Loir-et-Cher : les affaires Perruchot sèment la zizanie au conseil départemental

Le groupe majoritaire de droite et son opposition s'entre-déchirent depuis l'été, à la suite des révélations concernant l'ancien président du Loir-et-Cher, Nicolas Perruchot. Dernier épisode : le refus de la majorité de réaliser un audit des dépenses du conseil départemental, après de nouvelles informations en lien avec les Pandora Papers.

Nicolas Perruchot n'est plus président du conseil départemental de Loir-et-Cher depuis début juillet, mais il n'aura jamais été autant présent dans les conversations blésoises. Après la révélation de la présence de son nom dans les Pandora Papers il y a une semaine, ses anciens collègues de l'opposition ont réclamé un audit des finances du département, une demande refusée par la majorité de droite ce lundi 11 octobre.

Cette demande n'est pas apparue de nulle part. Déjà avant les élections départementales, plusieurs élus ont fait état de "rumeurs" plus ou moins précises. À la mi-juin, le maire de Lamotte-Beuvron Pascal Bioulac est "exclu de l'UPLC (le groupe de la majorité de droite qu'il présidait, ndlr) pour avoir dénoncé les bidouilles politiques et ce qu'elles recouvraient" par un texte signé Nicolas Perruchot et Guillaume Peltier, soutient-il dans un communiqué de presse envoyé ce 11 octobre. 

Ce même Pascal Bioulac avait, en novembre 2020, acté l'exclusion de l'UPLC de Christina Brown. La raison ? À en croire la principale intéressée : elle avait "interpellé à différentes reprises le président Perruchot, son cabinet et ses services au sujet de la gestion de plusieurs dossiers". "Visiblement, mon interpellation dérangeait", écrit-elle, amère, elle-aussi dans un communiqué. 

Jamais deux sans trois

Alors, à l'arrivée de la nouvelle mandature fin juin, les rumeurs se font déjà trop présentes pour tout balayer sous le tapis. "Dès la mise en place du conseil départemental, on a demandé un audit parce qu'il y avait eu des rumeurs de porosité entre les fonctions du président Perruchot et sa vie privée", se souvient  Hanan El Adraoui, conseillère EELV du canton de Blois-1. 

Tous ces on-dit culminent à la révélation par France Télévisions et Radio France le 9 juillet d'étranges transferts de fonds entre l’Observatoire du dialogue social, créé en 2018 par Nicolas Perruchot, et son compte personnel. Des révélations qui ont incité le procureur de Blois à ouvrir une enquête pénale préliminaire, visant notamment à identifier de possibles liens entre le finances du département et celles, privées, de son ancien président.

Et, une fois de plus, l'idée de l'audit est mise sur la table. "La possibilité avait été évoquée, sans aller plus loin", raconte Stéphane Baudu, du groupe CentreS 41, alors que persistait "un doute potentiel".

Le 5 septembre, nouvelle affaire : le nom de Nicolas Perruchot est cité au sein des Pandora Papers, la révélation d'opérations d'évasion fiscale de très grande envergure. Selon la cellule investigation de Radio France, "un passeport, une quittance EDF, et deux factures d’un cabinet offshore" relient l'ancien élu à la création en 2012 d'une société baptisée Black Tree Holdings Incorporated aux Seychelles. 

La révélation de trop pour l'opposition. Le binôme d'Hanan El Adraoui, Benjamin Vételé, initie l'idée d'un audit indépendant, pour vérifier que "pas un euro de la gestion publique du conseil départemental n'ait servi l'intérêt d'un élu, a fortiori de l'ancien président", explique Stéphane Baudu. L'idée séduit, si bien que les 14 élus de l'opposition déposent conjointement un vœu pour la réalisation de cet audit.

Audit de comptes à O.K. Corral

Au début, l'idée semble faire son bonhomme de chemin dans la tête de l'actuel président, Philippe Gouet. "Je ne suis pas fermé à cette idée", affirmait-il le 6 octobre à La Nouvelle République. Mais ce lundi 11 octobre, surprise : "Il a tout de suite pris la parole pour dire qu'il n'y aurait pas d'audit", rapporte Hanan El Adraoui. Toujours cité par La Nouvelle République, il aurait choisi de dénoncer "l'instrumentalisation politique" à laquelle ces affaires seraient sujettes.

Pourtant, une telle manœuvre ne serait pas "une remise en question de la gestion du conseil départemental, et encore moins de ses services", assure Stéphane Baudu, qui souhaite simplement "être le plus transparent possible" et assurer "qu'il y a bien eu étanchéité". Philippe Gouet a décidé de solliciter les services internes du département pour établir un premier diagnostic, qui ne mènerait à un audit indépendant que "si la collectivité était mise en cause", rapporte encore La NR

Désormais, l'objectif de l'opposition est de retravailler leur projet d'audit, "de sorte à ce que l'exécutif départemental revienne sur sa position", précise Stéphane Baudu, du groupe Centre41 S. Elle espère ainsi trouver un dénouement à une affaire qui "a fait plus pour la visibilité du Loir-et-Cher que l'agence d'attractivité", ironise Pascal Bioulac dans son communiqué, qu'il conclut par une citation issue d'une lettre signée... Nicolas Perruchot et Guillaume Peltier : "La politique c’est la franchise et le respect des électeurs et non la déloyauté et le mensonge.

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