La question pas si bête. Faut-il laisser la mer reprendre ses droits sur le littoral?

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Faut-il laisser la mer reprendre ses droits ? ©Reportage de fabrice Leroy et Catherine Bazille. Images aériennes : Nancy Lamontagne - Antoine Collin (CGEL, EPHE-PSL)

C’est une conséquence inéluctable du changement climatique. Partout sur la planète, les océans voient leur niveau monter. De nombreuses zones du littoral se retrouvent ainsi sous la menace de submersion. Quelles stratégies adopter face à ce phénomène. Faut-il continuer à résister ou bien au contraire s’adapter ?

La baie de Lancieux, sur la côte nord de la Bretagne, vient en partie d'être rendue à la mer. C’est comme un retour dans le passé.

Désormais, à chaque marée, la mer recouvre le polder de Beaussais-sur-Mer. La digue élevée au XIXe siècle présentait des signes de faiblesse, une brèche est apparue en 2020. Il a alors été décidé de ne pas la colmater, et de laisser l’eau envahir les marais de Drouet et de Ploubalay.

La mer reprend sa place

De quelques mètres au départ, la brèche s’étale maintenant sur une largeur de quarante mètres, et dix mètres de profondeur. Désormais, elle ne devrait plus bouger. En quelques mois, le paysage s’est déjà modifié.

Gwenael Hervouet, délégué adjoint du Conservatoire du Littoral en Bretagne, explique : " Avant le milieu du 19eme siècle, la mer s'arrêtait sur le bout de la plage. Mais depuis que la brèche a coupé la digue, la mer reprend sa place."

Convaincre les riverains

Pour en arriver là, il a fallu préparer le terrain avec un travail mené en commun par le Conservatoire du Littoral et les élus locaux. Une seule maison se trouvait sur site, menacée par la montée des eaux, notamment lors des grandes marées.

Un dialogue s’est engagé avec le propriétaire pour le convaincre de la nécessité de vendre son bien. Des démarches facilitées par l’évolution des mentalités. "C'est un sujet de discussion permanent avec les riverains. Mais sur le site, on montre que ça peut fonctionner" rajoute le spécialiste.

On peut lutter éternellement et mettre des matériaux pour protéger la digue mais ils repartiront au fil des marées.

Gwenael Hervouet

délégué adjoint du Conservatoire du Littoral

Même constat positif face à cette stratégie du côté de la commune. Le choix effectué sur le polder et la digue est validé.

C'est une belle réussite. On a même des visites de communes du littoral français qui viennent voir ce qu'on fait.

Eugène Caro

Maire de Beaussais-sur-Mer

Un autre choix a également été fait, celui de conserver la fameuse maison.  À côté a été installé une œuvre symbolique intitulée "la vague" de l’artiste Nancy Lamontagne. La maison servira de support pédagogique aux visiteurs des lieux.

Les 70 hectares du polder vont ainsi retrouver leur vocation maritime. La salicorne y a déjà fait son retour. La mer a tranquillement repris ses droits sur cette terre que l’homme avait colonisée.

Doit-on généraliser ce principe ?



Cette transformation du trait de côte s'inscrit dans un financement européen baptisé Adapto et géré par le conservatoire, dont l'objet est précisément de gérer de manière souple le trait de côte face à la montée des eaux.

Dix sites pilotes ont été choisis sur le territoire français, dont celui de la baie de Lancieux.

Concrètement, il s'agit d'être capable de prendre au cas par cas les meilleures décisions. Exemple, justement, sur ce site pilote. Alors que sur le polder de Beaussais-sur-Mer, la mer reprendra ses droits. En face, pour le polder de Lancieux, le choix a été fait de consolider, voire reconstruire la digue. 

La raison : parce qu'il y a d'avantage de population et d'activité économique à protéger. En clair, "ce qui est vrai d'un côté n'est pas forcément vrai de l'autre, c'est de l'étude en fonction du territoire, voire du micro-territoire" explique Gwenael Hervouet.

Avec Fabrice Leroy

Images aériennes : Nancy Lamontagne - Antoine Collin (CGEL, EPHE-PSL) 





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