Université. "Je n'ai pas besoin d'aller voir un psy, j'ai besoin d'aller en cours" répondent les étudiants à Jean Castex

Jean Castex a annoncé, ce jeudi,  l’extension du couvre-feu à 18h à tout le territoire et pour une durée de 15 jours minimum. Parmi les autres mesures : la reprise des travaux dirigés en "demi groupe", seulement pour les étudiants en première année à partir du 25 janvier. Réactions.

Seuls les étudiants en première année seront autorisés à revenir à l'université à partir du 25 janvier, a annoncé Jean Castex ce jeudi soir.
Seuls les étudiants en première année seront autorisés à revenir à l'université à partir du 25 janvier, a annoncé Jean Castex ce jeudi soir. © Lucie Weeger - MaxPPP

"Autoriser les L1 à reprendre les cours en présentiel, c’est ignorer une partie des autres étudiants" dénonce Louise Bosq, étudiante en master à Rennes. Elle ne comprend pas pourquoi certains élèves sont délaissés et déplore le peu d’effort mené par le gouvernement.

"C’est le signe que l’on s’en fiche des universités en France. Dans ma classe, on est 12, on pourrait s’organiser, respecter les distances, on pourrait avoir cours sans risque de contamination. C’est mettre tout le monde dans le même panier" se plaint l’étudiante en théorie politique à Rennes 2.

Louise Bosq aimerait poursuivre une thèse après son master, mais elle craint pour l’avenir de ses études. "Aujourd’hui, on échange seulement par mail, mais on n’a plus le côté humain, comme les conversations avec nos professeurs à la fin des cours".

De son côté, Lola Martin, en première année à Rennes 2, est ravie de cette annonce. Aucun week-end d'intégration, tous les cours à distance... impossible pour elle de tisser des liens avec les autres étudiants. "Je suis très contente que les cours reprennent en présentiel, ça commençait à vraiment être difficile et long. Mes cours, je sais qu’ils sont moins bien appris que si j’avais eu les cours en présentiel. Donc c’est une bonne nouvelle".


Le nombre de psychologues va doubler dans les universités


Usés psychologiquement par les cours à distance, l’isolement et l’absence de visibilité sur leur avenir, les étudiants sont "à bout". Les cris de détresse n’en finissent plus. Samedi dernier, un étudiant en droit s’est jeté de la fenêtre de sa chambre universitaire près de Lyon. Quelques jours après, une autre étudiante a, elle-aussi, tenté de se suicider.

Sur les réseaux sociaux, des lettres, des messages de désespoir ont tenté d’alerter le gouvernement. Le hashtag #Etudiantsfantômes est devenu viral.

 Pour le gouvernement, cette situation est "une source de préoccupation majeure" a affirmé ce jeudi Jean Castex.

"Le nombre de psychologues dans les universités sera doublé ce semestre et de nouveaux travailleurs sociaux permettront d'accélérer l'accès aux aides" a annoncé Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur. 

"Doubler le nombre de psychologues ? Il faudrait peut-être baisser le nombre d’étudiants qui ont besoin d’y aller" réagit Gabriel Gelin, étudiant en L2 de physique à Brest. "C’est lunaire, ils ne proposent rien. Je ne suis pas à plaindre, mais je pense à d’autres étudiants qui sont loin de leur famille, qui ont perdu leur emploi et qui n’ont aucune aide. J’aurais préféré que le gouvernement annonce des aides financières".

Louise Bosq partage l’avis de Gabriel Gelin. "Moi je ne vais pas prendre l’initiative d’aller voir une psychologue. Dans ma classe, on est beaucoup à ne pas se sentir légitimes d’aller voir une psy. Je n’ai pas besoin d’aller voir une psy, j’ai besoin de retourner en cours" martèle l’étudiante en master théorie politique à Rennes 2.

Axel Boucher, étudiant en master philosophie politique, lui, est plutôt satisfait de cette annonce. Il promet de prendre rendez-vous chez un professionnel. "Cela fait six mois que nous sommes dans la misère, on a besoin de parler. Moi je vais aller consulter".


Les étudiants, en détresse psychologique


Pour Ugo Thomas, vice-président étudiant de Rennes 2, la détresse psychologique des étudiants est encore trop peu considérée par le gouvernement. "On nous accuse d’exagérer. Dans mon entourage, beaucoup sombrent. C’est impossible de se projeter". Confinés, couvre-feu, Erasmus annulés… "C’est échec, sur échec".


Tous les bâtiments sont vides, il n’y a plus de vie. C’est d’une tristesse, c’est difficile. C’est une année sans vie sociale, ce n’est pas un caprice de le dire.

Ugo Thomas, vice-président étudiant Rennes 2

"Quand la ministre, Frédérique Vidal s’est tue à la fin de son discours, on pensait qu’elle allait annoncer quelque chose de très fort, comme le resto universitaire à 1 euro, des aides financières… Au final rien".  


Les universités peu considérées ?

Les étudiants avec qui nous avons pu échanger dénoncent ce manque de considération de la part du gouvernement. "Pourquoi les écoles restent ouvertes et pas nous ?" s’interrogent-ils.
"Les lycéens, les prépa, les BTS continuent d’avoir cours en présentiel. Pourquoi eux et pas nous ?",questionne Louise Bosq. Ces étudiants ne comprennent pas cette différence de traitement avec les autres jeunes, mais aussi avec le reste de la population.
"Seuls les étudiants sont confinés. Dans les entreprises, certains ont un jour en présentiel, nous rien. Ils cherchent la facilité, ils suppriment tout, l’université passe vraiment en dernier"regrette l'étudiante rennaise.

Ce vendredi 15 novembre, le Premier ministre Jean Castex et la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, recevront la conférence des présidents d’université ainsi que les organisations syndicales étudiantes. L’objectif sera de préciser les conditions et les modalités des évolutions d’un retour progressif en présentiel.

Des discussions très attendues par les étudiants.

 

 

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