REPLAY. Départementales 2021 : les 3 choses à retenir du débat du Loiret

France 3 Centre-Val de Loire se mobilise pour vous faire vivre la campagne des élections départementales 2021. Retour sur les temps forts du débat entre cinq candidats du Loiret, une émission animée ce mercredi 16 juin par Xavier Naizet de France 3 et Anne Oger de France Bleu Orléans.

G. Chapuis, candidat PS ; M. Gaudet, président sortant et candidat DVD ; G. Guerré, candidat EELV ; C. Fradot, candidate LREM ; C. Hemardinquer, candidat RN.
G. Chapuis, candidat PS ; M. Gaudet, président sortant et candidat DVD ; G. Guerré, candidat EELV ; C. Fradot, candidate LREM ; C. Hemardinquer, candidat RN. © France 3 Centre-Val de Loire

Pour ce 5e débat consacré aux élections départementales, France 3 Centre-Val de Loire recevait en plateau cinq candidats du Loiret (par ordre alphabétique) :

La déviation de Jargeau

Une des compétences du département, ce sont les routes hors agglomération. S'il y a bien un sujet départemental qui fait polémique, c'est celui de la déviation de la RD 921 entre Jargeau et Saint-Denis-de-l'Hôtel.

Comme indiqué sur le site du Loiret, le projet "prévoit la création d’une route nouvelle à 2 voies" entre Marcilly-en-Villette et Saint-Denis-de-l’Hôtel. En plus de ce "linéaire de 14,7 km", "il comprend un nouveau pont sur la Loire". Sa mise en service est espérée en 2024.

Premier défenseur du projet en tant que président sortant du Conseil départemental, Marc Gaudet affirme que le pont permettra de "dévier le trafic routier" des communes de Jargeau, Darvoy et Saint-Denis-de-l’Hôtel. D’après lui, ces villes sont traversées par "15.000 véhicules par jour avec une proportion de poids lourds extrêmement importante" qui peuvent être dangereux, et les maires de ces trois villes sont "tous favorables à la création de cette déviation", afin de "délester" leur centre-bourg.

Si le nombre de 15.000 véhicules est communément admis, la part des camions en question serait en fait d’un peu plus de 10 % (1.600 poids lourds). Quant aux élus, les maires sont en effet favorables au pont selon la présentation officielle. Mais il oublie de mentionner qu’un collectif de conseillers municipaux de Jargeau et de communes alentours s’est constitué contre le projet.

Sur le plateau, il n’y a réellement que le candidat écologiste qui soit ouvertement contre. Pour Guillaume Guerré, cette déviation et ce pont sont un massacre écologique et économique, car ils vont en fait attirer des géants de la logistique, qui ne créeront pas d'emplois pérennes du fait de la robotisation des métiers.

"Cette vision c’est : on sacrifie les espaces agricoles, on bétonne les zones naturelles. Du béton, du goudron, des camions pour quoi ? Pour d’immenses zones logistiques." Et de conclure par : "En gros, les Loirétains vont regarder passer les camions."

Marc Gaudet reproche à son débatteur d’être depuis 20 ans dans l’opposition permanente et souligne les efforts du département qui "va replanter deux fois plus que ce que la loi nous impose", "reconstituer un système de mare", et qui a respecté la partie patrimoine de l’Unesco.

Le candidat écologiste rétorque que "c’est la double peine : on a détruit ce bois de Latingy, on a repris ailleurs des terres agricoles pour mettre des pins maritimes". Des pins qu’il présente comme "un désert de biodiversité".

Quant à la question de la logistique, Marc Gaudet l’assure : "La déviation de Jargeau ne va pas générer d’implantation de zone d’activités logistiques à proximité, les terrains seront sanctuarisés."

Autre point de friction entre les deux hommes : le coût du projet. Face à Guillaume Guerré qui parle de "pont en or", le président sortant assure que le pont en lui-même coûtera 27 millions €. Avec les contraintes techniques liées à la Loire et la nécessité de deux autres ouvrages d’art, le projet du pont et des alentours immédiats est évalué à 58 millions €. C’est le prix de la déviation dans son ensemble avec les 14,7 km de route qui s’élèvera à 94 millions €.

Le candidat RN vient d’ailleurs au secours de Marc Gaudet en saluant le fait que l’entreprise qui réalise ces travaux soit locale. Lui est d’ailleurs totalement favorable à cette déviation qui permettra de "désenclaver" le territoire, facilitera la circulation des véhicules d'urgence et évitera "des conséquences dramatiques au niveau des vies humaines".

Claire Fradot ne s’oppose pas outre mesure au projet du fait que "beaucoup d’argent public a été dépensé". Il faut néanmoins d’après elle "vérifier le respect à la lettre du cahier des charges", des compensations écologiques et s’assurer "que cet axe-là ne crée pas un passage" que les camions utiliseraient "pour éviter les autoroutes" A10 et A19. Elle pense derrière aux Loirétains qui souhaiteraient davantage se déplacer en vélo pour se rendre à leur travail, mais ne le font pas pour l'instant pour des questions de sécurité.

Même attitude du côté de la gauche qui ne s’engage pas sur la question. Pour Grégoire Chapuis, ce serait "un non-sens" de revenir sur le projet aujourd’hui, car le projet a été lancé, et beaucoup d’argent public déployé. Mais il assure qu’il peut y avoir "des ajustements à la marge" qui doivent se faire dans une "concertation plus large" des élus et des citoyens, surtout après la levée de boucliers citoyenne que le projet a pu générer.

Le RSA pour les 18-25 ans

Le candidat socialiste se veut en revanche beaucoup plus volontariste sur le thème des politiques sociales, autre grand domaine de compétences départemental. Le département s’occupe en effet de la distribution du RSA (le revenu de solidarité active), de l’orientation et de l’accompagnement des bénéficiaires. Ces derniers sont au nombre de 16.662 personnes et représentent un budget pour le Loiret de 105 millions €.

La gauche propose de l’étendre aux jeunes de moins de 25 ans, qui ne peuvent pas pour l’instant le demander sauf s’ils ont travaillé au moins deux ans à temps plein.

Grégoire Chapuis précise que le Loiret a des "bonnes finances" et donc "la marge aujourd’hui pour avoir une politique sociale beaucoup plus ambitieuse". Le candidat socialiste reconnaît une "avancée légère" mais taxe le Conseil départemental d’être "le mauvais élève en termes de politique sociale" dans la région Centre-Val de Loire.

Si l’on se réfère au rapport de 2020 de la direction de la recherche, des études et des statistiques (DRESS) sur l’action sociale, la dépense nette d’aide sociale par habitant dans chaque département montre en effet que le Loiret est en dernière position avec 460 € par habitant.

Sur la proposition d’un revenu minimum élargi, le RN, la droite et LREM sont contre. Claire Fradot ne veut pas "refaire un RSA jeune" mais "mettre le paquet pour l’accompagnement réel des personnes" et les aider à retrouver un emploi. Elle réclame plus de moyens humains et affirme que le Loiret a 16% d’agents de l’action sociale de moins par rapport à la moyenne nationale.

Une information en partie vraie : dans le rapport de 2020 de la DRESS, le Loiret compte 102 personnels de l’action sociale (à équivalent temps plein) contre 116 par département en moyenne en France. Soit 12% d'agents en moins.

Visé par ces deux débatteurs, Marc Gaudet se défend en se disant d’une part ne pas être favorable à la création d’un RSA jeune, notamment parce que cela pèse sur le budget. En effet l’Etat ne compense pas la totalité du RSA, comme il devrait le faire auprès du département. Sur les 105 millions € consacrés au RSA, l’Etat ne verserait que 40 à 45 millions €, et le reste à charge pour le Loiret s’élèverait à 60 millions €.

Difficile à vérifier sans avoir les comptes sous les yeux, mais d’après un autre candidat de droite, l’Etat ne règlerait que 60 % de la somme qu’il doit au département.

Sur le sujet du personnel de l'action sociale, le président sortant ne sait pas s'il est en-dessous de la moyenne, mais il assure que le Loiret a mis en place "plusieurs dispositifs" pour "remettre les bénéficiaires du RSA sur le chemin de l’emploi". Il rajoute qu’un travail plus profond sera mené via le dispositif de service public de l’insertion et de l’emploi (SPIE) lancé par le gouvernement et pour lequel le Loiret a été retenu. "Travailler à des échelles locales, c’est comme ça qu’on avancera."

Pour le candidat RN, élargir le RSA aux 18 – 25 ans est de "l’assistanat", et il préfère "un vrai accompagnement vers l’emploi". "Il y a d’autres mesures pour s’insérer dans l’emploi, comme les services civils, les volontariats internationaux", argue-t-il, plus soucieux de l’état des comptes publics.

"On ne peut pas mettre cet argent dans de l’assistanat alors que nous sommes déjà avec un endettement qui est important."  Il rappelle que la capacité de désendettement du Loiret est passé de 4 ans et demi à 7 ans et demi. Une information exacte mais qu’il oublie de contextualiser : le département a dû dépenser plus à cause de la crise sanitaire et de la crise économique qui s’ensuit.

Assistanat, le mot ne manque pas de faire réagir le candidat de Loiret Ecologique Solidaire. Il rappelle que, loin du cliché des assistés qui profitent du système, faire appel aux minima sociaux peut générer "un sentiment de déclassement". "Un jour ou l’autre, toutes et tous, nous pourrions avoir besoin de ce filet social, donc non, ce n’est pas de l’assistanat. C’est la fierté nationale que d’accompagner ces personnes."

Guillaume Guerré ne répond cependant pas franchement à la question de savoir s’il serait pour ou contre un RSA élargi, il déclare seulement : "on a une vraie difficulté sur le RSA". Il se dit en tout cas tout à fait d’accord avec Marc Gaudet sur "l’accompagnement de proximité".

Le candidat socialiste réagit aussi aux propos de Cyril Hemardinquer : "On entend parler d’assistanat : Quand on vit avec 500 € par mois on survit, on ne vit pas. Personne ne choisit de vivre avec ce revenu-là."

Il revient aussi sur la question de l’endettement : "Oui, les finances pourraient être meilleures mais le rôle du département, l’essentiel de son activité c’est le social et là c’est aujourd’hui que les Loirétaines et les Loirétains ont le plus besoin de leur département". "Il faut marquer le coup durablement."

Il fait référence à la crise économique engendrée par la crise sanitaire. Le département du Loiret a en effet fait face à une augmentation brutale du nombre de bénéficiaires de l’ordre de 8,74%. Le Conseil a donc voté une allonge de budget à la mi-octobre, à hauteur d'environ 11 millions €.

La protection de l’enfance

Parmi les autres missions sociales du département, il y a la protection de l’enfance et notamment l’accueil des mineurs non accompagnés. Or, le Loiret a été épinglé par un rapport de la Cour des comptes qui pointait du doigt des failles préoccupantes dans la gestion de la protection de l'enfance entre 2016 et 2018.

"On peut toujours faire plus", reconnaît Marc Gaudet, mais il souligne que "le nombre de placements ordonnés par les juges ne cesse d’augmenter". L’année 2020 a été "catastrophique" à cause du confinement qui a engendré une augmentation des violences intra-familiales. Les enfants témoins de ces violences sont "retirés à leur famille et placés et c’est le département qui doit accueillir", rappelle-t-il.

Il explique que la maison de l’enfance, à Orléans, possède une soixantaine de places, un chiffre bien en-deçà du nombre de mineurs à placer. "On a trouvé une solution qui a permis d’ouvrir une nouvelle maison de l’enfance dans le Montargois, à Amilly", précise-t-il, qui comprend une dizaine de places. A terme, le site pourrait accueillir une vingtaine ou une trentaine d’enfants et "décongestionner" la maison d’Orléans.

La candidate LREM réagit à la question de l’hébergement en parlant des hôtels où ils sont parfois logés. "Les mineurs qui sont mis sous la protection du département doivent être traités de la même manière. Je trouve ça inadmissible et choquant que certains soient logés dans des hôtels. Et je suis heureuse que la loi bientôt l’interdise."

Elle se réjouit que le Loiret est remis en place les contrats jeunes majeurs pour accompagner ceux qui à 18 ans sortent de l’aide sociale à l’enfance.

Le candidat d’extrême-droite profite de la question de l'enfance pour tirer à boulets rouges sur les mineurs étrangers non accompagnés, qui sont aussi pris en charge par l’Etat.

D’après lui, 80% d’entre eux seraient en fait majeurs, et ils seraient "responsables de 90% des faits d’agression de transports en Ile-de-France". "Ils sont générateurs de quoi ? De délinquance, d’agression, et en plus ils pillent les fonds d’aide sociale à l’enfance.

Si les faux mineurs délinquants existent, Cyril Hemardinquer ne fait ici qu’égréner des chiffres basés sur … rien. Il n’y a en effet aucune vraie statistique en la matière, un rapport parlementaire sur la question le reconnaît d’ailleurs. Un rapport lui-même pointé du doigt par Unicef pour ses mesures qui bafoueraient en partie les droits de l'enfant.

Face à ce discours d'extrême-droite, Guillaume Guerré réagit en déclarant que les chiffres de la délinquance en Ile-de-France ne sont pas ceux de la région Centre. Il rappelle par ailleurs que ces étrangers fuient souvent des situations de guerre ou de dictature, en prenant des bateaux de fortune. Il rapporte les propos des associations qui lui disent : "La première chose qu’il nous demandent, c’est d’apprendre à nager. Pourquoi ? Parce qu’ils ont connu des choses que nous tous ici, on ne peut pas imaginer."

Grégoire Chapuis s’insurge lui aussi contre cette "logique de haine" de Cyril Hemardinquer et l’interpelle: "Les jeunes accueillis dans ces parcours, à quel moment vous pouvez imaginer que ces gens-là le font par choix pour profiter du système."

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