Musée Fabre de Montpellier : une souscription pour acheter le tableau de Yan Pei-Ming peint pour le bicentenaire Courbet

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Brunnarius
Yan Pei-Ming, L’impossible rencontre, 2019, triptyque, huile sur toile, 150 x 150 cm chacune
Yan Pei-Ming, L’impossible rencontre, 2019, triptyque, huile sur toile, 150 x 150 cm chacune © © photographie : Clérin-Morin © Yan Pei-Ming, Paris, ADAGP, 2021.

Pour la première fois de son histoire, le musée Fabre de Montpellier (Hérault) lance une souscription pour acquérir le triptyque "L’impossible rencontre" du célèbre peintre contemporain Yan Pei-Ming dont l’atelier est basé à Dijon. Aujourd’hui, c’est l’une des œuvres majeures de l’exposition « La beauté en partage, 15 ans d'acquisitions au musée Fabre ».

Trois tableaux carrés de 1m50 de côté, trois visages peints en noir et blanc. Alfred Bruyas, Yan Pei-Ming et Gustave Courbet.

Trois hommes célèbres pour une « Impossible rencontre ». Au centre, Ming, de face, nous regarde. De chaque côté, le donateur du musée, Alfred Bruyas, et le maître d’Ornans, Gustave Courbet. Eux sont de profil.

C’est comme si Bruyas et Courbet dialoguaient, comme s’ils se souvenaient de leur rencontre. Celle peinte par Gustave Courbet en 1854, un tableau qualifié de « Joconde » du musée Fabre.

Un grand nom de l'art contemporain au musée

Ces trois peintures n’en font qu’une, elles racontent une histoire bien particulière. Un triptyque qui est fait pour Montpellier, affirme le directeur Michel Hilaire.

Ce triptyque a tout son sens ici et il ouvre le musée sur l’art contemporain avec l’un des artistes les plus remarquables d’aujourd’hui. C’est aussi un grand nom de l’art contemporain qui fera officiellement son entrée dans les collections du musée.

Michel Hilaire, directeur du musée Fabre

Six ans après son arrivée en France, Yan Pei-Ming le peintre d’origine chinoise est venu au musée de Montpellier. C’était en 1987, raconte-il à nos confrères de France 3 Montpellier. Entre Courbet et lui, l’histoire s’est nouée dès sa jeunesse. Courbet est connu en Chine pour son investissement dans la Commune de Paris. Lorsqu’il arrive à Paris, le jeune peintre a une vingtaine d’années. Il se rend au Louvre pour voir, enfin en vrai, la peinture de celui qu’il admire : Gustave Courbet.

Ming dit de Courbet qu’il est "le peintre des peintres". C’est un précurseur, Il casse les codes et ouvre la voie à l’art moderne.

Paris-Ornans-Montpellier, l'autre triptyque

En 2019, trois villes ont célébré le bicentenaire de la naissance du peintre originaire d’Ornans dans le Doubs. Le musée Fabre place l’emblème de sa collection, La Rencontre ou Bonjour Monsieur Courbet, au cœur de son exposition « Bonjour Monsieur Courbet, Fortune d’un chef d’œuvre ».

Photographies, caricatures, objets, hommage d’artistes… Tout est fait pour que l’on comprenne l’importance du chef d’œuvre de Gustave Courbet, donné par Alfred Bruyas à la ville de Montpellier en 1868.

Là aussi, il s’agit de trois hommes. Alfred Bruyas, héritier d’une famille de banquiers de Montpellier est l’ami et le soutien du peintre du Doubs. Face à lui, Courbet salut le mécène accompagné de son valet. Michel Hilaire a publié un essai sur ce fameux tableau à l’occasion de la rétrospective de 2007-2008 à Paris, New York et Montpellier.

La critique voit surtout dans le tableau une manifestation de plus de la vanité du peintre, habile à se mettre en scène. Les comptes rendus se concentrent sur le portrait de Courbet, très à son avantage au détriment du collectionneur vaguement évoqué.

Michel Hilaire, directeur du musée Fabre

Michel Hilaire nous éclaire sur les liens d’amitié entre Bruyas et Courbet.

Alors que tout les séparait à la base –origine sociale, éducation, caractère, santé, idées politiques-, les deux hommes avaient en commun une même quête introspective, une même tendance à mettre en scène leur propre personnalité pour tenter de résoudre les contradictions du moi profond.

Michel Hilaire, directeur du musée Fabre


C’est aussi une des clés pour comprendre le triptyque de Ming. Ming, connu pour ses portraits de Mao et ses autoportraits, a travaillé à partir de deux photographies de Bruyas et Courbet pour réaliser son triptyque.


Présent à Montpellier à l’occasion de l’exposition « La beauté en partage, 15 ans d'acquisitions au musée Fabre », l’artiste a précisé à nos confrères de France 3 Montpellier comment il avait travaillé.

Si je faisais un autoportrait en me mettant à gauche, je prenais la position du valet (représenté dans le tableau de Courbet). Donc, au milieu, je suis un artiste. C’est pour cela que je suis au milieu. Une séparation entre le collectionneur et Courbet. C’est l’impossible rencontre avec moi. Car ce n’est pas la même époque. Voilà l’idée de ce triptyque.

Yan Pei-Ming

La réponse du triptyque 165 ans plus tard

Michel Hilaire pousse l’analyse. Pour lui, cette main que Bruyas pose sur son front, « c’est le problème de l’art moderne, comment le faire triompher ? » Le conservateur rappelle que "Bruyas et Courbet étaient convaincus d’être porteurs d’une mission supérieure à un moment décisif de l’Histoire ».

Dans sa peinture, Courbet parle de lui et, à l’époque, c’est moderne. Il est la truite meurtrie, le sous-bois calcaire de son enfance… Se placer au centre pourrait être la solution trouvée par Ming.

Regardez comment le geste d'Afred Bruyas a été transformé par Ming. C'est saisissant. La pose prise devant le photographe en 1854 peut évoquer un homme abattu. Ming le réveille.


Voilà pourquoi Michel Hilaire a demandé à l’Atelier de Ming, basé à Dijon, d’acquérir ce triptyque, actuellement en dépôt au musée.

« Quand un musée n’acquiert plus d’œuvres d’art, c’est un musée qui meurt » explique en chœur Yan-Pei Ming et Michel Hilaire.

Une souscription pour tester le grand public

Le musée de Montpellier est rodé aux acquisitions. C’est ce que raconte l’exposition « La beauté en partage, 15 ans d'acquisitions au musée Fabre ».

En 2010, le musée rassemble 1,8 millions d’euros pour acheter la partie manquante d’une œuvre de jeunesse Poussin, Vénus et Adonis. Une fois restauré, le tableau est l’une des pièces majeures du musée de Montpellier.

De fidèles mécènes accompagnent depuis de nombreuses années le musée qui dispose d’une fondation d’entreprise. Alors pourquoi une souscription pour l’œuvre de Ming, évaluée à 300 000 euros ?

Dans une interview accordée au site chefsdoc.fr, Michel Hilaire éclaire ce choix : "Participer à l’acquisition de cette œuvre, c’est devenir acteur de l’enrichissement du patrimoine de demain. Et cela rejoint l’objectif de la nouvelle exposition qui est d’expliquer et de faire comprendre les différents modes d’acquisition du musée."

Je voulais tester la population, explique Michel Hilaire, tester le grand public autour d’un chef d’œuvre spécialement conçu pour Montpellier.

Michel Hilaire, directeur du musée Fabre


Le musée a ouvert une plateforme pour recueillir les dons. Voici un code pour accéder à la page 

En ce début janvier, 3695 euros ont été versés. La plateforme restera ouverte au-delà de l’exposition temporaire, jusqu’en juin 2022. L’objectif de la souscription est de 10% du prix du triptyque. La majorité du financement devrait être assurée par les mécènes et les collectivités. La banque languedocienne Dupuy, de Parseval a déjà fait une importante donation.

Entre Ming et Courbet, le dialogue a été intense en 2019. Le musée d’Orsay lui avait donné carte blanche à l’artiste. Ming avait rendu hommage à Courbet en peignant Un enterrement à Shanghaï, une toile aux dimensions identiques à celle de Courbet, Un enterrement à Ornans.

Dans la vallée de la Loue, l’artiste a résidé plusieurs semaines dans l’atelier de Courbet, tout juste rouvert par le musée Courbet d’Ornans et le département du Doubs. Un immense portrait de Courbet et un autoportrait de Ming, conçus comme un diptyque, ont été présentés au public à Ornans puis au Petit Palais à Paris. Ces toiles ont été ensuite acquises par un musée privé basé en Europe. Le lieu exact demeure encore confidentiel. L'immense Un enterrement à Shanghai est retourné dans l'atelier de l'artiste. 

Seul un portrait de Courbet, aux dimensions plus modestes, est exposé dans la collection permanente du musée d’Ornans. 

Il s’agit d’un dépôt pour une période de deux ans renouvelable. Benjamin Foudral, le conservateur du musée Courbet n’a pas prévu de lancer à son tour une souscription. Avec l’association Les Nouveaux Mécènes de Courbet, la priorité du musée est l’acquisition des œuvres de Gustave Courbet. A chaque musée sa vocation. Le musée de Montpellier propose un fabuleux voyage dans l'histoire de l'art à travers les siècles. Avec cette souscription, le musée Fabre devrait donner une nouvelle clé de lecture de l'œuvre majeure de Gustave Courbet. 

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