Phase 2 du déconfinement : soulagement, prudence, dépit, les réactions aux annonces d'Edouard Philippe

Edouard Philippe a présenté la phase 2 du déconfinement, lors d'une conférence de presse. En Bretagne, les professionnels du tourisme affichent un certain soulagement, tandis qu'élèves et professeurs de lycées réagissent sur la reprise des cours et l'annulation de l'oral du bac de français.

Edouard Philippe lors de la présentation de la phase 2 du déconfinement
Edouard Philippe lors de la présentation de la phase 2 du déconfinement © PHILIPPE LOPEZ / POOL/EPA/Newscom/MaxPPP

Edouard Philippe a présenté la phase 2 du déconfinement et les nouvelles mesures qui pourront s'appliquer dès le 2 juin prochain. En Bretagne, réactions du côté des lycées mais aussi des professionnels du tourisme, bars et restauration. 
 

Oral du bac de français annulé 


Déception pour Armel, élève de première en Ille-et-Vilaine. Il aurait aussi aimé avoir le choix. "Je suis très déçu. C’était un objectif que je m’étais fixé. Cette année, j’avais un prof de français excellent, qui m’a vraiment fait aimer la matière et motivé. Je n’ai rien lâché depuis le début du confinement : lectures, fiches, exercices de grammaire et de lecture. Je m’entraînais quasiment tous les jours et espérais bien décrocher une très bonne note. Là, ça tombe à l’eau. Sur le plan sanitaire, qu’est-ce qui empêchait  de réunir trois personnes dans une même salle le temps de l’épreuve ? Au minimum, on aurait dû avoir la possibilité de choisir : soit passer l’épreuve soit garder les notes du contrôle continu. Je ne comprends pas cette annulation. Le bac, c’est finalement moins important que les bars et les restaurants !"

A Lorient, Agathe oscille entre déception et soulagement. "Cela fait si longtemps que l'on nous parle de cet oral ! En même temps, je suis soulagée. Il y a tout un chapitre important sur l'argumentation que nous avons vu à distance avec une enseignante remplaçante. Je ne me sentais vraiment pas au point sur cette partie du programme alors finalement, ce n'est pas plus mal comme ça."

Pour Gwénaël le Paih, secrétaire général du Snes-FSU Bretagne, cette option paraît la plus adaptée. "Il me parait plus raisonnable d’annuler l’oral du bac de français compte tenu des inégalités dans la préparation de l’épreuve. Reste qu’à mon avis, les élèves de 1ère comme c’est déjà le cas pour ceux de terminale, on ne les reverra plus cette année."


Reprise des cours pour les lycéens : "Symboliquement, c’est très important de montrer aux élèves qu’on va repartir" 
 

Paul, élève de seconde à Rennes, ne peut s'empêcher de lâcher un long soupir. "Pfffffffffffffffffffff ! On va rentrer juste pour le conseil de classe. Je ne vois pas l’intérêt de rentrer au lycée pour la fin du troisième trimestre. Autant rester en télétravail. C’est plus cool et on s’organise comme on l’entend. Le bon côté, c’est qu’on va retrouver les copains."

Gwenaël Le Paih souligne lui l'importance de cette reprise : "Concernant la poursuite de la réouverture des collèges et la reprise des lycées, nous y avons toujours été favorables dès lors que l’impératif sanitaire est respecté. Je salue le fait que le ministre laisse de la souplesse pour la mise en œuvre sur le terrain. Pour les élèves, le fait de revenir à l’école, de revoir leurs enseignants, même si c’est sous une forme dégradée, c’est important, cela structure leur vie et prépare la rentrée de septembre. D’ailleurs, c’est vers cette échéance que nous regardons et il nous manque encore des informations."

Un avis partagé par Pascale Le Flem, proviseure de la cité scolaire Beaumont à Redon (Ille-et-Vilaine) et secrétaire académique du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale). "Symboliquement, c’est très important de montrer aux élèves qu’on va repartir."

Mais pour beaucoup d’établissements, ce ne sera pas dès mardi prochain. "Plutôt à partir du 8 juin ou de la fin de semaine prochaine", estime Pascale Le Flem. "Le protocole sanitaire est tellement contraignant, qu’il sera difficile d’organiser un retour de tous les élèves en si peu de temps. Nous, proviseurs, attendions de connaître le cadre donné par le ministre de l’Education nationale pour faire nos calculs. Et cela dépend de chaque établissement, de ses effectifs, de la taille de ses locaux. Dans les lycées technique, par exemple, il faut désinfecter chaque poste de travail après le passage de chaque élève. Idem à la cantine. A la cité Beaumont à Redon, le réfectoire sert en temps ordinaire 1 500 repas chaque midi. Avec la distanciation, nous ne pouvons pas accueillir actuellement plus de 200 élèves. Enfin, nous devons savoir combien d’élèves reviendront en juin ne serait-ce que pour préparer les salles. En prévision, nous avons lancé un sondage lundi dernier auprès des familles. Pour les filières professionnelles, moins d’un tiers nous a répondu et cela en dépit des relances. Autrement dit, pour ceux que l’on cherche à raccrocher, c’est dès le coup de fil que c’est compliqué."

Pascale Le Flem note également que Jean-Michel Blanquer demande aux lycées "d’accueillir tous les élèves sur au moins un niveau." Ce qui veut dire que chaque chef d’établissement pourra donner la priorité à un niveau plutôt qu’un autre. "De cela, nous discuterons lundi prochain en équipe pédagogique."


Un certain soulagement du côté des professionnels du tourisme


Les hébergements touristiques pourront ouvrir dans tous les départements verts le 2 juin. Du côté des professionnels, le premier mot c'est "le soulagement". Arnaud de la Chesnais, président et co-dirigeant du Domaine des Ormes, attend maintenant de voir la réaction des touristes, ceux qui vont revenir ou confirmer des réservations. "On a un message à leur donner : occupez-vous de vos vacances, on s'occupe de votre sécurité", dit-il. "On aura bien sûr un protocole sanitaire à leur remettre mais on veut faire en sorte que cet aspect-là soit le plus léger possible."

On ne vend pas du stock mais du temps, et ce temps est déjà passé. 

Le domaine peut accueillir jusqu'à 3500 personnes et malgré cette prochaine ouverture, les conséquences financières du confinement et de l'épidémie se font déjà sentir. "Notre chiffre d'affaires est habituellement de 13 millions d'euros, là on sera à 5 millions. On va devoir emprunter, notamment le fameux PGE créé par l'état. Ce sera un boulet à long terme. La prochaine réouverture limite les dégâts" relève-t-il. Le Domaine des Ormes sera prêt le 12 juin, le temps de tout mettre en place. "On a des contraintes techniques comme par exemple pour ouvrir le dôme qui abrite la piscine, il faudra privilégier la ventilation naturelle et pas mécanique. Mais on a ce qu'il faut" 

Soulagement mais prudence pour Karim Khan, président de l'UMIH Bretagne  (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie). "C’est une très bonne nouvelle : ça veut dire que le virus recule. On a confirmation que les plages vont rouvrir… le tourisme va repartir, reprendre vie." Il ajoute : "C’est un soulagement car tous les patrons et salariés des bars et restaurants ont envie de revenir travailler. Ils sont passionnés, c’est normal. C’est un métier de passion."

"Ce qui est important c’est de retrouver une belle attractivité. Avec la limite des 100 kms qui va tomber, on va pouvoir accueillir de nouveau les touristes français et européens. Reste tout de même l’inconnue des Anglais avec la quatorzaine qu’ils ont mise en place." 

Nous sommes quand même dans l’attente de précisions. Nous n’avons que les grandes lignes là !

Des incertitudes demeurent, sur les activités toujours interdites : "Est-ce que les discothèques vont pouvoir reprendre, les traiteurs pour les mariages… Et puis surtout, la grande inconnue : est-ce que les gens vont revenir dans les bars et les restaurants ?" 

"Il va falloir être prudent car cette pandémie nous a coûté très cher et il n’est pas question de rouvrir sans que toutes les conditions soient réunies pour un succès. Une 2eme vague serait fatale pour beaucoup d’entreprises." Il conclut : "On a envie mais on a aussi peur de cette reprise. On va faire en sorte que tout se passe bien et réunir toutes les conditions pour cela. On va participer à cet élan." 

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