La transmission des terres agricoles : le pari de la start-up Eloi

Publié le

Mettre en contact des agriculteurs qui cèdent leur exploitation avec des personnes souhaitant s’installer : voilà l’idée d’Eloi, une jeune entreprise qui œuvre essentiellement dans le grand Ouest. Entretien avec François Moret, l’un des deux co-fondateurs.

Eloi a germé dans la tête de deux quadragénaires, François Moret et Maxime Pawlak. Ces deux-là avaient déjà fait leur preuve dans les affaires et "avaient besoin de mettre du sens dans leur métier."

"L’agriculture est arrivée comme une réponse, témoigne François Moret. D’une part à la crise climatique et d’autre part, elle apporte des emplois non délocalisables." 
 

  • Comment est née l’idée d’Eloi ?

François Moret : La moitié des agriculteurs partira à la retraite dans 5 à 10 ans. Ce qui représente 200 000 exploitations à transmettre. En face, on a des jeunes qui souhaitent s’installer mais ne sont pas spécialement issus du monde agricole. Ces jeunes porteurs de projet sont attirés par l’agroécologie, les circuits courts, la transformation sur site. Ils cherchent des fermes allant de 5 ha pour le maraîchage à 50 ha pour l’élevage. Or la taille moyenne d’une exploitation bretonne, c’est 83 ha.  

  •   Effectivement, l’offre ne correspond pas à la demande…

François Moret : Oui et une fois qu’une ferme est trop grosse, vous ne pouvez pas revenir en arrière. Vous êtes pieds et poings liés dans une agriculture qui n’est pas la plus respectueuse de l’environnement. Si on veut faire évoluer le modèle agricole, le moment de la transmission, c’est l’opportunité d’agir.
     

  • En quoi Eloi peut aider ?  

François Moret : Quand un exploitant veut céder sa ferme et ne trouve pas d’acquéreur, il peut nous contacter. On travaille avec lui ce qui serait faisable. Comment séparer son bien en plusieurs lots : par exemple les étables et les pâturages d’un côté, les terres cultivables d’un autre… On met ensuite cette proposition sur notre site. Les porteurs de projet se font connaître. C’est la génération 30/35 ans très présents sur Facebook et Instagram. Ils nous trouvent facilement.

  • Vous avez un rôle primordial lors de la vente aussi ?

François Moret : Quand le dossier est ficelé, qu’on a partagé les lots et trouvé les acquéreurs, la société Eloi se porte acquéreuse. Ça simplifie la transaction pour le vendeur qui peut tout vendre d’un coup. Ça permet d’attendre quelques mois, le temps que tous les acquéreurs obtiennent leur prêt. Au bout de 3 ou 4 mois, on revend aux nouveaux propriétaires. Notre but n’est pas de détenir du foncier contrairement à l’association Terre de liens. On se rapproche de leur vision sur certains points, mais eux, loue des terres agricoles.

  • Vous avez initié un financement participatif, pourquoi ?

François Moret : On lance une levée de fonds sur la plateforme LITA. Le but est d’atteindre 300 000 €. C’est une épargne citoyenne qui rapportera 6% sur 4 ans aux souscripteurs. Ça nous permet d’avoir un fond de roulement pour les salaires et les acquisitions. Notre entreprise, elle, se rémunère sur les frais que paie le vendeur lorsque le projet aboutit.    

Eloi assure intervenir sur une dizaine de transmissions de fermes en Bretagne et compter 200 porteurs de projet intéressés par une installation dans la région. Une graine qui devrait porter ses fruits puisque selon les chiffres de la Chambre d'Agriculture, la Bretagne a vu 2 088 départs d’agriculteurs pour 1 041 installations en 2018. Soit deux départs pour une seule installation.