Ils font parler ossements, morceaux de céramique et bouts de tissu : petits secrets des archéologues de l'INRAP

Coup de projecteur à l'occasion des 20 ans de l'INRAP sur le travail effectué au sein de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, basé à Cesson-Sévigné près de Rennes. Comment sont traités les objets débusqués sous nos pieds ? Petite plongée dans notre passé...

Brosse à dents en main, Kevin est concentré. Il a entre les doigts, un des multiples ossements retrouvés à Bais, en Ille-et-Vilaine courant 2020. Dans le sol de terrains privés, de nombreux restes de corps ont été mis au jour à proximité d'une ancienne chapelle médiévale datant du 13ème - 14ème siècle.

"On a trouvé 400 squelettes sur près 450 mètres carrés, dont une centaine d'enfants, précise le technicien. Des ossements particulièrement bien conservés pour cette localisation."

"Prendre soin des squelettes"

Depuis près d'un an, tous ces squelettes sont dépoussiérés et nettoyés avec minutie dans les locaux de l'INRAP à Cesson-Sévigné. "Les squelettes, c'est particulier : comme c'étaient des personnes, c'est sympa de prendre soin d'eux."

Chaque morceau est ensuite séché, aussi longtemps que nécessaire. "Cela demande entre une semaine et dix jours en moyenne. Il ne faut pas non plus qu'ils sèchent trop vite, sinon ils craquellent" précise Kevin Bideau.

Tous ces éléments seront ensuite analysés par des spécialistes : archéo-anthropologues, céramologues, xylologues, toichographologues, phréatologues...

Chacun dans son domaine peut faire parler la matière. Mais déjà, rien qu'au tout début de la post-fouille, les ossements qui s'étalent sous les yeux de Kevin commencent à livrer quelques secrets. "On voit que ces os, comme le tibia, n’ont pas terminé de se souder. Au niveau du bassin, pareil, il manque une petite crête osseuse. Les os de crâne ne sont pas bien soudés, ça indique que c’est surtout quelqu'un de jeune, surtout il y a une petite pathologie sur le sacrum (...) cela pourrait expliquer son décès prématuré..."

La Bretagne, une terre fertile mais acide

Depuis vingt ans que l'INRAP existe, 50.000 opérations archéologiques ont été menées en France, dont 6.000 rien que dans le Grand Ouest, une terre particulièrement "fertile".

"Il y a énormément de sites archéologiques, toutes périodes confondues, en Bretagne, parce que la région est occupée depuis très longtemps" confirme l'archéologue Sandra Sicard. Rien qu'en ce moment, une vingtaine de sites font l'objet de fouilles préventives, et une centaine de diagnostics archéologiques sont en cours.

Notre terre regorge donc de trésors, oubliés ou enfouis au fil des siècles. Certains sont débusqués mais beaucoup aussi disparaissent.

Comme on a des sols très acides en Bretagne, les os se dégradent très facilement.

Sandra Sicard

archéologue

"Autant il n'est pas rare de trouver des sépultures datant du 10ème ou 11ème siècles, autant c'est plus compliqué de trouver des traces humaines datant de périodes plus anciennes, comme de la Préhistoire : nos sols sont très acides !"

Mais les ossements ne représentent qu'une petite partie des objets débusqués lors des fouilles préventives : "On va trouver toutes sortes d'autres mobiliers, notamment beaucoup de céramiques sur les périodes anciennes. On peut trouver du verre, du cuir, dans des contextes assez particuliers, on peut trouver du bois... Toutes sortes d'objets que les hommes ont utilisés et fabriqués au cours de l'Histoire."

Soulier moyenâgeux

Parmi les raretés découvertes par les archéologues lors d'une recherche dans le centre-ville rennais, figure ainsi une chaussure en cuir, datant probablement du 15ème ou 16ème siècle.

"Elle a été retrouvée au fond d'un puits, quai Emile Zola, en face de la place Saint-Germain", raconte Kevin Bideau, entouré de collègues captivées. Ce n'est en effet pas tous les jours que l'on tombe sur un tel soulier ! 

"Retrouver 500 ans après, la chaussure au fond d’un puits, oui, c’est rare !" confirme le technicien conscient de dévoiler un objet banal à l'époque, mais dont la valeur a augmenté au fil des siècles. "Mais on retrouve aussi matériau comme ce bout de textile qui vient du même puits : on voit encore les fibres, la trame..."

"Tout ce qui est organique, en fait, il faut un contexte bien particulier pour que cela se conserve, c'est à dire pas ou très peu d'oxygène : des fonds de puits, des milieux très humides, tourbeux, etc. pour conserver des matériaux organiques c'est parfait ! C'est le cas ici : la chaussure était dans d'anciennes alluvions de la Vilaine, qui se trouvent aujourd'hui sous les immeubles !"  

Une chaussure que l'INRAP conserve dans une eau proche de celle dans laquelle elle a été découverte "avec les mêmes microbes, les mêmes algues, les mêmes micro-organismes, pour qu'elle se conserve dans le même milieu."

Autant d'objets, précieusement conservés, analysés, photographiés, contextualisés et répertoriés dans des rapports que chacun d'entre nous peut ensuite consulter au service régional de l'archéologie de la DRAC Bretagne.

On y retrouve le mobilier, mais aussi énormément d'informations collectées sur le terrain. "A chaque diagnostic, des plans sont réalisés, on va garder la mémoire d'un site qui va être être détruit puisque des travaux vont intervenir, complète Sandra Sicard. L'idée c'est d'avoir une idée de la totalité du contexte dans lequel ces objets ont été trouvés."

Les fouilles préventives, c'est pas automatique !

Parfois vues d'un mauvais œil par les aménageurs, parce qu'elles "freinent" l'avancée des chantiers, les recherches archéologiques préventives sont très encadrées. "Nous, on intervient sous la tutelle et la demande du service régional de l'archéologie de Bretagne qui dispose d'une carte archéologique de plus en plus précise", détaille Sandra Sicard. "Du côté de Locmariaquer, par exemple, on sait qu'il y a des vestiges antiques car beaucoup ont déjà été débusqués."

A chaque projet de construction ou d'aménagement, le service de la DRAC Bretagne reçoit les demandes de permis de construire. "Il va regarder la possibilité qu'il y ait des vestiges archéologiques de conservés à l'endroit où des travaux vont se faire. C'est lui qui va alors, prescrire un diagnostic archéologique. Nous, INRAP, on va aller voir la qualité des vestiges, on va vérifier et si les vestiges sont importants une fouille sera peut-être décidée par le service régional de l'archéologie."

Et si un trésor est mis au jour ? A qui appartient-il ? "Les choses ont changé, précise l'INRAP. Avant, les propriétaires du terrain pouvaient demander une partie de la valeur découverte, mais depuis une loi de 2016, c'est l'Etat qui est propriétaire du sous-sol, que l'on soit, à la surface, sur un terrain privé ou public." Tous les prélèvements sont donc stockés soit au service régional de l'archéologie, soit dans les locaux de l'INRAP, soit dans des musées où ils peuvent être exposés.

D'ailleurs, une exposition permettra bientôt de se plonger dans une partie de ce travail de fourmi : l’exposition Celtique ? à voir du 18 mars au 4 décembre 2022, au Musée de Bretagne aux Champs Libres de Rennes. Une exposition qui questionnera l’identité celtique de la Bretagne.

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