Témoignage. Pesticides." Aujourd’hui, je suis malade, j’aimerais bien que d’autres ne le soient pas"

Publié le Écrit par Séverine Breton

En 2011, le ciel lui est tombé sur la tête. A tout juste 50 ans, Gisèle Garreau a appris qu’elle souffrait de la maladie de Parkinson. Une pathologie liée sans doute aux pesticides que cette ancienne agricultrice a utilisés au cours de sa vie professionnelle. Ce 25 janvier 2024, elle se rendra au tribunal de Saint-Brieuc pour contester le taux d’invalidité qui lui a été accordé. Elle se bat pour elle mais surtout pour que la société prenne conscience de la dangerosité des produits phytosanitaires.

"Je suis fille de maraîchers et ensuite j’ai été agricultrice, éleveuse de chèvres et productrice de céréales et de légumes, donc, c’est clair, j’ai utilisé pas mal de produits" raconte Gisèle Garreau.

Un peu avant son cinquantième anniversaire, elle a commencé à ressentir des douleurs. "J’avais mal au dos, aux épaules, j’étais fatiguée", et puis sa main s'est mise à trembler.

Son médecin l’adresse alors à un neurologue et le diagnostic tombe : Parkinson. Gisèle Garreau reçoit l’annonce en pleine figure. "J’ai eu du mal à l’accepter, reconnaît-elle. J’ai mis plusieurs mois avant de réussir à prendre mes médicaments tellement c’était difficile d’accepter cette maladie. J’essayais de cacher mes tremblements, mais c’était de plus en plus dur. "

Drôle de "lune de miel"

Si elle tarde un peu, c’est peut-être aussi parce que la médecin l’a prévenue. Dans cette pathologie, les médicaments sont efficaces pendant 10 ou 15 ans. Les spécialistes ont surnommé cette période, "la lune de miel". Ensuite, petit à petit, l’action du traitement s’estompe.

Pour calmer ses tremblements, en plus des comprimés oraux, Gisèle Garreau doit alors être équipée d’une pompe. Elle est branchée à son appareil toute la journée, puis jour et nuit.  "Les contractions musculaires de la maladie sont si violentes que c’est comme si je courais un marathon toute la journée" décrit-elle.

En 2023, elle est opérée. On lui implante des électrodes dans le cerveau pour stimuler les neurones et réduire les tressaillements. "Ça va mieux, confie-t-elle, parce que ça diminue les symptômes, mais, malheureusement, ça ne guérit pas la maladie."

"Un extrait de plante"

Gisèle Garreau a été obligée d’arrêter de travailler et se bagarre pour vivre. Un jour, une amie lui apporte un article qui évoque une relation entre la maladie de Parkinson et l’utilisation de produits phytosanitaires. Elle se plonge dans le document et y reconnaît des noms.

Notamment celui du Roténone, un insecticide contre les pucerons. "J’avais toute confiance, déplore-t-elle. Je suivais derrière le pulvérisateur pour vérifier que le produit collait bien sur les feuilles, sinon, ce n’était pas efficace."

Gisèle se retrouve donc régulièrement au milieu du nuage de Rotenone. "On nous disait que c’était extrait d’une plante, que c’était naturel, c’était même utilisé en agriculture biologique. J’étais loin de penser que ça pouvait être dangereux, témoigne l’ancienne agricultrice. Tout le monde s’est fait duper. On se disait, si on peut l’utiliser, c’est qu’il n’y a pas de danger."

On se disait, si on peut l’utiliser, c’est qu’il n’y a pas de danger

Gisèle Garreau

En France, les insecticides à base de Roténone ont été retirés du marché à partir de 2008. 

Le combat pour la reconnaissance de sa maladie professionnelle

La MSA reconnaît la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle depuis 2012. Or, quand Gisèle Garreau dépose son dossier de reconnaissance de maladie professionnelle, elle n’est plus agricultrice et dépend donc de la CPAM.

Il lui faudra 4 ans et de nombreuses procédures pour que son dossier soit enfin accepté. Elle est alors convoquée par le médecin pour calculer son taux d’invalidité permanente.

Dans son bureau, le praticien évoque oralement avec elle un taux de 67% qui prend en compte ses difficultés, ses douleurs et son incapacité à travailler.

La maladie de Parkinson provoque énormément de fatigue, "je n’ai plus de force, souffle Gisèle Garreau. Même dans les mains. Parfois, je ne peux même pas ouvrir une bouteille d’eau, je ne peux plus marcher."

Sans la rencontrer, le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides réduit drastiquement le taux à 25 %. "C’est le taux qu’on accorde aux gens qui ont des tendinites, se désespère l’ancienne éleveuse. La maladie de Parkinson, ce n’est pas tout à fait une tendinite."

Soutenue par le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest, elle ira, ce 25 janvier, devant le pôle social du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc pour contester ce taux.

"Je me bats pour la vie" 

"Aujourd’hui, je suis malade, j’aimerais bien que d’autres ne le soient pas, explique Gisèle Garreau. Je me bats pour moi, assume-t-elle, mais je me bats surtout pour qu’il y ait une prise de conscience des dangers que représentent ces produits-là."

Nous en sommes même arrivés à enrober les graines ! Comme cela, ça reste dans la terre, ça va dans l’eau, et on en mange tous les jours !

Gisèle Garreau

"Aujourd’hui, on nous dit qu’on en utilise moins, mais c’est de la foutaise !, martèle l'ancienne agricultrice. Les concentrations sont de plus en plus fortes, nous en sommes même arrivés à enrober les graines ! Comme cela, ça reste dans la terre, ça va dans l’eau, et on en mange tous les jours ! Moi je fais ça pour qu’on arrête. C’est incroyable de mettre du poison comme ça."

Elle a l’impression que la population a pris conscience du danger, mais que les politiques freinent. "On sait que le glyphosate est dangereux et ils l’autorisent à nouveau pour des années" regrette Gisèle Garreau.

LIRE : Glyphosate. "Quand je pense à tous mes collègues agriculteurs qui ont Parkinson ou un cancer, ça fait froid dans le dos"

L’ancienne éleveuse ajoute aussitôt : "Il ne faut pas se tromper de cible. Il ne faut pas s’en prendre aux agriculteurs qui utilisent ces produits. Certains n’ont pas le choix, ils ont fait des investissements, il faut qu’ils remboursent, etc… Ils ont besoin d’un accompagnement pour passer à un modèle plus respectueux du vivant, de la terre et de l’eau."

"En fait, résume-t-elle, je me bats pour la vie."


 

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