Rave party de Redon. Amnesty International fustige l'usage de la force et le "non-respect des droits humains"

Dans une note publiée ce mardi, Amnesty International dénonce un usage disproportionné de la force lors de la rave party de Redon en juin. Plusieurs centaines de gendarmes avaient essayé de disperser les 1.500 teufeurs lors de violents affrontements. Un jeune homme avait eu la main arrachée.
Dans son enquête, Amnesty International dénonce un usage disproportionné de la force qui n'a "pas respecté les principes de base des Nations unies sur le recours à la force". Ce 18 et 19 juin 2021, 1.500 teufeurs s'étaient retrouvés à Redon en Ille-et-Vilaine. Plusieurs centaines de gendarmes étaient intervenus pour évacuer le site conduisant à de violents affrontements
Dans son enquête, Amnesty International dénonce un usage disproportionné de la force qui n'a "pas respecté les principes de base des Nations unies sur le recours à la force". Ce 18 et 19 juin 2021, 1.500 teufeurs s'étaient retrouvés à Redon en Ille-et-Vilaine. Plusieurs centaines de gendarmes étaient intervenus pour évacuer le site conduisant à de violents affrontements © Maxppp - Photo PQR - Ouest-France - F. Dubray

Dans son rapport intitulé "Redon: 'Freeparty' de la répression", l'analyse d'Amnesty International est sans appel. L'usage durant sept heures de grenades lacrymogènes et assourdissantes pour disperser de nuit des centaines de participants à la rave party illégale de Redon (Ille-et-Vilaine) en juin, est "emblématique des dérives du maintien de l'ordre en France".

Selon l'organisation non gouvernementale (ONG), qui s'est basée sur des vidéos, des documents et des entretiens avec des personnes présentes à la rave, y compris des journalistes et des responsables associatifs, il ressort que "les conditions du recours à la force par les forces de l’ordre n'ont pas respecté les principes de base des Nations unies sur le recours à la force", un recours à la force qui "n’était ni nécessaire ni proportionné".

Le 18 et 19 juin, environ 1.500 teufeurs s'étaient réunis pour un festival musical dans des champs à Redon. Un arrêté préfectoral avait interdit tout rassemblement festif et musical non-autorisé dans le département. Les opérations de maintien de l’ordre la nuit du 18 au 19 juin puis le 19 juin en fin d’après-midi ont fait de nombreux blessés : plusieurs dizaines parmi les ravers et onze parmi les gendarmes. Un jeune homme avait eu la main arrachée.

L'ONG considère que "l’utilisation de ces armes dans des conditions aussi dangereuses a conduit à des dizaines de blessures : plaies, fractures, brûlures, mais aussi des crises de panique et détresse respiratoire".
 

Un usage de la force "contre productif"

Un usage de la force qu'Amnesty qualifie de "contre productif", faisant "monter les tensions et les violences de la part des participants au Teknival".

"La nécessité implique que la force soit le dernier recours et vise un objectif atteignable" avance l'ONG. Selon son enquête, "l’intervention des forces de l’ordre a en effet eu lieu sans communication ni négociation de la part des autorités. Il n’y a pas eu de tentative de médiation préalable. S’il y a eu des sommations, elles étaient peu audibles, et au cours de l’opération, les forces de l’ordre n’ont pas utilisé de moyens de communication avec les participants (mégaphones ou autre)". Et d'ajouter qu' "aucune violence n'a été observée de la part de participants avant l'intervention violente des forces de l'ordre".
 

Rave de Redon, le ramassage des grenades
Rave de Redon, le ramassage des grenades © FTV


L'association rappelle qu' "un usage excessif de la force peut relever du traitement inhumain et dégradant, voire de la torture, et constitue une violation des droits humains protégés par les conventions et traités ratifiés par la France".
 

La rave party de Redon emblème "des dérives du maintien de l’ordre"

Selon Amnesty International, "le cas de Redon se place dans un contexte de répétition des cas d'usage excessif de la force dans des opérations de maintien de l'ordre". L'association alerte le gouvernement "sur l'urgence d'interdire les grenades de désencerclement et les grenades lacrymogènes assourdissantes en maintien de l'ordre et de revoir les stratégies d'intervention pour qu'elles reposent sur des approches de dialogue et de désescalade".

Pour Sophie Simpère, chargée de plaidoyer à Amnesty France, notre pays est le seul d"Europe à utiliser encore des grenades de désencerclement pour le maintien de l'ordre. De même, elle rappelle que des pays expérimentent des techniques de dialogue et de désescalade, ce qui n'est pas le cas de la France.

durée de la vidéo: 00 min 30
Sophie Simpère, chargée de plaidoyer Amnesty France


Suite à l'intervention très violente et controversée des forces de l'ordre, plusieurs autres points sur la gestion de l'événement par les autorités sont soumis à polémique. Selon différents témoignages, les pompiers auraient été empêchés d'intervenir rapidement sur les lieux des affrontements, une "allégation" démentie par la préfecture.

Amnesty International met en avant que "le jeune homme dont la main a été arrachée a dû être accompagné à l’hôpital par des participants, dans la confusion de l’opération, alors que les gendarmes étaient prévenus de la gravité de la situation"


Les violences policières en ligne de mire

Dans son rapport, l'ONG demande "la création d'un organe indépendant chargé d'enquêter sur les plaintes déposées contre les agents de la force publique". Un rapport qui sort ce 14 septembre, jour où le chef de l'Etat doit justement annoncer à Roubaix un "contrôle indépendant" de l’action des forces de l’ordre, selon l’Élysée. 

Sollicitée pour réagir à ce rapport, la préfecture d'Ille-et-Vilaine n'a pas souhaité nous répondre, de même qu'à Amnesty International, invoquant les deux enquêtes en cours ouvertes par le parquet de Rennes : une pour "blessures involontaires" et une autre pour "organisation illicite d’un rassemblement festif à caractère musical".

 

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