Législatives 2022 : "Travailler ensemble" avec le RN, le malaise de la majorité

Sur LCI le 21 juin, le député MoDem du Loiret Richard Ramos a affirmé qu'il était impossible de ne pas travailler avec les nouveaux députés RN élus aux dernières législatives. De quoi enflammer les réseaux sociaux, et créer un certain malaise dans les rangs de la majorité.

"Mes propos ont été très mal compris." Richard Ramos plaide la bonne foi. Fraîchement réélu, le député MoDem de la 6e circonscription du Loiret s'est fait remarquer sur les réseaux sociaux mardi 21 juin, après son passage sur le plateau de LCI Midi. Face à lui, il trouve Thomas Ménagé, nouveau député de la circo de Montargis, étiqueté Rassemblement national.

Est alors posée à Richard Ramos une question : a-t-il "une volonté de travailler ensemble" avec les nouveaux députés RN ? Sa réponse : "Oui, parce qu'il faut respecter les Français." Un oui qui, pour beaucoup, a résonné comme l'aveu d'un député désormais prêt au compromis, aux accords avec l'extrême-droite sur des textes que la majorité seule ne peut plus faire passer. 

Les pieds dans le tapis

"Moi qui pensais naïvement que [Richard Ramos] avait un minimum de ces fameuses valeurs républicaines qu'il aime pourtant à citer de temps à autre", s'est ainsi indignée sur Twitter Karin Fischer, conseillère régionale et cheffe de file des insoumis du Centre-Val de Loire. "Après le 2nd tour de la présidentielle, l'extrême-droite n'est plus dangereuse et anti-républicaine ?", interroge cyniquement un autre internaute.

Richard Ramos n'est d'ailleurs pas le premier à se prendre plus ou moins les pieds dans le tapis. Dès dimanche soir, quelques minutes après les premières annonces des résultats du deuxième tour des législatives, le ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti évoquait déjà la possibilité "d'avancer ensemble" avec le RN. À la clé : un certain malaise dans les rangs de la majorité. 

Sur le plateau du 12/13 de France 3 Centre-Val de Loire ce 23 juin, la députée Renaissance (ex-LREM) du Loiret Caroline Janvier a ainsi estimé que la majorité devra "travailler avec tous les groupes prêts à faire des compromis". Elle cite notamment "les socialistes, les écologistes, Les Républicains, l'UDI"... Mais pas le RN. "Je ne souhaite pas travailler avec des formations politiques qui remettent en cause un certain nombre de valeurs républicaines", assène-t-elle.

"Ce n'est pas du tout un rétropédalage"

Le 22 juin, pris dans la polémique, le député Ramos accorde une interview à La République du Centre, dans laquelle il affirme que "jamais dans ma vie je ne ferai d'accord avec le Rassemblement national". 

Une façon de rattraper le coup ? "Ce n'est pas du tout un rétropédalage de ma part", assure-t-il aujourd'hui auprès de France 3. "Je maintiens ce que je dis", mais "ça ne veut pas dire qu'il y a accord avec le Front national (sic)". "Avoir compris l'inverse, c'est méconnaître profondément le fonctionnement de l'Assemblée national", ajoute-t-il :

À l'Assemblée, tout le monde travaille avec tout le monde, parfois violemment, on est obligés. Ça ne veut pas dire qu'on va travailler main dans la main.

Richard Ramos, député MoDem du Loiret

Un avis que partage le député, lui-aussi MoDem, d'Eure-et-Loir Philippe Vigier, pour qui, à l'Assemblée, "vous travaillez avec tous les députés, point". Car "tout député peut déposer un amendement, et tout amendement peut être discuté". Donc, forcément, "il faudra débattre avec tout le monde, y compris sur des textes du RN. Moi je débats avec tout le monde."

Il était pourtant une époque où Jacques Chirac, candidat de l'UMP à la présidentielle, refusait de débattre avec de chef-candidat de l'alors-Front national, Jean-Marie Le Pen, en 2002. "Face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible", assurait Chirac à l'époque, cité par Les Échos.

Le FN : de pestiférés à républicains

Depuis, Emmanuel Macron a débattu deux fois avec Marine Le Pen, 89 députés d'extrême-droite siègent à l'Assemblée, et "ceux qui veulent faire croire qu'on va parlementer avec le RN débattent avec tous les soirs sur les plateaux télé", fustige Philippe Vigier. Et puis "je ne suis pas dans la tête de Jacques Chirac...".

Pour les différents représentants de la majorité, les députés Ensemble doivent "écouter ce que les Français ont voulu, c'est-à-dire une majorité présidentielle en tête mais avec une nécessité de se mettre d'accord avec les autres", selon Richard Ramos. Après tout, les RN "sont des députés légitimes, puisqu'ils ont été élus au suffrage universel", considère de son côté Philippe Chalumeau, député sortant Renaissance à Tours, battu au second tour par le représentant de la Nupes Charles Fournier. Pour lui, "il faut regarder les dénominateurs communs et que chacun soit en mesure de se dépasser pour construire un projet".

Des dénominateurs communs avec le RN, contre qui la majorité appelait encore à faire barrage entre les deux tours de la présidentielle ? "Pour moi, il n'y a pas de front républicain, puisqu'ils font partie de la République, sinon ils seraient interdits", plaide Richard Ramos. Le député loirétain ajoute en revanche que, pour lui, "le FN veut fracasser la démocratie". Une intension qu'il prête aussi à Jean-Luc Mélenchon. Mais "j'ai déjà voté comme M. Ruffin (député LFI) comme j'ai voté avec Mme Ménard (députée RN) quand il s'est agi de défendre le vin français". 

Voter avec le RN ne veut donc pas dire "travailler main dans la main", ce dont Richard Ramos se défend catégoriquement de vouloir faire. En revanche, sur la protection des vignes français face au vin espagnol, il ne s'est pas contenté de voter une proposition de loi, mais de la co-signer avec la députée RN susnommée. De façon générale, le député souhaite trouver une majorité "texte par texte", pour faire passer le plus de lois que possible. Autant dire que la frontière entre "travailler avec tout le monde", acceptable et obligatoire, et "travailler main dans la main", rejeté fermement, est parfois bien floue.