Grippe aviaire : "On ne va pas pouvoir continuer à euthanasier des millions d'animaux"

Éleveur de volailles à Taulé, dans le Finistère, François Kerscaven a dû faire abattre ses 10.500 dindons en novembre 2022, après une contamination par la grippe aviaire. Alors que les élevages du Sud-Ouest de la France connaissent une reprise de l'épizootie, l'élu à la chambre d’agriculture du Finistère évoque les bouleversements à venir dans les élevages.

Depuis le milieu des années 2000, la France subit régulièrement des flambées d'épidémie de grippe aviaire. Le virus est désormais considéré comme endémique et se propage toute l'année.

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Eleveur à Taulé, dans le Finistère, François Kerscaven a dû abattre ses 10.500 dindons en novembre 2022, après qu'elles ont été contaminées par la grippe aviaire. Il a reçu des nouvelles dindes à engraisser le 3 février dernier. Elles viennent de partir à l'abattoir pour être vendues. Il témoigne.

Comment avez-vous vécu la contamination et l'abattage de vos volailles ?

C'est traumatisant, on ne sort pas indemne de la grippe aviaire, j'ai encore des crises d'angoisse quand j'y repense. On a tendance à culpabiliser, et on se demande qu'est-ce que je n'ai pas bien fait ? 

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Peut-on vraiment contrôler ce virus ?

On parle d'un virus aéroporté. Donc s'il se déplace avec l'air, on aura beau prendre toutes les précautions, cela va être très difficile. Une entreprise développe un procédé pour assainir l'air et capable de tuer le virus mais pour un bâtiment d'élevage comme le mien, ce serait dans les 400 000 euros donc économiquement ce n'est pas tenable. On ne va pas faire des bâtiments d'élevage comme des blocs opératoires où tout l'air est filtré.

Et le projet de vaccin ?

Les autorités placent beaucoup d'espoir dans la vaccination mais je ne pense pas que la vaccination soit la solution miracle, car on voit que le virus mute et s'adapte à chaque fois. Je ne sais pas si on pourra vacciner nos volailles à chaque mutation.

Est-ce que demain toutes les volailles devront rester enfermées, même celles qui étaient jusqu'ici élevées en plein-air ?

Avec la vaccination, ce sera peut-être l'autre principale mesure qui fera qu'on arrivera à se protéger partiellement de la grippe aviaire, même si on aura tout de même des cas de contamination et qu'il faudra vivre avec. Ce n'est peut-être pas la fin de l'élevage de plein-air, mais il va falloir penser cet élevage autrement.

Dans le Sud-Ouest, 35 élevages sont actuellement contaminés, dont beaucoup de canards élevés en plein air. 

On ne va pas pouvoir continuer comme cela, on ne va pas pouvoir continuer à euthanasier des millions d'animaux. Ce ne sera pas vivable, pour nous éleveurs. Ce ne sera pas tenable pour l'Etat, qui ne va pas continuer à mettre des milliards pour nous indemniser et pour payer l'euthanasie des animaux. Donc il va falloir évoluer, sinon ce sera la mort de toute une filière.

(Avec Catherine Aubaile)

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