Yonne : pas rentable, le projet d'usine de méthanisation à Serbonnes mis en suspens

Six betteraviers de l'Yonne souhaitent implanter une usine de méthanisation à Serbonnes, pour recycler leurs déchets agricoles. Le projet, qui avait déclenché l'ire des habitants de la commune, a été jugé pas rentable. Il est pour l'instant suspendu. 

© Collectif RIME Serbonnes

C'est un tournant dans le projet d'implantation d'une usine de méthanisation à Serbonnes, porté par des betteraviers de l'Yonne. "Le projet est suspendu puisque pour l'instant il n'est pas rentable", explique Sébastien Roger, l'un des six agriculteurs associés ce mardi 23 février.

Six betteraviers du territoire planchaient jusqu'à présent sur la création d'une usine de méthanisation. Celle-ci devait récupérer une partie des betteraves qu'ils livrent à la sucrerie, sous forme de pulpe de betterave déshydratée. Associé à d'autres produits végétaux cultivés sur place, le mélange devait être chauffé dans une grande cuve.

Du gaz, le méthane, aurait alors été produit, et une fois purifié, vendu à Engie pour de l'utilisation en ville. Le projet ne prévoyait pas de transformer le gaz en électricité, comme d'autres le font dans ce genre d'usine. La chaleur produite par cette étape ne trouvait pas de débouchés. 

Pas de subventions mais du plastique

Les agriculteurs, pour nourrir la grande cuve, avaient fait le choix d'utiliser uniquement des matières issues de leur production.

Pourtant, financièrement, cela aurait pu être intéressant de diversifier l'origine de la matière consommée par le méthaniseur. Les bettraviers auraient pu être rétribués pour prendre en charge des déchets organiques locaux. Problème, "les centres de tri ne peuvent pas garantir l'absence de plastique", affirme Sébastien Roger. Or, une fois le gaz généré, le mélange restant, appelé digestat, doit être utilisé comme engrais pour les champs des betteraviers, qui n'avaient aucune envie de voir leur champ pollué par d'éventuels plastiques. 

Ce manque à gagner n'était pas la seule entrave financière pour les agriculteurs. Contrairement à d'autres régions, la Bourgogne-Franche-Comté ne subventionne pas la création de ce genre d'usine. "Si la Région avait mis 10 à 15% de l'investissement total, le projet aurait pu aboutir", regrette l'agriculteur. 

Si la Région avait mis 10 à 15% de l'investissement total, le projet aurait pu aboutir.

Sébastien Roger, un des agriculteurs porteurs du projet.

Enfin, l'emplacement géographique du site avait changé en cours de route. Initialement, l'usine devait être construite à 600 mètres des premières habitations. Une poche d'argile, découverte sur le terrain, a rendu impossible son implantation. Le choix du nouveau site, situé à 2,5 kilomètres des maisons, entraînait "un surcoût de 350 000 euros", calcule Sébastien Roger, lié aux réseaux de gaz et d'eau, plus lointains, qu'il aurait fallu raccorder.

Une tache sur un village bucolique ?

L'arrêt du projet a fait des heureux : les habitants de Serbonnes. Prévenus durant l'été 2020 de l'éventualité de la construction de l'usine, ils s'étaient immédiatement mobilisés, d'abord visuellement, en affichant des pancartes dans le village, puis en montant différentes pétitions.

Les opposants au projet multipliaient les griefs contre la méthanisation : "l'odeur liée à l'usine dérange et aurait également impacté d'autres villages autour, notamment Sergines et Michery", estime Jérôme Hanover, habitant de Serbonnes et bénévole de l'association "Contre vent sur les terres coulonnaises" (CVTCA) en lutte contre le projet. Faux, selon l'un des porteurs du projet, Sébastien Roger : "les méthaniseurs qui engendrent des odeurs sont ceux qui fonctionnent mal ou qui sont nourris avec du fumier". Ce qui n'était pas prévu ici, seules des matières fraîches et végétales devaient être intégrées au mélange. 

Aussi, les habitants estiment que l'usine aurait fait baisser les prix de l'immobilier de ce village de plus de 600 habitants. L'image peu glamour du projet de méthanisation ne collait pas au cadre bucolique que souhaite vendre la municipalité de Serbonnes pour attirer les touristes et les urbains en quête de ruralité.

L'odeur liée à l'usine dérange et aurait également impacté d'autres villages autour, notamment Sergines et Michery.

Jérôme Hanover, bénévole de l'association "Contre vent sur les terres coulonnaises"

L'usine aurait amené également son lot de dépenses inconvenantes, notamment pour les routes, peu adaptées aux passages des camions venus apporter de quoi nourrir le méthaniseur. "Le projet aurait nécessité que la commune dépense plus pour l'entretien des routes. C'est un coût supplémentaire inutile pour le village", continue le bénévole. "Seul un des six agriculteurs aurait dû emprunter des petites routes de la commune, les autres auraient roulé sur les grands axes", se défend l'autre partie. 

Même si le projet n'est pas encore définitivement abandonné, "c'est quelque part une officialisation", se réjouit Jérôme Hanover. Selon lui, "la lutte a fédéré le village et a créée une solidarité intergénérationnelleSur les 635 habitants, 634 étaient contre", estime-t-il à la louche en précisant : "95% des habitants majeurs du village avaient signé une pétition contre le projet". "On ne s'interdit pas de regarder une éventuelle lumière qui arrive", préfère espérer Sébastien Roger. 

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