"Une guéguerre d'un autre âge", la Ligue des champions rallume la mèche entre supporters de Brest et de Guingamp

D'un côté comme de l'autre, ils se taclent depuis des décennies. La rivalité entre ultras de Brest et de Guingamp remonte à 1991. Une histoire sans fin que la Ligue des champions ravive avec la possible venue du Stade Brestois sur la pelouse du Roudourou pour jouer ses matchs européens.

La banderole "Brest not welcome" déployée au Roudourou, ce 17 mai 2024, lors du match de Ligue 2 entre En Avant Guingamp (EAG) et le Stade Lavallois, en dit long. Depuis sa tribune, le Kop Rouge, pourtant en sommeil, s'est miraculeusement réveillé, affichant clairement son hostilité à la venue du Stade Brestois dans l'enceinte guingampaise pour ses matchs de Ligue des champions. 

En panne de stade, Le-Blé étant jugé trop vétuste par l'UEFA pour des rencontres européennes, le club finistérien doit se rabattre sur ses voisins bretons : Guingamp et Rennes sont les pistes privilégiées par les dirigeants brestois qui ont jusqu'à ce mercredi 22 mai pour faire connaître leur choix.

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"Une offense"

Alors que rien n'est encore officiellement acté, certains supporters de l'EAG ont rallumé la mèche de la rivalité. Sur les réseaux sociaux, le #BrestNotWelcome est repris par des membres du Kop Rouge, ce qui donne lieu à une foire d'empoigne. Car tous les supporters guingampais ne sont évidemment pas à mettre dans le même sac. "Je suis supporter de Guingamp et je trouve la rivalité avec Brest ridicule, affirme l'un d'eux. Vous vous rendez compte qu'on passe pour des guignols à ne pas vouloir prêter le stade ? Brest est en Europe, soutenez-les, bordel !"

Lucas Le Bour, le président du Kop Rouge, estime que "voir les supporters brestois dans la tribune latérale ouest qui est la nôtre, ce serait une offense", ajoutant qu'il ne souhaite plus parler tant que la décision officielle ne sera pas tombée.

Il n'empêche, depuis son intervention au micro du média A la guingampaise, l'emballement a suivi. "On est contre et surtout, on n'a pas été consultés par la direction d'EAG. On doit se mettre autour de la table et discuter des conditions dans lesquelles ils vont venir, déclarait-il, ce 17 mai. On est toujours très contents quand d'autres clubs viennent jouer à Guingamp. Concarneau, on les a accueillis avec plaisir. Brest, c'est compliqué, il y a des antécédents assez violents"

Aux origines de la rivalité

Il suffit d'une petite phrase pour raviver les antagonismes. "Une guéguerre d'un autre âge" estime Laëtita Fourrier, présidente du club des Kalon, association qui regroupe les 16.000 supporters-actionnaires de l'EAG, "dont 100 qui sont de Brest".

Une "guéguerre" qui remonte à 1991. Le Brest Armorique, en difficulté financière, est tout d'abord relégué administrativement de la division 1 vers la division 2, avant que le tribunal de Quimper ne prononce sa liquidation au mois de décembre "Je ne sais pas pourquoi les supporters brestois sont allés s'imaginer que Noël Le Graët, qui venait de prendre les rênes de la ligue nationale de football, fut le responsable de la descente aux enfers de Brest, relate Georges Cadiou, ancien journaliste de France Bleu et écrivain. Il faut aller chercher loin, quand même !".

L'homme "aux 1.300 matchs commentés en direct" situe le début de la rivalité entre supporters des deux villes à cette époque. "Et cette histoire continue pour une connerie qui relève plus de la mauvaise gestion du club par son président, François Yvinec, que d'autres choses, affirme Georges Cadiou. Il a cru qu'il pouvait suivre le rythme des Tapie et Bez et s'engager dans une calvacade budgétaire, sauf que Brest n'avait ni les moyens financiers ni les moyens médiatiques de l'OM ou de Bordeaux. Il a flambé son club et le noyau dur des supporters brestois a eu du mal à regarder la réalité en face. Ils ont préféré pointer du côté de Guingamp et de Le Graët".

Ironie de l'histoire : c'est au Roudourou, face à Guingamp, que le Brest Armorique joue son dernier match le 30 novembre 1991. Dans une atmosphère explosive. Les joueurs brestois menacent de faire grève pour mettre la pression sur Noël Le Graët. Les supporters de Brest envahissent le terrain en pleine rencontre. Guingamp gagne 3 à 2.

"C'est à Le Graët qu'on en veut"

Depuis 30 ans, on se tacle d'un côté comme de l'autre. Et la qualification de Brest en Ligue des champions montre que la digestion est difficile. "Pourtant, souligne Arnaud Toudic, vice-président des Kalon et membre du Kop Breizh-Izel au Roudourou, ce sont les gamins qui reprennent le flambeau de leurs parents et on se demande quelle mémoire ils ont de cette histoire". Un peu comme dans les villages où, de génération en génération, on se transmet une querelle sans plus savoir au final pourquoi on doit haïr son voisin.

Pakito, ancien président et membre des Ultras Brestois 90, 35 ans de stade Le-Blé au compteur, rappelle que "Brest et Guingamp ne se sont pas affrontés en championnat depuis 10 ans. On est passé à autre chose, dit-il. Même si je comprends le malaise des supporters guingampais, leurs arguments sont un peu légers. S'ils pensent que les Brestois vont profiter des matchs de Ligue des champions pour tout vandaliser, ils nous connaissent mal". Et d'ajouter que les vieilles rancœurs, "pour ceux qui ont suivi l'histoire depuis 1991", ciblent "avant tout Le Graët. C'est à lui qu'on en veut".

"Même nos vaches vous détestent"

Roland, qui avait 6 ans quand son père l'a emmené voir son premier match à Le-Blé, se souvient du derby entre Brest et Guingamp en 2009. "Les Guingampais sont arrivés en se moquant de nous, raconte-t-il. Ils avaient une banderole qui disait : 'même nos vaches vous détestent'. Cette rivalité, c'est aussi une histoire de club de ville contre club de campagne. Il m'est arrivé d'aller voir des matchs de Ligue 1 au Roudourou. Il faut arrêter les hostilités. Même si je préfère que l'Europe se joue à Le-Blé, Guingamp, c'est la solution la plus intelligente".

Tanguy, qui est membre de l'Hermine 29, l'un des clubs des supporters du Stade Brestois, plaide pour l'apaisement. "Il faut faire table rase du passé, explique-t-il. Surtout que les banderoles n'ont pas été plus fines chez nous".

Ce supporter de 48 ans, né à quelques centaines de mètres du stade Francis-Le-Blé, vit toujours à proximité de l'enceinte de la route de Quimper. "On est malheureux de ne pas jouer chez nous, c'est vrai, confie-t-il. Être au Roudourou, ce sera bizarre mais on verra nos couleurs sur le terrain et c'est ça l'essentiel".

L'idée d'une trêve européenne

La solidarité bretonne entre clubs est un argument avancé par les plus modérés. "Il faut être fier de la réussite du Stade Brestois, note Laëtitia Fourrier. Dire que Brest n'est pas le bienvenu au Roudourou, ce n'est pas très malin, d’autant plus que le stade n'appartient pas aux ultras. Je serai derrière Brest en Ligue des champions, ajoute la présidente des Kalon. On est là pour promouvoir le sport et des valeurs. Pas pour donner une image pitoyable du football".

Pakito évoque l'idée d'une trêve entre ultras pour cette coupe d'Europe. "Aux responsables des supporters des deux clubs de nouer le contact et de trouver un accord entre eux, suggère-t-il. Il faut être intelligents et mettre cette rivalité sur pause. Cela ne nous fait pas plaisir non plus d'aller jouer au Roudourou mais on n'aura pas le choix si c'est Guingamp qui est choisi. Donc, pas la peine de se faire des films pareils sur les supporters brestois".

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