Canicule : la Bretagne va-t-elle devenir un refuge pour migrants climatiques ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Valérie Chopin .

En période de canicule, les zones de fraîcheur sont particulièrement courtisées. Est-ce qu'avec le réchauffement climatique, la Bretagne va devenir une "arche de Noé" ? "Tout est relatif, mais c'est possible !" répondent les spécialistes.

De Millau dans l'Aveyron à Dinard en Ille-et-Vilaine, en passant par Cognac en Charente, de nombreux records mensuels de températures ont été battus ces vendredi 17 et samedi 18 juin 2022. Jusqu'où la température peut-elle grimper ? Difficile de se projeter, mais les météorologues et prévisionnistes s'accordent tous pour le dire : ces épisodes "excessifs" vont se renouveler : "Enregistrer près de 40 degrés à la mi-juin, ça n’est jamais arrivé, et cela va se répéter !" prévient Sébastien Decaux, météorologue de Météo Bretagne.

Plus intenses, plus fréquents, plus précoces

"Nous sommes amenés à vivre des épisodes de ce type de façon plus intense. Ils seront plus fréquents et plus précoces, c'est à dire : dès juin comme on le voit en ce moment, mais aussi jusqu'en septembre. L’intensité des événements que nous observons aujourd'hui est très inquiétante pour le futur" poursuit le spécialiste.

Si l'épisode caniculaire de cette mi-juin ne dure que deux à trois jours, son étalement sur la durée peut avoir de graves conséquences. A l'image de la canicule de 2003 qui a duré près de deux semaines. "Chaque jour commencerait avec un ou deux degrés supplémentaires et avec le phénomène des îlots de chaleur observés en ville (où les infrastructures, les bâtiments, les routes, etc. accumulent la chaleur en journée et la restituent la nuit) on rentrerait dans un cercle vicieux : la canicule deviendrait très vite un problème sanitaire à l’échelle du pays" poursuit Sébastien Decaux.

On n’a jamais atteint des températures aussi hautes et aussi vite

Daniel Vendramini, responsable de service prévisions de Météo France Rennes

"L’activité anthropique qui fait augmenter les gaz à effets de serre, et nos prévisions nous amènent à penser que dans les années à venir, dans les 20 ans, 30 ans, jusqu’à la fin du siècle, les températures vont continuer à évoluer" renchérit Daniel Vendramini, responsable de service prévisions de Météo France.

"Dans tous les cas, on aura des étés plus longs, c’est-à-dire des vagues de chaleur, plus tôt et plus tardives, des événements de vague de chaleur plus intenses, avec des pics de chaleur qui vont aller en s’aggravant." 

La Bretagne plus épargnée ? 

Météo Bretagne relève ce samedi 18 juin un record hautement symbolique. Il a été battu la nuit dernière à Belle-Ile-en-Mer, où malgré les eaux fraîches des alentours, la température n'a pas beaucoup descendu : "23,5 degrés enregistrés à 7h12 ! C'est à dire qu'au plus bas de la nuit, il faisait à Belle-Ile plus de 23 degrés" décrypte Sébastien Decaux. "D'après nos relevés, il faisait encore 26,6 degrés à 3h du matin : on a pulvérisé tous les records. Il n’a jamais fait aussi chaud que la nuit dernière sur cette île du Morbihan !"

On va subir des vagues de chaleur, au Nord, comme au Sud.

Daniel Vendramini, responsable du service prévisions de Météo France Rennes

Si nous sommes loin, en degrés Celsius, des températures relevées dans le sud de la France, Daniel Vendramini de Météo France insiste : "Pour des Bretons habitués à des maximales de 30 degrés, arriver à 35 degrés c’est exceptionnel. De même manière que dans le Sud où on est plus habitué à 35, arriver à 40 c’est exceptionnel. Tout est relatif, mais on va subir ces vagues de chaleur, au Nord comme au Sud."

Le ressenti est d'autant plus important à de telles températures, et certaines projections sont alarmantes. Ces degrés en plus pourraient signifier des pointes à 50 degrés, pendant parfois 20 jours de suite. "Le Sud et les zones désertiques vont souffrir davantage", concède Daniel Vendarmini. On y verra des températures encore plus fortes que dans les zones un peu plus tempérées et qu'au Nord de l’hémisphère."

La Bretagne ferait alors partie de ces zones plus fraîches et donc plus attirantes ? "On va dire qu’avec sa position géographique entourée de mers, les températures vont relativement un peu moins monter en Bretagne. Même si derrière en moyenne, on sera un peu moins pris, en absolu pur : 35 degrés c’est pas 40 !"

Où vivre quand il fera 50°C ?

En octobre dernier, le magazine Envoyé Spécial a réalisé un film fictif sur les conséquences du réchauffement climatique. A quoi pourrait ressembler la France en 2050 ? Ce film d'anticipation s'appuie sur les données de plusieurs scientifiques. On y voit des habitants déserter le Sud de la France à cause de l'air devenu irrespirable par sa chaleur. Face à des pointes à 50 degrés pendant 20 jours de suite, les habitants fuient vers la seule région qui reste vivable : la Bretagne. Réaliste ?

"Ça fait partie des scenarios, répond Daniel Vendramini. Nous, on le regarde d’un point de vue national, mais il faut savoir que ça existe déjà dans d’autres pays et sur d’autres continents où des zones deviennent invivables et où ces transferts de population ne font que commencer et continueront."

"Après, tout dépend des adaptations faites dans les villes, on limitera sûrement ces extrêmes mais quoi qu’il en soit, si l’on reste sur des scenarios extrêmes de réchauffement climatique, il y aura effectivement des situations très compliquées dans certaines régions méditerranéennes par exemple."

Le GIEC (le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et son ancien vice-président le Breton Jean Jouzel ne cessent de le répéter depuis des années. Pour éviter un tel scenario, il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre : "Pour l’instant, ce n’est malheureusement pas la trajectoire que nous prenons. Avec les mesures actuelles, nos émissions augmenteront même après 2030", regrette le climatologue. 

La montée des eaux est déjà une réalité, et la Bretagne est directement concernée. Si rien n'est fait rapidement, les terres vivables seront assez vite, vraiment trop petites pour accueillir les migrants climatiques que nous pourrions tous devenir.

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