Lutte contre le harcèlement scolaire. Un programme expérimenté en Bretagne pour lutter contre ce fléau

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Écrit par Séverine Breton
Harcèlement scolaire : "je n'osais pas en parler", Emma, victime d'insultes et de moqueries au collège
Harcèlement scolaire : "je n'osais pas en parler", Emma, victime d'insultes et de moqueries au collège © France tv

Le plan a été baptisé pHARe, comme Programme contre le HARcèlement scolaire. Un programme expérimenté en Bretagne et désormais étendu dans toute la France. PHARe, peut être aussi comme une lumière dans la nuit pour les quelques 700 000 victimes de moqueries, vexations ou de coups dans notre pays. Rencontre avec Cécile Humbert-Mohammedi, la référente pour l'académie de Bretagne.

"Quand il y a un problème de harcèlement dans une école, un collège ou un lycée, il faut intervenir le plus tôt possible, pour la victime, comme pour le ou les harceleurs. Plus on attend, plus c’est compliqué, car la souffrance et les haines se sont installées.

Cécile Humbert-Mohammedi est l'une des deux référentes académiques pour la prévention et la lutte contre le harcèlement scolaire en Bretagne. "Notre préoccupation majeure, explique-t-elle, c’est la victime et ses souffrances."

En France, un enfant sur dix serait victime de harcèlement au cours de sa scolarité. Il existe des numéros verts : le 3020 pour des problèmes de harcèlement à l'école, le 3018 en cas de cyberharcèlement. 

"Mais souvent, souligne-t-elle, les victimes n’osent pas dire ce qu’elles vivent, alors, il faut que l’école mette en place des veilleurs." Dans le cadre de pHARe, l’objectif c’est de former, d’ici quatre ans, des personnels référents dans toutes les écoles, tous les collèges et les lycées de la région.

A terme, chaque établissement aura une équipe ressource de 5 adultes : des enseignants, des infirmières, des CPE. Tous auront suivis  8 jours de formation répartis sur deux ans.

Elèves et adultes doivent lutter ensemble 

"Si on veut que les choses changent, il faut que tout le monde s’y mette, martèle Cécile Humbert-Mohammedi. Petit à petit, les élèves, leurs parents sont sensibilisés aux signes et à la question du harcèlement.

"Et pour avoir des yeux dans les couloirs des collèges, au self, dans les vestiaires des salles de sport, là où les adultes ne sont pas toujours présents, il est important d’avoir des élèves ambassadeurs. 8 ou 10 en fonction de la taille du collège. Ils sont un peu des lanceurs d’alerte pour relayer la parole des élèves."

"Il peut être plus facile pour un jeune en difficulté d’aller parler à un autre jeune que de se tourner vers un adulte. Mais il faut faire attention, ces ambassadeurs ne doivent pas être vus comme des balances, c’est pour cela que c’est tout un programme, où tout le monde doit travailler et avancer ensemble." 

 Une prise en charge "Non blâmante " 

"Dès qu’un cas de harcèlement est signalé, l’important c’est de recevoir la victime. Il faut la rassurer, la sécuriser, lui dire qu’on va s’occuper de son histoire. L’entretien peut être très long car il faut recréer la confiance " détaille la référente académique. 

"Ensuite, on reçoit le ou les intimidateurs. Un par un. Et là, au contraire, ce doit être très court. Quelques minutes à peine" précise Cécile Humbert-Mohammedi.

"Nous utilisons une méthode de préoccupation partagée, mise au point par des psychologues. C’est une méthode dite "non blâmante." Au lieu d’accuser celui que l’on soupçonne responsable du harcèlement, de le mettre dans le rôle du coupable, on essaye de susciter son empathie : Je suis très inquiet, j’aimerai en parler avec toi, parce que je trouve que Gautier ne va pas bien, qu’est-ce que tu en penses ? Qu’est-ce que tu crois qu’on pourrait faire pour qu’il aille mieux ?" 

Cécile Humbert- Mohammedi sait que la méthode peut surprendre, mais elle est convaincue et explique : " Quand on arrive avec nos gros sabots, nos gros yeux, et qu’on impose une sanction disciplinaire, qu’est ce qui se passe ? D’une part, cela ne stoppe pas forcément le harcèlement, si un des auteurs est exclu ou renvoyé quelques jours, le reste du groupe peut continuer à s’en prendre à la victime et surtout, ce n’est pas parce que l’auteur est sanctionné que sa victime va mieux ! "

"Avec la méthode non blâmante, en sollicitant l’élève et en lui demandant son aide, on essaye, d’une certaine façon, de le valoriser.  Au lieu de faire le beau en faisant du mal, on cherche à lui donner de l’importance pour qu’il fasse du bien !"

"Dans 80 à 85 %, cela résout les problèmes affirme-t-elle, et cela permet à tous de s’en sortir la tête haute. On peut espérer que la victime aille mieux et que le ou les harceleurs ne recommencent pas. C 'est quand même le but ! "

Ce 18 novembre, à l’occasion de la journée de lutte contre le harcèlement scolaire, le rectorat de Rennes organise une visio conférence à 18h00 sur le cyber harcèlement, à retrouver sur le portail Toutatice sous la bannière Non au harcèlement

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