Affaire Münsch-Masset : les écologistes et les socialistes serrent les dents

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Trois jours après la démission de la première adjointe de Tours, Cathy Münsch-Masset, mise en cause dans une affaire de détournement de fonds dont est soupçonné son mari, la majorité est encore secouée. Cible de choix, le maire EELV Emmanuel Denis a particulièrement essuyé les critiques de son opposition.

Gros temps pour la majorité tourangelle. Depuis la démission de Cathy Münsch-Masset, mise en cause avec son époux dans l'affaire de détournement de fonds de l'Apajh, l'opposition a multiplié les piques contre le maire EELV, Emmanuel Denis. Pêle-mêle, il lui est reproché de ne pas avoir tenu compte d'alertes quant aux conflits d'intérêt, de ne pas s'être constitué partie civile dans cette affaire qui touche son ex-première adjointe, voire, à demi-mot, d'en être complice. "On va tirer le fil de l'argent et que va-t-on trouver ? Qu'il a servi à financer la campagne ? La majorité en place ? Celle à la Région ?" extrapolait l'ancien maire Christophe Bouchet (MR) dans un article paru dans Libération le 8 décembre.

Des "amalgames" pour discréditer la majorité

"Ils sont dans le délire complet", balaie Emmanuel Denis. "Il s'agit d'un amalgame pour nous affaiblir." Comme le rappelle le maire de Tours, selon les éléments partagés jusque là par le procureur de la République, il n'est pas acquis que Cathy Münsch-Masset elle-même fût au courant de ces malversations, et la présomption d'innocence continue de s'appliquer.

Si Guillaume Masset, recruté pour succéder à son épouse à la tête de l'Apajh 37 en décembre 2016, a reconnu les faits, il affirme avoir agi seul. Enfin, l'Apajh et son fonctionnement sont "dissocié" de celui de la municipalité, ce qui ne permettrait guère à la mairie de se constituer partie civile. "Une collectivité se porte partie civile à partir du moment où elle a reçu un préjudice", confirme un élu socialiste tourangeau. "Là, si la mairie l'avait fait, elle aurait simplement été déboutée."

Deux poids, deux mesures ?

Enfin, se défend Emmanuel Denis, la marie n'est pas restée passive devant le scandale. "Dans la demi-heure qui a suivi, j'ai pris la décision de suspendre Cathy Münsch-Masset de ses délégations", conformément aux engagements pris au moment de la campagne de l'élection municipale et aux recommandations de l'association anticorruption Anticor. Le 6 décembre, Cathy Münsch-Masset a également démissionné de son mandat de première adjointe, tout en demeurant conseillère municipale et régionale, et deux jours plus tard le PS a suspendu l'adhésion des deux époux. Autant de mesures de précaution pour assurer la continuité du fonctionnement de l'équipe municipale, dont le maire salue "la cohésion malgré cette crise".

A l'inverse, le maire de Tours s'étonne du silence de certains de ses opposants les plus véhéments, "membres de l'exécutif de la Métropole" après la condamnation à un an de prison ferme, le 30 septembre, de Philippe Briand (LR) pour escroquerie et complicité de financement illégal de campagne électorale dans le cadre de l'affaire Bygmalion. La petite phrase vise sans doute, entre autres, Marion Nicolay-Cabanne, conseillère municipale LR et membre du bureau déléguée aux énergies de la Métropole, pour qui la culpabilité de Cathy Münsch-Masset ne fait guère de doute. "Pourtant, Philippe Briand, dont la peine a été aménagée, est toujours vice-président du conseil de la Métropole en charge du rayonnement international, ce n'est pas rien" tacle l'édile. "Entre un vice-président condamné mais qui est toujours là, et une adjointe qui doit bénéficier de la présomption d'innocence et que j'ai pris la décision de suspendre dans la demi-heure, on voit comme le discours change."

La gauche secouée mais toujours debout

Pour autant, l'alliance de gauche qui tient la municipalité tourangelle ressort fragilisée de cette crise. "Bien sûr, c'est un choc, d'autant plus que ce détournement de fonds, s'il est avéré, s'est fait au détriment de personnes déjà en difficulté", déplore le secrétaire fédéral du Parti socialiste, Franck Gagnaire. Pour autant, de la même manière que la gestion de l'Apajh est dissociée de la mairie, cette affaire est avant tout "une affaire privée", qui n'engage en rien le PS, ses fonds ou ses militants. En revanche, certaines réactions de l'opposition relèvent  pour lui de "l'instrumentalisation" de cette affaire pour déstabiliser la majorité à quelques mois des législatives.

La gauche n'en fait pas moins pâle figure, observe Claude Bourdin. L'ancien candidat de C'est au Tour(s) du peuple, liste de gauche farouchement indépendante lors des dernières élections municipales, n'est pas "surpris outre-mesure" par l'affaire mais regrette que plus de mesures n'aient pas été mises en place pour limiter "le cumul des mandats et le cumul des fonctions". "C'est malheureux, ça décrédibilise les élus et ça fait le jeu de ceux qui disent 'tous pourris' et donc, en fin de compte, de l'extrême-droite", regrette-t-il. Quant à l'opposition de droite, "ils n'ont pas trop de leçons à donner non plus", lâche l'ancien candidat soutenu par la gauche radicale en évoquant les affaires Schwarz et Briand.

A cinq mois de l'élection présidentielle et des législatives, pour lesquelles Cathy Münsch-Masset était pressentie comme candidate commune du PS et d'EELV, les poursuites à son encontre risquent de laisser un vide. Mais comme le fait remarquer le maire de Tours, "la nature a horreur du vide", et la municipalité ne manque pas "de femmes de grand talent". Pas d'inquiétude affichée non plus du côté du PS : "quand l'affaire éclate, c'est un choc pour tout le monde", admet Franck Gagnaire, mais il convient désormais, selon la formule consacrée, de "laisser la justice faire son travail". Et, politiquement, maintenant que la continuité de l'action municipale est garantie, il n'y a pas lieu de "se précipiter" pour trouver un remplaçant à Cathy Münsch-Masset.