Un député breton en mission un mois en Antarctique sur la base française Dumont D'Urville

Projet de rénovation de la base française Dumont D'Urville, informations sur les dernières connaissances scientifiques concernant l'environnement en Antarctique mais aussi visite auprès des 60 personnels qui travaillent sur place... Jimmy Pahun, député MODEM du Morbihan et coprésident du groupe de travail à l'Assemblée nationale sur les "Terres Australes et Antarctiques Françaises" (TAAF) va rester un mois en Terre Adélie.

Une température autour de zéro degré dans la journée mais des nuits glaciales et un vent de plus de 150 km/h en rafales la nuit. C'est l'été en ce moment en Antarctique au pôle Sud. Depuis la fin décembre, Jimmy Pahun, député MODEM du Morbihan, est arrivé en Terre Adélie pour une durée d'un mois. "Hier nous avons réussi à monter un bivouac et à dormir mais il était impossible d'aller dehors dans de telles conditions,"  indique le député sur le ton de l'humour.

Un mois pour découvrir : pas de trop pour s'imprégner des conditions de travail et de vie mais aussi de l'état des recherches des 60 scientifiques et techniciens français en mission sur la base Dumont-D'urville. Une base gérée par l'institut polaire français Paul-Emile Victor basé à Brest en charge depuis 1947 de la recherche française dans les régions polaires.

Après un voyage au Groënland l'été dernier, le député morbihannais veut être le témoin "du magnifique et incroyable travail que fournissent tous ces personnels." Et il ajoute : "Il s'agit d'une mission de rencontre et de connaissance dans un milieu très difficile et très hostile."

durée de la vidéo : 00h01mn00s
L'étude des manchots en Antarctique par les scientifiques français permet de mieux connaître l'état de l'environnement ©video équipe scientifiques Base Dumont-d'Urville

Des équipes qui viennent de laboratoires de toute la France. "Il y a des recherches par exemple sur les comptages des manchots. Cela permet d'en savoir plus sur la qualité de l'eau mais aussi sur les stocks de poissons. Il y a aussi des sismologues, des glaciologues, des spécialistes du pôle Sud magnétique..." se réjouit l'élu morbihannais. 

Cette visite intervient dans le cadre du groupe de travail de l'Assemblée Nationale sur les Terres Australes et Antarctiques Françaises" (TAAF) afin de s'intéresser aux futurs projets que le Président de la République a fixé à l'occasion du sommet "One Planet Polar Summit" fin novembre dernier à Paris. Le chef de l'Etat s'était engagé à investir un milliard d'euros entre 2025 et 2035 dans la recherche polaire et la protection des régions polaires françaises avec les pôles, les glaciers et la cryosphère, c’est-à-dire l'ensemble des masses gelées sur terre.

Renforcer le budget consacré à la science polaire

Parmi les priorités justement, l'augmentation du budget consacré à la science polaire (notamment en Antarctique Est, zone très peu étudiée par les Français) mais aussi la réhabilitation de la base scientifique française Dumont-d'Urville construite il y a tout juste 80 ans. Ou encore la construction d'un nouveau navire de recherche scientifique baptisé le "Michel Rocard". Il fera partie de la Force Océanique Française (FOS) et sera positionné en partie en Nouvelle-Calédonie soit au niveau de la base Dumont-d'Urville de décembre à février de chaque année. Ce navire d'environ 70 mètres de long, pourra accueillir une vingtaine de scientifiques. Il sera aussi capable de déployer des engins sous-marins scientifiques. Conçu pour résister à la glace, il pourra travailler en zone côtière comme en haute mer. Pour l'élu breton, "ce sont des moyens pour renforcer la présence française sur place. Il faut y faire attention. Il faut que nous soyons ici dans cette partie du monde."

500 milliards de tonnes de pétrole et 400 milliards de tonnes de gaz en Antarctique

Car le continent Antarctique attise les appétits de nombreux pays sur la planète. Avec en tête, les Russes, les Américains et les Chinois, qui investissent eux aussi dans la recherche scientifique. Mais peut-être avec des arrière-pensées économiques. Car les 14 millions de km2 de l'Antarctique regorgent de métaux rares, de minerais, de pierres précieuses. Les estimations font aussi état de réserves de 500 milliards de tonnes de pétrole, de 400 milliards de tonnes de gaz. Des ressources naturelles qui sont pour le moment intouchables.

Ce continent est destiné à la science et à la paix

Jimmy Pahun

député MoDem du Morbihan

Car depuis la signature du "Traité De l'Antarctique" en 1959, "ce continent est consacré à la science et à la paix" prévient Jimmy Pahun. Un continent qui doit rester non militarisé et écarté de toute prétention territoriale. Une protection de toute exploitation qui n'a été actée que jusqu'en 2048. Mais le député breton tient à relativiser. "D'autres pays sont présents en Antarctique et mènent des recherches y compris en collaboration avec nous. On voit aussi qu'ils sont obligés de prendre exemple sur le savoir-faire des Français pour tout ce qui est de la logistique. Par exemple pour déplacer des tonnes de matériels sur un millier de kilomètres grâce à des véhicules spéciaux à chenilles." Il ajoute "Je suis beaucoup plus inquiet pour le pôle Nord et l'Arctique. Car avec le dérèglement climatique, la fonte des glaces va permettre d'ouvrir de nouvelles routes de navigation de commerce. Cela va aussi rendre accessibles d'énormes gisements pétroliers avec des pays riverains qui ne sont pas sûrs."

Il faut vraiment qu'on en prenne un soin énorme

Jimmy Pahun

Député MoDem du Morbihan

Quoi qu'il en soit, en Antarctique, les chinois viennent d'investir dans une nouvelle base scientifique. Ce qui leur permet d'avoir leur mot à dire sur l'avenir du continent. Des chinois qui comptent bien faire valoir ce droit à l'avenir. Pour Jimmy Pahun, "le pôle Nord comme le pôle Sud sont les deux climatiseurs de la planète. Et il faut vraiment qu'on en prenne un soin énorme. L'attention qu'on porte à toutes ces recherches sur la fonte des glaces, sur les oiseaux, sur la qualité de l'eau vraiment importantes pour notre savoir-faire sur le reste de la planète."

Un élu qui veut rester optimiste. "Nous avons beaucoup d'échanges avec de nombreux pays, par exemple avec l'Australie. Nous avons la volonté commune de construire des zones de protection fortes en haute mer. Je crois à la bonne intelligence."

Le 15 janvier, Jimmy Pahun quittera la base Dumont-d'Urville pour rentrer en métropole. Le 20 mars, une réunion d'échanges avec des scientifiques se tiendra à l'Assemblée Nationale pour revenir sur cette priorité de sauvegarder et de protéger l'Antarctique. Le député insiste :  "Les océans froids captent encore plus qu'ailleurs le réchauffement. L'Antarctique est un puits de carbone essentiel, une véritable richesse."