TÉMOIGNAGE. Rendre obligatoire le vaccin pour les soignants des Ehpad ? Une fausse bonne idée

C’est la menace brandie par le ministre de la Santé, Olivier Véran aux soignants des Ehpad de France. Un constat alarmant a provoqué cette mauvaise humeur ministérielle. Nous nous sommes rendus dans un Ehpad, la Maison de retraite de la Mothe à Olivet près d'Orléans. 

Maison de Retraite de la Mothe.
Maison de Retraite de la Mothe. © T. Mbaka / France Télévisions

En ville, en secteur libéral, on est à 85% de la couverture vaccinale. En Ehpad, on est à 50%. Or c’est là qu’on trouve les personnes les plus fragiles.

L’ARS, l’Agence Régionale de Santé Val-de-Loire vient de publier des chiffres encourageants.

Le cap symbolique de 50% de primo-vaccinés vient d’être atteint en Région-Centre. Les personnes les plus fragiles sont encouragées à amplifier la campagne de vaccination.

Ehpad de la Mothe. 90 résidents. Moyenne d’âge 93 ans.

A l’heure du déjeuner, on mesure mieux la dépendance. Des déambulateurs à chaque table et des fauteuils médicalisés aussi. Nombreux sont les résidents qui sont assistés par des Agents de Santé Hospitaliers (ASH) pour s’alimenter. Passant d’une table à l’autre, Aurore Gallot, l’une des infirmières distribue sa ration de médicaments.

"Au départ, j’étais un peu réticente par rapport au manque de recul sur le vaccin. Et en fait, je me suis fait vacciner rapidement, fin janvier. A l’heure actuelle, j’ai mes deux doses.

Je me suis fait vacciner pour me protéger ainsi que les personnes âgées de mon univers professionnel et bien sûr, mon entourage familial. Pour moi, le vaccin, c’est la seule solution qu’on a pour se sortir de ce virus".

Salle à manger à l'Ehpad de la Mothe à Olivet.
Salle à manger à l'Ehpad de la Mothe à Olivet. © T. Mbaka / France Télévisions

Rendre obligatoire la vaccination, une fausse bonne idée

Plutôt convaincre que contraindre.

Le Docteur Pierre Mepuis est le Médecin-Coordonnateur à l’Ehpad de la Mothe. Il est réticent voire hostile à l’idée de rendre la vaccination obligatoire dans les Ehpad. Ses arguments sont affûtés.

"Le vaccin de la grippe n’a jamais été obligatoire. Le mieux, c’est de convaincre. La question ne se pose même pas. Ici, ils voient leur intérêt ou leur nécessité. Ceux qui ne sont pas vaccinés vont avoir des Tests PCR. Pour les voyages à l’international, ça va poser problème.

C’était la même chose pour le passeport vaccinal. Il y a eu un tollé. Désormais, on n’en parle même plus. Obliger, c’est toujours embêtant. A la moindre anomalie de la vaccination, les personnes peuvent arguer qu’elles ont des soucis à cause de la vaccination et qu’on les a obligées.

Même des personnes qui ont perdu des facultés mentales, on leur demande toujours l’autorisation pour tel soin ou telle opération.

Si on doit avoir l’assentiment d’un résident pour le vacciner, c’est logique qu’on doive aussi avoir l’assentiment d’un soignant pour le vacciner. A nous de le convaincre". Contrairement à la situation nationale, l’Ehpad de la Mothe fait figure de bon élève de la classe.

Florence Renoncé est Infirmière-Coordonatrice à l’Ehpad de la Mothe.

Notre effectif, c’est 68 personnes. Ça concerne les soignants, l’équipe de cuisine, les ateliers et l’administration. Au total, il y a 3 agents qui ont refusé de se faire vacciner et 3 autres qui ont des contre-indications. Tout le reste a accepté de se faire vacciner.

"Un flacon, c’est 5 doses. Nous sommes parvenus à en extraire 6. Ce qui a permis de vacciner le personnel qui n’était pas éligible à la vaccination, les moins de 50 ans ainsi que des épouses et des époux de résidents qui n’étaient pas dans la structure". A la Maison de retraite de la Mothe, les résidents sont âgés et présentent des facteurs de risques et des comorbidités. Contre la menace de variants redoutés, le vaccin pour tous, le principal rempart.

 

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