Coronavirus : le cidre privé de débouchés ?

Conséquence de la fermeture des bars et des crêperies, la vente de cidre a baissé de moitié. Seule la grande distribution continue d’écouler la production. Dans les cidreries, les cuves débordent, mettant en danger la prochaine récolte. La filière réclame un plan d'urgence. 
 

Inquiétude des 54 cidriers bretons et des 200 producteurs de pommes associés.
Inquiétude des 54 cidriers bretons et des 200 producteurs de pommes associés. © Claire Louet


Aucun des bruits habituels dans cette cidrerie d’Ergué-Gabéric. Les deux chaines d’embouteillage et d’enfûtage sont stoppées depuis début avril. La quinzaine de salariés est en activité partielle. L’un des co-gérants, Guillaume Jan, espère relancer un peu de production cette semaine pour la grande distribution, seul débouché depuis la fermeture des cafés, des crêperies, des restaurants. Mais là aussi, la consommation est en berne. Le marché à l’export est complètement bloqué. "La cidrerie du château de Lezergué a perdu 50% de son volume de vente habituel, explique ce patron. D’ici fin juin, l’entreprise qui transforme 25 000 hectolitres de cidre risque d'engranger 600 000 euros de perte. Et l’annulation des grands rendez-vous de l’été, fêtes ou festivals, finit de noircir le tableau".

 

Une crise en deux vagues

 
" Les cuves sont pleines" s'inquiète Guillaume Jan, co-gérant de la cidrerie du Château de Lezergué
" Les cuves sont pleines" s'inquiète Guillaume Jan, co-gérant de la cidrerie du Château de Lezergué © Claire Louet


Aux difficultés de trésorerie, s'ajoutent les problèmes de stockage et de surplus. Dans la salle réfrigérée, les immenses citernes de jus sont pleines. Le cidre est prêt à être assemblé et mis en bouteille mais faute de commandes, tout est stoppé. "Si on ne fait pas de la place, où va-t-on mettre les pommes de la prochaine récolte? Il faut y réfléchir maintenant. Septembre, c'est demain. Si rien ne se passe, je vais être obligé de refuser les 3000 tonnes de pommes que j'achète habituellement aux producteurs. Et c'est toute la filière qui va trinquer"conclut Guillaume Jan également vice-président du syndicat national des transformateurs cidricoles. 


Du gel hydroalcoolique à base de cidre 


La filière qui regroupe à la fois les transformateurs et les agriculteurs, craint de devoir faire face à une deuxième crise au moment de la récolte l'automne prochain. Les producteurs de pommes à cidre qui n'ont aucun autre débouché risquent de rester sur le carreau.

Face au marasme, la profession regroupée au sein d'Unicid, dont fait partie La Maison Cidricole de Bretagne a interpellé le gouvernement pour demander des mesures de retrait, du jamais vu. Elle réclame le dégagement du marché par le rachat d'une partie des volumes : 200 000 hectolitres de cidre (à 60 euros l'hectolitre) et 100 000 tonnes de pommes (à 100 euros la tonne). Le cidre pourrait être utilisé pour la distillation et la production d'alcool industriel. Il pourrait entrer par exemple dans la fabrication de gel hydroalcoolique. Les pommes pour la méthanisation. 
"C'est insensé, c'est impensable, explique Guillaume Jan, choqué à l'idée de sacrifier une partie de son cidre. Mais malheureusement, c'est la seule solution. Il faudra que certains d'entre-nous acceptent d'en passer par là. Sinon, on ne va pas se relever". 


Une récolte qui s'annonce exceptionnelle


Dans son verger de Plonéis, à quelques kilomètres à l'ouest de Quimper, Paul Coïc, producteur de cidre fermier en conversion bio, suit avec attention la floraison prometteuse de ses pommiers. "S'il n'y a pas d'accident climatique, de gel notamment, la récolte s'annonce excellente". Presque trop s'inquiète l'Unicid car "à un marché du cidre en surplus, vont s'ajouter des fruits en excédent et des agriculteurs en difficulté."
En 17 ans, Paul Coïc, producteur et transformateur, n'a jamais connu de crise d'une telle ampleur.
En 17 ans, Paul Coïc, producteur et transformateur, n'a jamais connu de crise d'une telle ampleur. © Claire Louet

 
Paul Coïc qui produit et transforme 100 à 150 tonnes de pommes à cidre par an, issues de 12 variétés différentes, se veut optimiste. Pourtant, depuis la mi-mars la vente à la ferme qui représente 40% de ses débouchés est arrêtée. "Habituellement, le mois d'avril marque le lancement de la saison. Il y a les vacances de Pâques puis en mai, les fêtes de famille, les festoù-noz, les kermesses des écoles. Là il ne se passe plus rien. Même si la boutique est restée ouverte, avec le confinement, les gens du coin ne sont pas venus, les touristes non plus évidemement. Zéro client, aucune rentrée d'argent".
 

La vie doit reprendre


Installé depuis 17ans, Paul Coïc en a vu des crises mais aucune de cette ampleur. "Ce qui est perdu est perdu mais maintenant ce qu'il faut, c'est réussir le déconfinement. Il faut rouvrir l'accès au littoral pour que les gens reviennent chez nous. On est une région touristique. La vie doit reprendre". Comme de nombreux producteurs de cidre, Paul Coïc réalise la moitié de son chiffre d'affaire annuel en été." On fait un bon produit. Il faut aussi qu'on sache le dire".

C'est aussi l'avis de la profession réunit au sein d'Unicid qui espère relancer la consommation par le lancement d'une campagne de communication mettant en avant le cidre comme symbole du terroir et du made in France. 
 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
agriculture économie agro-alimentaire coronavirus santé société
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter