JO 2024 de Paris : la Fédération française de gymnastique accusée d'acharnement contre un club

Ce 21 décembre, le club de gym d'Avoine Beaumont en Indre-et-Loire a été blanchi pour les faits de harcèlement et d'emprise sur ses gymnastes. Dans son rapport, la commission a aussi qualifié "d'acharnement" le comportement de la Fédération française de gymnastique contre le club.

"C'est une putain de victoire !" Des mots forts et rares dans la bouche d'un avocat. La première réaction de Me Jean-Yves Leterme, avocat du club de gymnastique d'Avoine Beaumont en Indre-et-Loire, et de Gina et Marc Chirilcenco, les deux entraîneurs, venait des tripes.

"C'était très spontané et très sincère. Ça vous sonne la mesure de la joie ressentie et de l'investissement que j'avais mis dans ce dossier" raconte-t-il. "C'est un de ces dossiers qui vous empêchent de dormir. C'est un énorme soulagement. Je suis désolée mais ces mots prouvent à quel point ce dossier me tenait à cœur", concède-t-il après deux ans et demi de procédure.

"Accusés de harcèlement, d'emprise et de mauvais traitements" 

C'est la première fois que cet avocat, installé à Chinon défend un club à ce niveau-là avec autant d'implications et sur autant de temps. "Harcèlement, emprise, mauvais traitements. On leur reprochait des choses complètement ubuesques comme d'avoir fait courir les filles pieds nus sous le soleil," raconte MeLeterme.

On parle d'athlètes qui s'entraînent entre 30 et 35 heures par semaine. C'est du très très haut niveau. On ne peut pas arriver à ces résultats sans des efforts soutenus. Marc Chirilcenco vous expliquerait que vous ne pouvez pas amener des athlètes aussi haut dans leurs performances si elles ne sont pas d'accord et si elles n'ont pas envie de le faire.

Jean-Yves Leterme, avocat du club de gymnastique d'Avoine Beaumont

Une séance de questions-réponses très impressionnante 

Le 21 décembre dernier, Maître Leterme a été entendu par la formation spécialisée du Conseil départemental de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative ( C.D.J.S.V.A) avec les deux entraîneurs du club d'Avoine-Beaumont Gymnastique qu'il représente, Marc et Georgeta dite "Gina" Chirilcenco. "On a passé une heure et demie devant la commission pour un jeu de questions-réponses très impressionnant. Imaginez-vous le sentiment de mise en accusation au centre d'une table en U avec 15 personnes pour vous interroger, dans une salle de la Préfecture." 

La Fédération française de gymnastique accusée "d'acharnement "

La commission était présidée par Anaïs Aït-Mansour, directrice de cabinet de la Préfecture d'Indre-et-Loire. Elle est composée d'acteurs de la vie associative, de clubs sportifs et de représentants de l'Etat répartis en trois groupes. Ils étaient dix à prendre part au vote. 

Dans son rapport que France 3 a pu consulter, la formation spécialisée déclare à l'unanimité "qu'il n'y a pas lieu de prendre de mesures de police administrative sanctionnant Mme Georgeta Chirilcenco et Monsieur Marc Chirilcenco" et la commission "valide unanimement la nécessité d'alerter Madame la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques, sur les difficultés subies par le club Avoine Beaumont Gymnastique du fait de l'acharnement de la Fédération française de gymnastique à son encontre". 

"Être blanchi, on s'y attendait un peu. En revanche ce que nous n'avons pas vu arriver et qui nous conforte dans notre point de vue c'est lorsque la commission conclut son rapport par le fait d'alerter l'attention de la ministre des sports sur l'acharnement de la Fédération française de gymnastique sur le club d'Avoine. Ça marque la victoire de David contre Goliath. C'est un retournement de situation très spectaculaire", réagit maître Leterme. "La commission se réunit à l'initiative du ministère. On ne peut pas aller au-delà. C'est un blanc-seing de la société civile. C'est un grand soulagement". 

Un nouvel espoir pour les JO de Paris 

Avec cette préconisation de la commission, un nouvel espoir de participer aux JO avec l'équipe de France est né. L'objectif est de retrouver le label de "club formateur" que la Fédération française de gymnastique avait retiré à Avoine.

"Soit la Fédé d'elle-même redonne au club le label qu'elle lui a retiré soit nous poursuivons avec un procès devant le tribunal administratif avec un bon espoir d'obtenir gain de cause mais la temporalité n'est pas bonne. Le temps que le tribunal rende sa décision, les JO seront passés," explique maître Leterme.  

Le label "club formateur" permet de présenter des athlètes en équipes aux jeux olympiques et à toutes les compétitions internationales et de continuer à entraîner ces athlètes en vue de ces compétitions. "Aujourd'hui on peut continuer à entraîner des athlètes mais ils ne peuvent se présenter qu'en individuel".

C'est la raison pour laquelle Kaylia Nemour, vice-championne du monde 2023 aux barres asymétriques et licenciée à Avoine va concourir sous la bannière algérienne et non française aux JO de Paris.

Mais il reste une possibilité pour Carolann Héduit, vice-championne de France à la poutre 2022 et championne de France au général. "Cette décision est tellement spectaculaire que tous les espoirs sont à nouveau permis", espère maître Leterme. 

La commission a émis un avis mais la décision doit encore être signée par le Préfet. C'est après cette signature que les entraîneurs et le club s'exprimeront. "Quand nous avons reçu l'avis de la commission le lendemain, Marc est parti louer un chalet à la montagne avec Gina se mettre à l'abri pendant une semaine. Ils étaient épuisés. La préparation de l'audience, ça nous a tous mis à plat," confie l'avocat.