Régionales 2021 : le candidat RN Aleksandar Nikolic parie sur l'insécurité

Tête de liste du Rassemblement national en Centre-Val de Loire, Aleksandar Nikolic entend mener campagne sur le thème de l'insécurité, tout en avançant des proposition sur l'emploi ou l'accès au soin.

Aleksandar Nikolic, tête de liste RN pour l'élection régionale en Centre-Val de Loire, était l'invité de Dimanche en politique le 14 mars dernier
Aleksandar Nikolic, tête de liste RN pour l'élection régionale en Centre-Val de Loire, était l'invité de Dimanche en politique le 14 mars dernier © France 3 Centre-Val de Loire

L'élection régionale de 2021 verra-t-elle pour la première fois une victoire du Rassemblement national ? Aleksandar Nikolic, l'Eurélien de 34 ans qui mène la liste frontiste en Centre-Val de Loire, y croit, estimant son équipe "motivée et prête à diriger cette région". Militant communiste dans sa jeunesse, le délégué départemental du RN dans l'Eure-et-Loir incarne la nouvelle génération du parti nationaliste en région Centre-Val de Loire. Après un premier mandat de conseiller municipal FN à Plaisir, dans les Yvelines, Aleksandar Nikolic a décroché un nouveau siège municipal aux élections de 2020, cette fois dans la commune de Saint-Rémy-sur-Avre.

Comme ailleurs en France, le Rassemblement national parie en Centre-Val de Loire sur la sécurité comme thème porteur de la campagne. Il n'est d'ailleurs pas le seul. De fait, selon un sondage Ipsos-Sopra Steria publié en exclusivité par France Bleu et France 3, la lutte contre la délinquance est le premier sujet de préoccupation des habitants de la région, devant le système de santé, l'épidémie de covid-19 ou même le chômage. Le même sondage place également le Rassemblement national d'Aleksandar Nikolic en tête du premier tour du scrutin. Plutôt effacé lors des élections municipales 2020, le RN voit dans l'élection régionale un enjeu stratégique : celui d'une grande répétition avant la présidentielle de 2022.

Le candidat RN prévoit moins de subventions, plus de répression

Pourtant, l'échelon régional ne dispose pas de compétence sur le plan de la sécurité, contrairement aux communes (en charge de la police municipale), aux départements, ou bien sûr à l'État lui-même. "C'est un thème sur lequel, même dans les collectivités où ce n'est pas une compétence directe, on a des leviers possibles et des idées pour faire en sorte que les gens puissent vivre en paix, c'est la première des libertés !", clame Aleksandar Nikolic. Parmi ces leviers, il cite des "subventions pour le matériel des polices municipales" ainsi que la création de "brigade d'intervention pour les transports et les lycées". Deux solutions déjà mises en oeuvre dans la région parisienne voisine dans le cadre du "bouclier de sécurité" mis en place par Valérie Pécresse (ex-LR désormais présidente du parti Soyons Libres).

Il n'y a presque plus une ville moyenne qui n'ait pas son quartier, où vous pouvez voir des dealers, qui ne se cachent même plus. Je pourrais citer Blois, Châteauroux, la banlieue d'Orléans ou les communes de la banlieue chartraine comme Lucé et Mainvilliers, où l'on retrouve des quartiers tenus par des dealers, où les habitants vivent dans la crainte de l'ultra-violence

Aleksandar Nikolic, tête de liste RN en Centre-Val de Loire

Autre projet du candidat RN : "des subventions sécu-conditionnées" dans les quartiers prioritaires en politique de la ville (QPV). "Dans des quartiers où les gens vivent sous le joug des dealers et des délinquants, nous supprimerons toute subvention et toute politique de la ville en attendant que la situation s'améliore" développe Aleksandar Nikolic.

La carotte et le tonfa

La "politique de la ville" à laquelle veut s'attaquer le RN, c'est le soutien accordé par l'État et les collectivités aux quartiers les plus défavorisés (52 dans la région) pour lutter contre le décrochage scolaire et donner accès à la culture, à la pratique sportive ou encore à l'emploi pour les jeunes. Le but de cette politique, portée par les intercommunalité et ancrée par la loi Lamy de 2014, est "la réduction des écarts de développement entre les quartiers défavorisés et leurs unités urbaines et l’amélioration des conditions de vie de leurs habitants", dont une vaste majorité est déjà visée par un certain nombre de discriminations, notamment au faciès.

Or, selon le rapport publié par le député Jean-Louis Borloo et brusquement enterré en 2018 par Emmanuel Macron, la politique de la ville est un dispositif précieux et fragile. Les plans de cohésion sociale et de réhabilitation urbaine sont précisément une réponse au "chômage de masse", à la "pauvreté concentrée" et à la morosité économique de ces quartiers où 10% de la population vit "dans une forme de relégation voire parfois, d’amnésie de la Nation réveillée de temps à autres par quelques faits divers". L'idée du RN serait donc de supprimer cette aide sur la base de critères sécuritaires dans un jeu, parfaitement assumé par le candidat, du bâton et de la carotte. "On a le sentiment que plus il y a d'insécurité, plus il y a de voitures brûlées, plus il y a de dealers, et plus en face on investit de l'argent sans aucun résultat", insiste Aleksandar Nikolic. Inefficace, la politique de la ville ? Selon le rapport Borloo, à l'échelle nationale "le plan de rénovation urbaine qui a permis d’améliorer les conditions de vie de nombreux quartiers et qui a généré 48 milliards de travaux, a été financé à moins de 3% par l’État mais a rapporté 4 milliards de TVA à son budget, 6 milliards de cotisations aux autres comptes publics, et généré 40 000 emplois pendant 10 ans".

Sauf que, même en supposant que l'effet dissuasif ou répressif de la mesure ait un impact, la région est loin d'être la seule partie prenante dans la politique de la ville. Celle-ci est définie sur la période 2015-2020 par des documents appelés "contrats de ville". Si l'on prend l'exemple de l'agglomération orléanaise, le contrat de ville d'Orléans Métropole engage une trentaine de partenaires parmi lesquels l'État, les quatre communes accueillant les 10 quartiers prioritaires, les bailleurs sociaux ou encore différentes agence nationales. Les dispositifs régionaux engagés concernent, par exemple, l'emploi associatif par le conseil régional, l'aide à la réhabilitation des logements sociaux ou le soutien aux centres de formation et aux lycées de ces quartiers prioritaires.

Enfin, dans les faits, le bilan de l'insécurité 2020 du ministère de l'Intérieur est loin de classer le Centre-Val de Loire comme une région où la délinquance aurait explosé. Au contraire, le taux de vols avec armes pour 1000 habitants y est largement inférieur à la moyenne nationale, et même au taux de l'Île de France, et c'est le cas également pour les homicides. Par ailleurs, les autorités ont noté en 2020 une baisse de la délinquance classique sur fond de confinement, et une hausse des violences intra-familiales.

Donné en tête du premier tour par un premier sondage, Aleksandar Nikolic reste largement inconnu du grand public. Pour résoudre cette difficulté et promouvoir son discours sur les autres thèmes, comme l'accès à la santé, l'emploi et l'économie, le RN a lancé le 16 mai une "caravane de la ruralité" qui sillonne les communes rurales.

Retrouvez tous les candidats et les programmes des élections régionales ici :

 

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
élections régionales 2021 politique élections rassemblement national