Consommation. Le prix du poisson va-t-il flamber avec la réouverture des restaurants ?

Certains restaurateurs s’inquiètent d’une possible flambée des prix du poisson à la réouverture des restaurants. C'est peut-être vrai pour certaines espèces, comme la langoustine, mais les professionnels du secteurs croient à un rééquilibrage des prix. 

Le Brexit et la pandémie ont aussi un impact sur le prix du poisson
Le Brexit et la pandémie ont aussi un impact sur le prix du poisson © G.Houin BELPRESS/MAXPPP

« Avec la demande qui va augmenter et la pêche qui ne peut pas suivre, les prix vont flamber ! » s’inquiète Aurore Mousset, propriétaire du restaurant Apparance à Saint Malo. Lieu noir, cabillaud, églefin mais aussi turbot, Saint-Pierre ou bar, en temps normal l’établissement propose systématiquement du poisson dans ses différents menus.

Entre la limitation des importations de poisson, due au Brexit, et l’augmentation de la demande avec la réouverture des terrasses, la restauratrice craint le pire : « Ca va devenir un luxe de manger du poisson ».

Cette prévision pessimiste n’est cependant pas partagée par tous les professionnels contactés.

 

Avant de parler d'une augmentation de prix il convient de faire un point sur la situation actuelle, car le Brexit et la pandémie ont eu de vraies conséquences sur le marché du poisson frais.

Jean Besnard, gérant de l’entreprise de mareyage Lorient Moulin Marée a bien constaté une baisse des prix sur les poissons dits nobles tels que la lotte, le Saint-Pierre ou le turbot qu’il explique par la fermeture des restaurants.

« Ce sont surtout les gros poissons de plus de 3 kilos qui ont été impactés par la fermeture des restaurants et les prix ont effectivement baissé car l’offre était supérieure à la demande » détaille-t-il.

Les autres espèces ont cependant continué à se vendre presque normalement car les poissonneries et la grande distribution ont relativement bien compensé la perte de ces débouchés. "Les gens ont consommé du poisson et les GMS (grandes et moyennes surfaces) ont plus ou moins joué le jeu du local" remarque-t-il. "Certes les prix ont un peu baissé mais les pêcheurs ont pu continuer à travailler".

Pour ce qui est du prix du poisson, le mareyeur estime que la réouverture des établissements se faisant progressivement, il ne devrait pas y avoir de flambée des prix. "Il y aura sûrement un peu plus de demande mais pas de quoi impacter trop fortement le cours du poisson. Aujourd’hui il n’est pas difficile de trouver de la marchandise" analyse le mareyeur lorientais.

 

Si le premier confinement de mars 2020 a été très compliqué, ces derniers mois "ne se sont pas trop mal passés" pour les petits pêcheurs commente Philippe Lannezval, le président du groupement des pêcheurs artisans lorientais (GPAL).

"La pandémie a eu peu d’impact sur la pêche artisanale car nous vendons essentiellement sur des marchés locaux. Nos produits, telles que la sole ou les langoustines se sont plutôt bien vendus" constate-t-il.  Il faut préciser que la criée de Lorient n’a jamais fermé et plus de 500 acheteurs viennent s’y approvisionner, de quoi faciliter l’écoulement de la marchandise.

Côté prix, le président du GPAL n’exclut pas une augmentation de certains produits. "Il est possible qu’il y ait une augmentation du prix de certaines espèces comme la langoustine sur les premières semaines" tempère le représentant des pêcheurs artisans, qui ne croit cependant pas à une flambée du prix du poisson local.

Depuis un mois le prix de certains poissons a bel bien baissé. "La lotte a perdu environ 40% de son prix" confirme le codirecteur de l’association des Présidents et responsable de la marée.

Si la demande augmente, le prix de la lotte repartira à la hausse à n’en pas douter. Mais Pascal Bouillaud tempère : "La chute des prix n’a concerné que certaines espèces. C’est aussi une conséquence de la fermeture des marchés partout en Europe".

Pour les semaines à venir le directeur du port de pêche de La Rochelle mise plutôt sur un retour progressif à la normale : « L’ouverture des terrasses ne va pas entraîner une explosion de la demande. Je ne pense pas qu’il y aura un impact immédiat sur les prix. Peut-être que la petite pêche, elle, pourrait voir la différence ».

A écouter ces professionnels, les amateurs de poisson n’ont donc pas trop d’inquiétudes à avoir. Bars, merlus, langoustines seront bel et bien au menu des restaurants ces prochaines semaines. Suivants les espèces et leur provenance les tarifs affichés pourraient cependant créer des surprises, bonnes ou mauvaises.

 

 

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