VIDEO. Réforme des retraites. "C'est beaucoup trop 64 ans". La mobilisation est-elle partie pour durer ?

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Le reportage de Catherine Aubaile et Régis Massini ©France 3 Bretagne

A la veille d'une nouvelle journée d'actions contre la réforme des retraites, prévue le 31 janvier 2023, tout indique que la mobilisation sera massive. "Il y a des préavis de grève dans des secteurs peu accoutumés à la grève" constate ce maître de conférence en sciences politiques. Sur ce chantier de travaux publics, à Brest, les ouvriers disent la pénibilité de leur métier et leur opposition au report de l'âge légal de départ à la retraite.

Sur ce chantier de Brest, la réforme des retraites est loin de faire l'unanimité. Les métiers y sont physiques, pénibles et ainsi que le dit Mickaël, le corps a ses limites. Alors repousser l'âge légal de la retraite à 64 ans, pour lui, c'est un non-sens. "J'ai 52 ans, explique cet ouvrier. J'ai déjà des douleurs partout. Vous imaginez à 64 ans ? C'est même pas la peine".

Louis, qui est encore tout jeune, l'affirme haut et clair : "C'est beaucoup trop 64 ans ! Je ne me vois pas travailler jusqu'à cet âge sur les chantiers. C'est épuisant. Il faudrait changer de métier et faire quelque chose de moins pénible" ajoute-t-il.

Plus loin, le chef de chantier, bien qu'il ne reconnaisse pas la pénibilité du métier, estime que  "si on commence à 16,18 ou 20 ans, comme c'est souvent le cas dans le bâtiment, on a le droit de partir à 60 ans. C'est mérité, souligne-t-il. Je pense que même si on aime son métier, 40-42 ans de carrière, c'est bien. Comme cela on peut profiter de sa retraite".

"La stratégie des actions saute-mouton"

Une nouvelle mobilisation est prévue, ce 31 janvier, pour dire non à la réforme des retraites. A Brest, la manifestation du 19 janvier avait rassemblé plus de 10.000 personnes dans la rue. Qu'en sera-t-il plus de 10 jours après ? "Au sein des organisations syndicales, cette stratégie des journées d'action saute-mouton est questionnée et remise en cause par tout un ensemble de fédérations, de syndicats sectoriels qui, eux, plaident pour un durcissement du conflit, une montée en puissance, analyse Pierre Rouxel, maître de conférence en sciences politiques à l'Université de Rennes 2 et spécialiste des syndicats. Ils arguent que ces journées espacées ont, depuis 20 ou 30 ans, largement échoué à faire reculer la position du gouvernement. Comme ce fut le cas en 2010".

Difficile de dire si le mouvement contre le report de l'âge légal de départ à la retraite est parti pour durer. Bruno, qui a fait grève le 19 janvier, "toute la journée", sera à son poste de travail ce 31 janvier. "Je ne peux pas me priver d'une journée de salaire systématiquement" confie ce jardinier aux Espaces verts. Céline, sa collègue, a l'intention de débrayer "quelques heures" pour participer à la manifestation.

68 % des Français opposés à la réforme

Pierre Rouxel note que, pour la journée du 31, "on peut s'attendre à une mobilisation massive. Le cadre unitaire a tendance à donner confiance aux salariés, relève le maître de conférence. Il y a des signaux faibles qui témoignent de l'ampleur de la mobilisation : je pense par exemple à des préavis de grève dans des secteurs peu accoutumés à la grève. C'est symboliquement marquant et cela montre l'amplitude de cette mobilisation qui risque de s'ancrer dans le temps".

Louis, lui, n'ira pas manifester. "Même si on descend dans la rue, ça ne va pas changer grand chose, observe-t-il. Ils vont continuer à suivre leur idée d'aller jusqu'à 64 ans"

Lors de son déplacement dans le Calvados, ce 29 janvier, Elisabeth Borne a déclaré, sur Franceinfo, que l'âge légal de départ à la retraite fixé à 64 ans par la réforme n'était "plus négociable".

Selon un sondage de l'IFOP, 68 % des Français sont réfractaires à ce projet de loi dont l'examen par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale a débuté ce 30 janvier. Elle a jusqu'au 1er février pour éplucher le texte et les 7.000 amendements qui l'accompagnent, avant une présentation dans l'hémicycle à partir du 6 février.

(Avec Catherine Aubaile et Myriam Thiébaut)

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