Le vol de panneaux de communes en langue bretonne revendiqué par des défenseurs de la langue gallèse

Une quinzaine de panneaux de signalisation de communes en langue bretonne ont été déposés au pied de la mairie de Carhaix ce 9 avril. En lettres noires s’inscrivent Gwitreg pour Vitré, Roazhon pour Rennes, Gwern ar Sec’h pour Vern-sur-Seiche. Des panneaux dérobés ces derniers mois en Ille-et-Vilaine.

"D’habitude, à Pâques, ce sont les cloches qui reviennent… Là, ce sont des panneaux ", s’amuse Christian Troadec, le maire de Carhaix. Une quinzaine de ces panonceaux qui indiquent l’entrée ou la sortie des villes ont été déposés ce dimanche soir 9 avril devant la mairie. 

"Nous allons évidemment les restituer dans les meilleurs délais aux villes concernées. Il y a de la solidarité entre les communes" précise l'édile.

Vols, tags et détériorations

Depuis plusieurs mois, ces panneaux d’agglomération en breton sont devenus des cibles. 
À Vern-sur-Seiche, "les panneaux en breton ont d’abord été tagués à plusieurs reprises, puis incendiés, et l’an dernier, ils ont été volés", s’agace Stéphane Labbé, le maire de la commune. "Nous avons porté plainte." 

"Dans la commune, nous avons une école où on apprend le breton aux enfants, cela nous a semblé logique d’inscrire son nom en breton." 

Nous ne céderons pas à la délinquance.

Stéphane Labbé,

maire de Vern-sur-Seiche

L’élu est évidemment très heureux de savoir qu’ils vont lui être rendus. "Ce sont des panneaux réglementaires, ça coûte très cher et c’est de l’argent public, ils sont payés par nos impôts. Il faut respecter le matériel public. Dès que nous les aurons récupérés, nous les réinstallerons, affirme l’élu, Nous ne céderons pas à la délinquance."

Une région de la Bretagne où le gallo était la langue parlée

"Ces derniers temps, il y a un engouement contre la langue bretonne" s’offusque Stéphane Labbé. 

Des panneaux en breton ont également été dérobés à Rennes ou à Vitré. Sans les nommer, les élus pensent tous aux partisans du gallo. 

En novembre 2022, les défenseurs de la langue gallèse ont lancé un manifeste pour que la signalétique existe aussi en gallo.

Historiquement, le breton était parlé dans le Finistère, et dans la partie ouest des Côtes-d'Armor et du Morbihan, tandis que le gallo était la langue de la Haute-Bretagne et était donc parlé à l’est d’une ligne entre Plouha et Rhuys. 

Un message ? 

"Cette restitution des panneaux à Carhaix, c’est sans doute un message, comprend Isabelle Le Callennec, la maire de Vitré. Christian Troadec est vice-président en charge des langues bretonnes. Ceux qui ont fait ça veulent surement lui rappeler qu’il y a bien deux langues en Bretagne et qu’il n’y en a pas une qui soit au-dessus de l’autre. "

La maire comprend le message mais réfute le vol et la méthode. "Ni Christian Troadec, ni moi, n’avons jamais opposé les deux langues.

"Pendant la campagne des municipales, l’Office de la langue bretonne est venu me voir et me demander l’installation de panneaux en breton. A Vitré, 80 enfants apprennent le breton. Nous en avons discuté en conseil municipal et nous avons posé les panneaux." Quelques jours plus tard, ils disparaissaient. 

Action revendiquée par des militants du gallo

Ce 10 avril au matin, l'action a été revendiquée à l'hebdomadaire Le Poher par la "Brigade Albert Poulain", un groupe de défenseurs de la culture gallèse. 

Nous revendiquons la dépose de panneaux de signalisation devant la mairie de Carhaix, dont le maire Christian Troadec est également chargé des langues de Bretagne à la Région. Rappelons que le gallo est la langue de haute Bretagne et est prioritaire à tout affichage bilingue préalable. Les panneaux déposés proviennent tous d’affichage bilingues non-conformes de haute Bretagne", indique leur communiqué.

L’ensemble des brigadiers " exige que "cesse l’escroquerie de l’office public de la langue bretonne et qu’il se mette en conformité avec la législation française lors de tous ses démarchages auprès des collectivités territoriales."

Dans un vocabulaire guerrier, les auteurs de la revendication menacent. "Une non-réponse ne fera que renforcer notre détermination collective afin de faire reconnaître nos droits. La brigade Albert Poulain affirme clairement son soutien à nos camarades bas-bretons en lutte contre la francisation de leurs toponymes. Ce soutien pourrait devenir actif. "

La "Brigade Albert Poulain", du nom d'un poète, conteur et collecteur de la région de Redon, avait déjà fait parler d'elle en novembre 2022 lors d'une première attaque contre des panneaux en breton. 

Des panneaux trilingues ? 

La maire de Vitré, Isabelle Le Callennec, ne se déclare pas hostile à l’installation de panneaux en langue gallèse, mais, précise-t-elle,  "il faut aussi que cela se passe dans les règles" et là, "je dois dire que les relations partaient mal, je n’aime pas trop qu’on me torde le bras." 

Je n'aime pas trop que l'on me torde le bras.

Isabelle Le Callennec,

maire de Vitré

L’élue a reçu des membres de l'Institut du gallo et envisage de signer la Charte du Galo, "dame Yan, dame Vére !" . "Si c’est acté en conseil municipal, les choses doivent se faire dans l’ordre."

"La langue, c'est l’âme d’un pays, c’est très important. Cette identité, c’est une fierté, une richesse", explique la maire. "Mais je ne veux pas non plus qu’on vienne me dire que Vitré n’est pas en Bretagne. Vitré est une ville bretonne ! On a même eu un ministre des finances breton qui était originaire de Vitré (ndlr : Pierre Landais, maître des finances du duché de Bretagne au 15ème siècle). C'est à Vitré aussi qu'on a créé le Gwen ha du (le drapeau breton créé par Morvan Marchal). "

Un jour, peut-être, Vitré aura des panneaux trilingues. "On doit récupérer nos panneaux en breton très prochainement. Je vais voir avec les équipes techniques si on les réinstalle tout de suite ou si justement on attend ceux en gallo. On verra...", termine l'élue toute à son bonheur de savoir que les panneaux vont revenir bientôt. 

La langue gallèse compte aujourd’hui 200 000 locuteurs, presque autant que le breton (207 000).
"Les deux langues de ce pays-ci, Le breton et le gallo, sont deux bijoux sans prix ", écrivait le poète Paul Féval. Deux langues qui sont, toutes deux, classées "sérieusement en danger d’extinction" par l’UNESCO.