"Sauvons le handball" : dans l'Yonne, le cri d'alarme des clubs amateurs plongés dans le flou avec la crise sanitaire

Crise sanitaire oblige, l'épidémie de Covid-19 prive actuellement les licenciés des clubs de handball amateurs, d'entraînements et de compétition. En Bourgogne Franche-Comté, certains clubs demandent de la visibilité sur un éventuel plan de reprise. Ils craignent une fuite de leurs licenciés. 

Les clubs de handball amateurs craignent une fuite des licenciés en septembre prochain.
Les clubs de handball amateurs craignent une fuite des licenciés en septembre prochain. © PHOTOPQR/L'ALSACE/Jean-François FREY

Suite à la crise sanitaire sans précédent qui s’est abattue sur le monde sportif en 2020, les clubs amateurs, notamment de sport collectif, vont devoir faire face à une perte importante durant cette année 2021. En effet, au cours de ces dix derniers mois, beaucoup de clubs de sport ainsi que des associations sportives ont constaté une baisse du nombre de licenciés. 

C'est le cas notamment dans le handball amateur. Frédéric Pipault est président du club de handball de Migennes (Yonne), l'ASUC Migennes handball. Cette saison il dénombre une baisse importante de ses licenciés. "On a perdu 40% de nos licenciée par rapport à l’année dernière dont beaucoup de jeunes" déplore le dirigeant. 

Même constat chez le voisin auxerrois. Raphaël Besancenot, encadrant au Handball club auxerrois, souligne que sur les 300 licenciés que comptait le club la saison dernière, seuls 230 ont repris une licence cette année. "Aujourd'hui, l’inquiétude d’une grande majorité de clubs, c’est de ne plus avoir de licenciés au mois de septembre, quand ça va reprendre."

Un phénomène qui n'est pas propre au département de l'Yonne. Sur la région Bourgogne Franche-Comté, "il manque entre 4000 et 5000 licenciés" par rapport à la saison dernière nous confie Marie-Albert Duffait, président de la ligue Bourgogne Franche-Comté de Handball. Cette saison, la ligue a recensé près de 15000 inscrits. 

À l’annonce du second confinement la fin octobre 2020, le président du Comité National Olympique et Sportif Français (SNOSF) Denis Masseglia a aussi fait part de ses inquiétudes concernant la reprise du sport et la baisse du nombre de licenciés. La baisse est surtout au niveau des sports en salle comme le basketball, le volleyball et le handball.

Des séances en extérieur 

Avec la fermeture des gymnases, les clubs de handball ont dû s’adapter, et réinventer leurs entraînements, quand c'est possible. Car comme nous confie Raphaël Besancenot, "on commence à y réfléchir parce qu’il fait beau mais je ne me voyais pas mes gamins jouer par -5 degrés sur la neige en extérieur".

Comme son homologue de Migennes, il pointe également le manque de disponibilités des terrains. "Il faut trouver les espaces. Les autres clubs ne nous ont pas attendu. Il n'y a pas beaucoup de terrains de hand en extérieur. Tout ce qui est synthétique, c’est vite pris par les clubs. Cela entraîne d’autres problématiques."

Un collectif de clubs alerte la fédération 

Face à cette situation de crise, un collectif d'une cinquantaine de clubs amateurs s'est créé. Aujourd'hui, il ont décidé d'alerter sur leur situation en publiant un communiqué de presse avec plusieurs revendications pour faire part de leurs inquiétudes notamment à la Fédération française de handball (FFHB). Raphaël Besancenot fait partie du collectif et a participé à l'écriture de ce communiqué partagé sur les réseaux sociaux, intitulé "sauvons le handball".

Face aux réponses apportées pour faire face à la crise par la Fédération Française de Handball qu'il juge "insuffisantes", le club de handball d'Auxerre a rejoint le collectif comme plusieurs clubs de l'Yonne. "On essaie de grossir pour peser car le handball comme tous les autres sports souffre. Il n’y a pas de réponse claire de la part de la fédération", explique Raphaël Besancenot.

Le club de Migennnes a récemment rejoint le collectif. Pour Frédéric Pipault, son président, il y a un sentiment d'abandon de la part des clubs. "On n’a pas de soutien, on n'a rien", déplore le dirigeant. "On a que le comité de l’Yonne qui va faire quelque chose. Mais au niveau de la FFHB ou de la ligue de Bourgogne, il n’y a rien. Il n’y a pas de communication."

Vers une saison blanche en championnat ? 

Dans ce communiqué, les clubs signataires se sont mis d'accord pour faire passer deux revendications importantes. La première étant de "déclarer une saison blanche et non pas la fin de la compétition" notamment en raison du manque de visibilité quant à une reprise potentielle. Beaucoup de clubs voient difficile voire impossible une reprise des équipes en championnat. 

"La saison blanche permettrait une reprise de la pratique dans le respect de la santé de nos licenciés, sans pression. Chaque club pourrait adapter sa reprise et ses rencontres en fonction de son effectif," peut-on lire dans le communiqué. 

Pour Raphaël Besancenot, il est évident que compte-tenu de la situation sanitaire, la compétition ne reprendre pas cette année. "La compétition, elle est morte", déclare l'encadrant. Frédéric Pipault est du même avis. "La saison est encore foutue. On a besoin de savoir où l’on va maintenant."

Prolonger les licences d'une année supplémentaire ?

La plupart des adhérents ne désirent pas reprendre leur licence, car la saison risque de se terminer de manière précoce comme l’année dernière. Les clubs demanderont donc que les licences engagées et payées cette année soient prolongées à la saison prochaine. 

"Au niveau des licences on va être obligé de faire quelque chose pour nos licenciés", exprime Frédéric Pipault. "On voudrait que la licence de cette année soit valable l’année prochaine. On ne peut pas redemander aux gens de payer une licence, c’est inconcevable." "Il n’y a pas eu de sport cette année. Cela fera une perte pour les clubs mais on n’aura au moins des licenciés" ajoute Raphaël Besancenot. 

La réponse de la ligue de Bourgogne 

Si la FFHB et la ligue de Bourgogne n'envisagent pas de prolonger les licences, d'autres solutions sont à l'étude. "La fédération va faire un gros effort" nous confie Marie-Albert Duffait, président de la ligue de Bourgogne Franche-Comté. "Les licenciés qui ont joué le jeu et ont pris leurs licences, on va faire en sorte que cela leur coûte moins cher la saison prochaine. On va s'occuper d'eux à la rentrée." D'autres solutions sont à l'étude nous précisent la ligue de Bourgogne. 

Marie-Albert Duffait rappelle cependant que des aides ont déjà été engagés du côte de la ligue et de la Fédération. "L’année dernière, on a déjà remboursé 25% des engagements de licences vu que la saison a été raccourcie. Et cette saison, on n’a encaissé que les engagements des licenciés enregistrés."

Une communication de la Fédération sur un plan de reprise devrait être transmise aux clubs le 10 mars prochain. Du côte de la ligue de Bourgogne, une commission des finances et une commission stratégique seront mises en place par la suite pour aider les clubs en difficulté. 

 

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