"On se fait fouiller, menacer, contrôler nos pièces d'identité" : Face à la pression des dealers, la colère des agents de la ville de Rennes

Jardiniers, agents d'entretien, plombiers, chauffagistes, tous sont amenés à intervenir dans les quartiers populaires de Rennes dont certains se sont transformés en points de deal. Menacés, fouillés, contrôlés par les dealers, ils se mettent en grève pour obtenir plus de sécurité.

“Se faire fouiller les vestes, contrôler nos pièces d’identité ou inspecter notre matériel de travail par les dealers, on n’en peut plus” lâche Stéphane Morandeau. “Les agents de la ville de Rennes subissent la pression des trafiquants de drogue dans les quartiers, la ville doit nous entendre”. 

Fouille au corps à la recherche de micros

Pour le délégué du syndicat Sud de la ville, la coupe est pleine. Dans le quartier du Blosne au sud de la ville mais également Alma, Cleunay, Maurepas, Clemenceau et jusque devant les portes du nouveau Conservatoire de la ville, les agents de la ville viennent travailler la boule au ventre. 

“Un collègue s’est fait filmer par des dealers, la vidéo a été mise sur les réseaux sociaux avec son visage et l’inscription ‘balance"' s'insurge ce représentant du personnel. Le jardinier de la ville concerné par cette accusation infondée a dû faire jouer son droit de retrait pour travailler sur un autre secteur. Les trafiquants de drogue du quartier étaient persuadés à tort qu’il renseignait la police.

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“Un agent de nettoyage n’a pas pu passer sa balayeuse laveuse sur les trottoirs car elle était munie d’une caméra de recul. Les dealers pensaient que les images allaient les compromettre” raconte encore Stéphane Morandeau. Le quartier du Blosne à Rennes est devenu le point de deal le plus important de la ville et de Bretagne. Près d’un tiers des points de vente de stupéfiants à Rennes est concentré dans ce quartier. Le trafic s’y fait au grand jour. Les dealers suspectent les agents de la ville de cacher des micros, caméras ou d'être des policiers déguisés. Ils deviennent "paranos" et s'en prennent aux salariés de la ville.

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Demande d'une prise en compte de cette insécurité pour les agents

Les forces de l’ordre ont déployé dans ce quartier une grande opération “Place nette” selon les termes du ministre de l’intérieur, mais cela n’est pas suffisant pour les agents de la ville. 

Ils veulent que le “climat d’insécurité face aux dealers” soit pris en compte dans leurs conditions de travail.

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“Nous voulons pouvoir travailler à deux, faire des binômes pour les agents des espaces verts ou d’autres services d’entretien qui sont confrontés aux narcotrafiquants” détaille le syndicaliste. Une prime est également souhaitée. 

Nous voulons pouvoir travailler à deux, faire des binôme pour les agents des espaces verts ou d’autres services d’entretien qui sont confrontés aux narcotrafiquants.

Stéphane Morandeau

Syndicat Sud Rennes

“La ville n’abandonne pas ces quartiers mais les conditions d’interventions pour nos plombiers, chauffagistes, jardiniers et de nombreux intervenants ponctuels sont devenues trop tendues”. Impossible de continuer à cohabiter avec les dealers. “Ils se servent dans nos camions, prennent des outils de chantier pour se battre, la situation est alarmante”. Selon le syndicaliste, les agents souhaitent continuer à intervenir dans les quartiers sensibles mais pas dans ces conditions.

Grève des agents territoriaux de Rennes

Depuis janvier 2024, la montée des incivilités dans ces quartiers de Rennes est en forte hausse selon Stéphane Morandeau. Les réseaux de drogue ont évolué, des trafiquants de Paris et Marseille veulent faire leur loi et leurs vendeurs vérifient les allées et venues des riverains ou travailleurs présents sur leur point de deal.

La ville de Rennes profite de l’accalmie obtenue par la présence en nombre des agents de police depuis ce 12 avril et le début de l’opération pour déloger les dealers pour retirer les encombrants déposés dans les rues et sur les trottoirs par les revendeurs. 10 tonnes de barrières de chantiers, matelas, chaises et autres mobiliers urbains ont été retirés durant cette opération d'ampleur. 

Le déplacement de la police est actuellement facilité, les familles retrouvent doucement l’usage des parcs et espaces verts mais la tension liée au trafic est omniprésente. Pour ces opérations des moyens ont été mis sur la table par l'État. 

Les agents de la ville veulent également que la Métropole mette la main au portefeuille. Leur grève est annoncée à partir de ce lundi 29 avril 2024. Elle concerne 7.000 agents de la ville de Rennes, de Rennes Métropole, de la Caisse des écoles et du Centre communal d'action sociale. La CGT a rejoint l'appel du syndicat Sud.

Un rendez-vous est pris ce jeudi 25 avril avec la direction du service santé de la ville et la direction des ressources humaines de Rennes.

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