Le GR34 de la discorde à Saint-Briac: le propriétaire-riverain se défend

Philippe, le riverain propriétaire de Saint-Briac, qui a fermé le chemin dans sa propriété / © - DR
Philippe, le riverain propriétaire de Saint-Briac, qui a fermé le chemin dans sa propriété / © - DR

Après la plainte du maire de Saint-Briac contre un riverain qui a remis une porte condamnant le passage du GR34 sur son terrain, ce dernier s'exprime sur ce dossier, qui devient un feuilleton de l'été.

Par Stéphane Grammont

A Saint-Briac, c’est le feuilleton de l'été. Depuis 1976, une loi impose aux propriétaires de terrain sur la côte de laisser une bande de 3 mètres pour les promeneurs.

Mais depuis des années, certains propriétaires refusent de laisser le passage au GR34

Au printemps,  la Préfète, Michèle Kirry, a tout de même inauguré le sentier côtier.

Des propriétaires, comme Philippe, qui répond à notre interview,  se sont alors tournés vers la Justice.

La Cour d'Appel de Nantes a estimé que des risques d'éboulement rendaient impossible le cheminement sur le sentier.

Fort de ce danger, le propriétaire a fait poser des portes pour empêcher l'accès au sentier. Mais aussitôt posées, les portes ont été arrachées, reposées, puis taguées…
 


En fermant le chemin vous vous estimiez dans votre bon droit ?

La cour d’appel administrative de Nantes à annulé l’arrêté préfectoral pris en 2015 pour instituer un sentier côtier.

Il y avait plusieurs motifs à cette décision: en s'aidant de photos aériennes de la falaise où l’on voit très bien qu’elle est dégradée, par les grandes marées depuis l’année dernière.

Ils ont étudié le rapport de géologie qui a indiqué clairement que si jamais il y avait du passage sur ce chemin, il y aurait un phénomène de dévégétalisation, pour arriver au sablon qui tient la falaise, très rapidement nous n’aurions plus de chemin.

La troisième raison, c’est que le maire lui-même a eu peur de cette état de fait, et a mis partout des poteaux incitant à la prudence.

Enfin, J’avais pris soin avec l’État de faire faire un certain nombre de travaux, et en particulier de plaquage sur ce chemin, pour ne pas abîmer la végétation. Rien de tout cela n'a été effectué. Aujourd’hui où en est-on ? Le sentier ne peut pas être ouvert.

Oui, mais quid la bande des 3 mètres ? [Qui oblige à une servitude sur une bande de trois mètres après les plus hautes eaux]

Ce que disent les opposants sur la bande des trois mètres est faux. La bande des trois mètres est dans la falaise, on l'a mesuré. Il y a seulement une petite partie de la bande des trois mètres qui est sur le chemin, mais la loi dit qu’il faut que ce soit la totalité pour qu'il y ait une servitude.

Aujourd’hui, ce que craignaient les géologues, arrive. Ce chemin n’est plus un chemin avec des végétaux, ce n’est plus qu’un chemin de terre. On le voit très nettement au Perron, le chemin s'éboule et cela devient dangereux.

Maintenant ce qui est important, c’est qu’il faut renforcer la falaise, à cause des marées. Et comme vous le voyez il fait très chaud, nous allons avoir un phénomène de marée avec des grands coefficients, et la falaise va encore s’esquinter. Pour renforcer une telle falaise aujourd’hui, c’est un prix considérable.

Je ne vois pas tellement la solution de faire autant d’efforts pour 100 mètres, alors que nous avons une alternative simple en passant par la digue, qui est utilisable la plupart du temps.
 
La partie du littoral dont il est question dans cette affaire / © Google Maps 2019
La partie du littoral dont il est question dans cette affaire / © Google Maps 2019


Mais cela pourrait constituer une exception que d’autres propriétaires pourraient faire valoir ?


Il faut apprendre aux Français à respecter la loi. La fermeture du chemin est légale, et on n'a pas le droit de passer. Ce chemin est complètement privé, et s'il y a un accident je suis entièrement responsable, au civil comme au pénal.

J’ai demandé au maire pour voir comment nous pouvions trouver une solution, pour que lui me décharge de toute responsabilité en cas de problème.

Le seul arrêté qu’il peut prendre, c’est de dire que les gens qui sont engagé sur ce chemin le font à leurs risques et périls. Mais là aussi c'est illégal, il ne peut pas prendre un arrêté qui concerne un chemin privé.

Donc nous, les propriétaires-riverains, sommes responsables et pouvons être condamné aux civils comme au pénal. C’est arrivé à un ami, dans les mêmes conditions, au Cap-Ferret.

Comment réagissez-vous au tumulte autour de cette affaire ?

Ce qui est étonnant dans cette affaire, c’est que le sentier a été inauguré, le 3 mai, alors que nous étions encore dans un contentieux. Il y avait le préfet, le président du conseil général, le maire, la presse…

Je leur avais dit "attention ce chemin pourra être interdit." Lorsqu’il l'a été, j’ai appelé le sous-préfet et le directeur des travaux maritimes pour qu’ils retirent tout ce qui est servitude. Aujourd’hui les panneaux sont retirés, et j'ai moi-même remis des portes, en accord avec eux, pour que les gens n'empruntent pas un sentier où il y a des risques importants.

Quelle a été votre réaction lorsqu'une association a démonté votre porte ?

J’ai été choqué. Qu’ils respectent la loi. Nous ne sommes pas contre ce chemin, on ne voit pas passer les piétons, mais c’est pour les protéger que l'on fait ça.

Ce qui nous gêne, c’est qu’on ne peut pas accepter de laisser passer des gens qui risquent d’avoir des accidents graves.

Nous avons fait les choses à fond, on a demandé à des géologues de venir, redemande encore à des géologues de venir, pour que je puisse rassurer les randonneurs en leur disant "ne prenez pas ce sentier, c’est dangereux."

Je trouve que ni l’État, ni la mairie, ne prennent leurs responsabilités. C’est à eux d’informer. C’est à eux de faire de la pédagogie, c’est à eux de mettre des chemins alternatifs.

Je suis un ancien fonctionnaire, je suis un ancien officier de marine, je fais des choses qui sont légales. Là on a affaire à des jusqu'au-boutistes qui ne réfléchissent pas.

Maintenant pour sortir de cette impasse, il faut que la mairie, la sous-préfecture et les associations informent tout le monde que ce chemin est privé, que malheureusement personne ne peut passer dessus, et personne ne peut permettre le passage, et qu’il faut trouver des solutions alternatives.

Ce qui manque aujourd’hui c’est une information complète pour que les randonneurs ne puissent plus se casser le nez. C’est honteux d’envoyer des randonneurs dans des culs-de-sac.
 

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