En Bretagne les nappes phréatiques au plus haut niveau... mais en baisse en avril. On vous explique

Si en Bretagne, les nappes sont toutes au-dessus des moyennes de saison, selon le dernier rapport du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), leur niveau commence à baisser au mois d'avril, malgré de fortes précipitations. On vous explique.

En février dernier, la Bretagne a même battu un record dont elle se serait bien passée : elle a enregistré le plus faible niveau d'ensoleillement depuis les années 90. "C'est le mois le plus sombre depuis trente ans" constatait alors Sébastien Decaux de Météo Bretagne.

Une pluviométrie excédentaire en avril... 

Beaucoup de nuages et beaucoup de pluies aussi. Chacun a pu le constater et les chiffres du Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) le confirme : dans son dernier rapport, publié ce lundi 6 mai 2024. Il explique qu'en ce mois d'avril 2024 la pluviométrie a été "excédentaire, d'environ 1,2 fois la normale sur la région". 

Chargé d'évaluer régulièrement l’état des nappes phréatiques, le bureau de recherche note que cette tendance arrosée est amorcée depuis octobre : '"au cours des sept derniers mois, les pluies ont été supérieures aux normales". 

Plus précisément, les mois d’octobre-novembre 2023 puis janvier-février-mars 2024 ont été excédentaires, tandis que décembre 2023 était déficitaire.

Lire : Météo. Pleut-il vraiment plus en Bretagne qu'ailleurs ?

Durant la période d’octobre 2023 à avril 2024, les précipitations sont ainsi au-dessus des normales sur les quatre stations météorologiques principales de la région : 115 % de la normale à la station de Rennes Saint-Jacques en Ille-et-Vilaine, 112 % à Saint-Brieuc Trémuson dans les Côtes-d'Armor, 113 % à Pontivy dans le Morbihan et 128 % à Spézet Saint-Goazec dans le Finistère.

Le niveau des nappes au-dessus des moyennes en avril 

Résultat, les nappes se sont rechargées depuis la mi-octobre 2023. Des niveaux exceptionnellement haut en comparaison avec les mesures réalisées depuis 20 ans par le BRGM.

Ils sont particulièrement hauts dans les nappes morbihannaises et finistériennes. Une seule nappe est juste "conforme à la moyenne des mois d’avril". Elle est située à Pleurtuit en Ille-et-Vilaine.

Et cette "tendance arrosée" s’est bien poursuivie au mois d'avril.

... mais qui amorcent une baisse

Des pluies plus importantes que d'habitude à cette saison... et pourtant le niveau de la plupart des nappes phréatiques bretonnes est en baisse depuis le mois dernier. C'est le cas pour 81 % d'entre elles. Seules les nappes situées entre Rennes et Saint-Brieuc ont un niveau stable.

Une situation qui peut paraître étonnante, mais qui est en réalité très habituelle : selon les rapports du SIGES de Bretagne (un site d'information pour la gestion des eaux souterraines), depuis 2013, le niveau des nappes phréatiques est toujours en baisse en avril. 

En avril, avec l'augmentation des températures, l'eau qui tombe s'évapore et est aussi davantage captée par la végétation.

Bruno Mougin

Ingénieur hydrogéologue au BRGM Bretagne

La raison ? Certes, il a beaucoup plu en avril, mais ces pluies n'ont pas été assez efficaces. "C'est quelque-chose de normal au printemps, rassure Bruno Mougin, ingénieur hydrogéologue au BRGM Bretagne. À partir du mois d'avril, il pleut un peu moins qu'en hiver et avec l'augmentation des températures, l'eau qui tombe s'évapore et est aussi davantage captée par la végétation. Elle va donc moins alimenter les nappes."

Les pluies du printemps sont très intenses et vont ruisseler vers les cours d'eau au lieu de pénétrer les sols.

Steven Tual

Météorologue pour Temps Breton

De plus, le régime pluviométrique est très différent de celui de l'hiver selon Steven Tual, météorologue pour Temps Breton : "Effectivement, il a continué de pleuvoir en avril. Mais contrairement aux pluies modérées et continues de l'hiver qui rechargent les nappes, les pluies du printemps sont très intenses et vont ruisseler vers les cours d'eau au lieu de pénétrer les sols. Ce lundi 6 mai à Rennes par exemple, on a eu 5 min de pluies en quelques minutes." 

Pas de sécheresse cet été ?

Si l'habituelle baisse printanière est amorcée, reste que les nappes phréatiques sont au plus haut niveau... Est-ce à dire que la Bretagne sera épargnée par la sécheresse ?  "Je ne suis pas devin et je vais rester prudent, botte en touche Bruno Mougin du BRGM. On peut juste dire que le niveau des nappes est nettement plus favorable que les années précédentes.

On semble à l'abri d'une sécheresse hydrologique. Pour cela, il faudrait vraiment un été particulièrement sec, caniculaire pendant 6 à 8 semaines.

Steven Tual

Météorologue pour Temps Breton

"On s'en éloigne", assure Steven Tual de son côté, tout en distinguant deux types de sécheresses : "On semble à l'abri d'une sécheresse hydrologique, c'est-à-dire l'asssèchement des sols et des nappes. Pour l'atteindre cette année, vu le niveau des nappes phréatiques, il faudrait vraiment un été particulièrement sec, caniculaire pendant 6 à 8 semaines.

Lire : Sécheresse, fortes chaleurs. "On sent que ça bloque, ça manque de flotte". Les sueurs froides d'un éleveur

Mais la sécheresse dite de surface est tout à fait possible : "Si vous avez des températures élevées, du vent et du soleil pendant deux semaines, cela peut assécher les sols. C'est cette sécheresse de surface qui engendre les feux de forêt et qui peut poser problème pour les cultures."

Une sensibilité bretonne à la sécheresse 

Des prévisions que le météorologue tempère en rappelant que malgré l'abondante pluviométrie régionale, la Bretagne "est un territoire très sensible à la sécheresse" à cause d'une spécificité régionale : "nos nappes sont très peu profondes. L'été, nos réserves en eau sont vraiment en surface dans les plans d'eau, les ruisseaux. Si la région se retrouve sans pluie pendant deux mois, cela pourrait arriver."

D'autant que les tendances ne sont pas bonnes. Les modèles météorologiques prévoient déjà des anomalies de chaleur en Europe pour la période estivale. L'été risque d'être chaud.