"Elles méritent qu'on les connaisse et que l'histoire ne les oublie pas". Avec son compte Instagram, Marie Fournier met les femmes sportives à l'honneur

Marie Fournier n'est pas uniquement une basketteuse de haut niveau. À 22 ans, la jeune femme est aussi une sportive engagée. Il y a un an et demi, elle a créé un compte Instagram où elle raconte les histoires et les parcours d'athlètes féminines. Rencontre.

Du sport, des femmes, des légendes. Parce qu'elles et leurs exploits risquent de tomber dans l'oubli, Marie Fournier a choisi de les sortir de l'ombre et de raconter leurs histoires.

La jeune Rennaise de 22 ans s'est lancée sur les réseaux sociaux en septembre 2022 avec un objectif : mettre en lumière les sportives et leurs parcours qui, selon elle, ne sont pas assez médiatisés. Chaque semaine, elle publie le portrait d'une athlète qui a marqué sa discipline. En un an et demi, Marie a raconté l'histoire de plus de 70 sportives, venues de tous horizons.

Dumerc, son modèle

Basketteuse de haut niveau, Marie dit la chance d'avoir trouvé un modèle à suivre lorsqu'elle était enfant. Ou plutôt 'une' modèle.

Alors qu'elle regardait les Jeux Olymiques de Londres en 2012, Marie découvre l'ancienne et emblématique capitaine de l'équipe de France féminine de basket, Céline Dumerc. Devant son écran de télévision, la petite Marie, âgée de 10 ans à l'époque, est subjuguée par son talent hors pair. "Elle m'avait impressionnée. Je me disais qu'il fallait que j'essaie de lui ressembler, raconte-t-elle. Elle jouait si bien, elle occupait le même poste - celui de meneuse - que moi au basket. Je me disais que, moi aussi, j'étais capable de faire ça. Elle m'a inspirée tout au long de mon parcours". 

La force de la représentation. Pouvoir s'inspirer, voire s'identifier à une personnalité que l'on admire, ne constitue pas seulement une source de motivation pour Marie. Cela offre la possibilité, à chacune, de se sentir légitime : "Ça permet de croire qu'on est capable. De se dire que nous aussi, on peut suivre nos rêves, qu'on peut faire carrière dans le monde sportif et qu'on peut en vivre".

Rien de nouveau sous le soleil quand Marie souligne que "le sport professionnel est un milieu où les femmes sont peu présentes". Avec ses publications, elle tient à montrer "qu'il peut y avoir des opportunités et que les femmes sont capables de devenir professionnelles, comme les hommes". 

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Une prise de conscience personnelle

Passionnée de sport depuis toujours, on pourrait penser que Marie est incollable dans le domaine. Pourtant, il y a deux ans, la basketteuse réalise qu'elle est incapable de lister autant de noms de sportives que ceux de sportifs. "Dans mon entourage, l'écart était encore plus important. Nombreux sont ceux qui ne connaissent que trois ou quatre sportives, alors qu'ils peuvent citer une quinzaine de sportifs sans problème" atteste la jeune femme.

Les femmes peuvent accomplir des performances incroyables

Marie Fournier

C'est donc face à ce constat qu'elle décide d'ouvrir son compte Instagram. "Les femmes peuvent accomplir des performances incroyables. Elles méritent qu'on les connaisse et que l'histoire ne les oublie pas".

Marie espère également, comme elle lorsqu'elle était enfant, que d'autres jeunes filles pourront s'inspirer de ces parcours extraordinaires. "Je me suis dit que c'était l'occasion d'aider quelqu'un qui pourrait trouver un modèle à suivre, notamment pour des sports féminins peu médiatisés comme le rugby, le pentathlon ou même le curling." 

Parmi ses publications, Marie met également en avant des para-athlètes. "Déjà que le sport féminin n'est pas beaucoup mis en avant, le parasport, c'est encore pire, déplore-t-elle. Parmi mes abonnés, certains sont en situation de handicap. Ils prennent plaisir à découvrir ces sportives méconnues. Même moi, je ne les connaissais pas toutes, alors qu'elles ont fait des choses extraordinaires".

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"Ça ne fait pas le poids"

Durant près de dix ans, Marie a jonglé entre l'école et les championnats. Lorsqu'elle jouait en équipe mixte à l'école, la basketteuse n'a pourtant pas été épargnée par les réflexions de quelques-uns de ses camarades. "Je me souviens de certaines parties au lycée où les garçons ne jouaient qu'entre eux sans passer la balle aux filles. Moi y compris. Dans ces moments-là, on se sent seules au monde. D'autres nous prennent exprès en défense pour essayer de nous humilier. C'est ridicule" souffle-t-elle.

Comment expliquer que ces discriminations persistent ? "Il n'y a pas si longtemps, on ne médiatisait presque pas le sport féminin, à l’exception des grandes compétitions, comme les Jeux Olympiques" observe Marie.

Peu à peu, certains sports féminins populaires, comme le handball, le basket, le football et le rugby, se sont frayé un chemin. Comparé à l'espace que l'on accorde au sport masculin, "ça ne fait pas le poids" relève Marie.

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Selon un rapport de 2016 du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), 85% des retransmissions télévisuelles sont exclusivement consacrées aux sports masculins. Suite à ce résultat, le CSA signe en 2017 un décret pour promouvoir et développer la médiatisation du sport féminin à la télévision.

Le chemin est encore long pour obtenir une égalité médiatique

Marie Fournier

"Même si j'ai l'impression que, depuis, le sport féminin commence à prendre de plus en plus d'ampleur et qu'on a une plus grande diversité de sports féminins proposée gratuitement à la télévision, le chemin est encore long pour obtenir une égalité" soupire Marie.

La jeune femme reconnaît toutefois que "c'est un risque financier pour les chaînes payantes de tenter le pari" de diffuser du sport féminin. "Les retransmissions de compétitions et de match féminins ont commencé à être diffusées par des chaînes comme France Télévisions, puis M6 et W9. On a vu qu'il y avait un impact positif. D'autres chaînes comme l'Equipe et Canal ont suivi le mouvement". Malgré ces avancées, "un peu moins de 10% de diffusion est consacrée aux sportives et compétitions féminines" rappelle Marie.

Conséquence : les sportives seront toujours moins bien rémunérées que les sportifs. La basketteuse dénonce un cercle vicieux. "Les partenaires ne vont pas prendre le risque de mettre trop d'argent pour sponsoriser les clubs féminins qui ne vont pas être vus. C'est un peu le serpent qui se mord la queue."

Inéluctablement, l'écart se creuse. Pour vivre de leur passion, les joueuses doivent trouver des moyens extérieurs. Soit en tentant de trouver des sponsors, soit, dans la plupart des cas, assurer un double métier. "Elles n'ont pas le choix" soupire Marie. Les jours de match, "elles seront donc moins performantes". Moins de prouesses, moins de spectateurs, moins de partenaires, etc.

Gagner en reconnaissance

Comment mettre fin à cette spirale infernale ? Pour Marie, il est nécessaire que les médias "retransmettent les sports populaires féminins autant que les sports masculins et que les instances publiques soutiennent ces diffusions". Cela constituerait, selon elle, la première étape pour que les fédérations financent aussi bien les sections masculines que féminines.

"J'ai des retours d'abonnés qui découvrent des sports, des sportives. D'autres, qui connaissaient déjà l'athlète, me remercient de raconter son histoire. Les sportives sont ravies qu'on mette en avant leur parcours" assure Marie.

La jeune femme espère que le sport féminin gagne en reconnaissance. "Nous aussi, on est capable de faire des performances incroyables. Certaines ont traversé la Manche, ont couru en Antarctique, fait le tour du monde en bateau. On est tout aussi capable de le faire qu'un homme" conclut Marie avec conviction.