Faute de personnel, l’Ehpad de Pont-Aven contraint de fermer dix chambres

Publié le Mis à jour le
Écrit par S. B. avec Claire Louet

Cela fait des mois que la Résidence de Penanros cherche des aides-soignants. Huit postes sont à pourvoir à l’Ehpad de Pont-Aven. Mais aucun candidat ne s’est présenté. Alors, faute de personnel, la direction n’a pas eu d’autres choix que de fermer des chambres.

Régulièrement, le téléphone de la cadre de santé de l’Ehpad résonne. "Je reçois des appels, confie-t-elle, on me dit, ce n’est plus tenable, est ce que vous pouvez prendre mon parent ? " Certains fuguent, d’autres ont fait une mauvaise chute et ne peuvent plus rester chez eux.

Mais le plus souvent, Martine Nicolas est obligée de répondre par la négative. : "200 personnes sont inscrites sur la liste d’attente de l’établissement et une quinzaine seraient prêts à rentrer tout de suite", explique Audrey Merlet, la directrice de l’établissement.

Il y a quelques jours, elle a dû se résoudre à fermer une dizaine de chambres sur les 84 de la résidence. Huit aides-soignants manquent à l’appel. A Concarneau, il en manque 20. La direction ne sait plus comment faire. "On est pris entre deux feux, il faut répondre aux besoins de la population mais sans salariés, on ne peut pas ! " ,regrette la directrice.

"C’est un gros paradoxe, fait elle remarquer, les besoins ne vont faire qu’augmenter puisque la population vieillit et on ne trouve pas de personnel."

 

Un métier en manque de reconnaissance

 

"Le matin, quand on arrive, on ne sait pas si l’équipe sera au complet ou pas, soupire une aide-soignante. On gagne un tout petit peu plus que le SMIC, ce n’est pas beaucoup pour ce qu’on fait, les contraintes, les horaires, pour la vie de famille, c’est compliqué. On travaille un week-end sur deux. Ce métier, il faut le faire par passion, mais il faut aussi que l’on soit reconnue."

"Il n’y a pas assez de professionnels sur le marché de l’emploi ",constate Audrey Merlet. "On a besoin d’eux."

Comme pour prouver ses dires, les premiers résidents entrent au restaurant pour déjeuner. Certains s’installent tout seuls, mais beaucoup arrivent poussés dans leurs fauteuils roulants.

Les aides-soignantes servent et donnent à manger aux résidents. "Certains ont seulement besoin d’être stimulés. Qu’on leur rappelle comment porter la cuillère à la bouche, on s’assure qu’ils mangent à leur faim et ce qu’ils ont besoin de manger. D’autres auront besoin d’une aide totale, décrit  Audrey Merlet. On leur donne à manger parce qu’ils n’ont plus la force ou plus la capacité de le faire. Le repas, c’est un accompagnement spécifique, car il y a, pour certains résidents, un risque médical. Donc, il n'y a pas le choix, il faut du personnel."

 

"Des pansements sur des jambes de bois"

 

Depuis des mois, pour faire face aux besoins, l’Ehpad a recours aux CDD et aux intérimaires. "Ils pallient très bien, mais c’est un vrai dysfonctionnement du système, note la directrice : l’intérim est prévu pour répondre à une absence ponctuelle, à un salarié malade… là, dans les faits, on a des intérimaires tous les jours."

Cet intérim n’est d'ailleurs pas sans conséquences sur le fonctionnement de la résidence. Il coûte plus cher puisqu’il faut payer des primes de précarité et au quotidien complique un peu la tâche des soignants. "Le personnel qui vient à la journée ne connait pas les résidents, il faut donc lui détailler : madame X souffre de cela, monsieur Y a besoin de contention…"

Penanros a mis les plans de soin de chaque résident sur des tablettes pour que le personnel intérimaire puisse être autonome, mais "nous sommes obligés de tout réorganiser tout le temps" constate Marine Nicolas, l’infirmière coordinatrice.

 

L’intérim comme choix de vie

 

Océane, aide-soignante depuis trois ans, a choisi en septembre dernier de travailler en intérim. "La prime de précarité et les indemnités de fin de contrat font un peu grossir le salaire souligne-t-elle. Cela me permet de choisir les jours et les horaires où je travaille. Et quand je ne suis pas à l’Ehpad, je suis sûre qu’on ne va pas m’appeler pour me demander de venir."

"La situation devient compliquée, remarque Marine Nicolas. Une personne qui est en CDI va se demander pourquoi elle travaille un week-end sur deux, pourquoi elle gagne moins…"

Redonner du sens au métier

Ces dernières années, les professions de soignants, ni suffisamment rémunérées, ni suffisamment reconnues, se retrouvent dans une spirale infernale. Moins il y a de personnel, plus le travail est difficile et plus le travail est difficile, plus le personnel est tenté de partir.

La résidence de Penanros aimerait inverser la tendance et espère. "Si les métiers étaient mieux payés et mieux considérés, il serait alors peut-être plus facile de recruter. Et s’il y avait plus de monde, les conditions de travail seraient moins dures, les week-ends seraient davantage partagés et reviendraient donc moins souvent… et caetera, et caetera..."

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