ajoute que "s’il y a une volonté de l’administration de Biden de rouvrir les discussions, c’est évident que tout ces contentieux sur les vins ou les fromages vont être au coeur des discussions."

Une aide spécifique débloquée par le gouvernement 

Pour compenser l'application de taxes américaines sur le vin français, le gouvernement va prochainement accorder des aides aux viticulteurs, a annoncé Bruno Le Maire, jeudi 14 janvier.

Le Ministre de l'économie a indiqué que les viticulteurs pourront bénéficier du fonds de solidarité contre le coronavirus. "Nous allons faire un effort particulier pour les viticulteurs, touchés injustement par le conflit Airbus-Boeing. Ils pourront bénéficier d'une aide de 200 000 euros par mois dès lors qu'ils perdent 50 % de leur chiffre d'affaires" a annoncé Bruno Le Maire.

"J'espère que cela aidera les viticulteurs à passer ces moments difficiles", a indiqué le ministre, qui a ajouté que le gouvernement poursuivait ses efforts pour obtenir "le soutien de la Commission européenne avec un fonds de compensation".

 

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