Fabrication de masques. Dans les Côtes d'Armor, la Coop des masques victime de la concurrence chinoise et du manque de soutien des acteurs publics

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Sale temps pour la Coop des masques de Grâces, près de Guingamp, dans les Côtes d’Armor. Depuis le printemps, les commandes se sont écroulées, avec notamment une concurrence chinoise très agressive et les commandes publiques plus faibles que prévues. Des difficultés rencontrées par l'ensemble de la filière française.

Dans l'entrepôt de la Coop des Masques, à Grâces près de Guingamp, sont entreposés des centaines de cartons. A l'intérieur, deux millions de masques FFP2 et un million de masques chirurgicaux attendent de trouver preneurs. L'équivalent de trois mois de vente selon Patrick Guilleminot, le directeur de l’usine.

Les machines sont à l’arrêt, les équipes de production en chômage technique : 

Toute la production travaille une semaine sur deux au niveau des machines de manière à ne pas trop produire.

Patrick Guilleminot, directeur de l’usine

C'est de la trésorerie et la trésorerie c'est le nerf de la guerre, c'est ce dont on a besoin aujourd'hui. Cette trésorerie elle est là", rajoute le directeur en pointant les cartons.

Un million d'euros de pertes

Résultat, des pertes qui s’élèvent à plus d’un million d’euro. Alors, après une assemblée générale des sociétaires la semaine dernière, les responsables de la Coop lancent ce vendredi 15 juillet un appel aux décideurs et aux collectivités pour les aider à redresser la barre.

Lancée en janvier 2021, l'entreprise coopérative et solidaire devait fournir chaque année 30 à 45 millions de masques totalement "faits en Bretagne". Sa structure lui permet d'associer des collectivités, des associations, des entreprises, des citoyens et les salariés autour du projet de production. 

Dans la deuxième moitié de 2021 et jusqu’au mois de février de cette année, les machines tournaient à plein régime avec jusqu’à 300.000 euros de chiffres d’affaires par mois. Mais en mars, il est tombé à 50.000 euros. Les commandes se sont raréfiées.

"Aujourd’hui nous ne recevons pas les commandes qui étaient prévues au départ", s'agace Christophe Winckler, président du conseil d'administration de la Coop des Masques. 

Les hôpitaux ne représentent que 10 % de notre chiffre d'affaire alors qu'ils étaient nos principales cibles.

Christophe Winckler, président du conseil d'administration de la Coop des Masques.

De la même façon, on travaille dans notre sociétariat avec des mutuelles, des groupes mutualistes qui gèrent des Ehpad et des tas d'organismes. Ils ont mis 300 000 € au capital mais n'ont réalisé que 20 000 € de commandes. C'est ridicule ! Les actes ne sont pas là."  

Des commandes souvent raflées par la Chine à des prix défiants toute concurrence : moins d'un euros la boîte de cinquante masques. 

C'est impossible à faire en France. Le prix minimal défini par la profession c'est 3 €. Pourtant beaucoup de nos sociétaire et d'organismes publiques continuent d'acheter en Chine.

Christophe Winckler, président du conseil d'administration de la Coop des Masques.

Aurore Ruellan fait partie des 14 salariés de la Coop des Masques. Elle non plus ne comprend pas l'absence de commandes de certains sociétaires : "On se demande pourquoi ils ont investi, pourquoi ils nous ont dit qu'ils croyaient en nous pour finir par aller voir ailleurs. On est vraiment déçus. Que des professionnels de santé qui ont eu une grosse pénurie pendant la crise aillent acheter en Chine, c'est difficile à accepter. On sait que ce n'est pas forcément de la bonne qualité, il y a des fongicides dessus, c'est fabriqué par des enfants, des prisonniers politiques."

Si cela continue, nous et toutes les sociétés de production de masque, on va fermer. Et le jour où il y aura un autre pépin, il n'y aura encore plus personne en France. 

Aurore Ruellan, salariée de Coop des masques

Car le cas de cette Coop est loin d'être isolé. En 2020, de nombreuses entreprises ont été créées pour assurer l'autonomie française sur la fabrication des masques chirurgicaux et FFP2 : "On est monté jusqu'à une trentaine de société industrielles pour assurer la demande, rappelle Christian Curel, président du syndicat des fabricants français de masques (F2M). En 6 mois, on ainsi pu atteindre l'autonomie en terme de production de masques. Six mois plus tard, on était aussi autonome en terme de fabrication de matière première." 

Aujourd'hui, à l'échelle nationale, l'activité de ces entreprises a baissé de 50 à 80 % et la moitié des machines produisant des masques est à l'arrêt selon ce syndicat.

Une clause de préférence européenne pour les établissements de santé

Depuis décembre 2021, les établissements de santé sont pourtant incités à acheter en France et en Europe leurs masques, gants et équipements de protection contre les contaminations. C'était l'objet d'une circulaire publiée par le gouvernement pour "garantir l'approvisionnement en cas de nouvelle pandémie mondiale". Christian Curel appelle à ce que cette circulaire soit réellement appliquée. 

Seules les collectivités locales semblent s'être engagées auprès de la Coop selon Christophe Winckler : 

"On a eu un très fort soutien non seulement pour la création de la coopérative mais on a également reçu beaucoup de commandes de leur part des différents départements, de la région, de certains Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS). De gros efforts ont été faits."

Les salariés sont déçus mais encore combatifs, d’autant qu’une procédure de redressement judiciaire est toujours en cours jusque fin août. Sans trésorerie, l’avenir de la Coop des Masques serait fortement compromis.

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