11 novembre 1918 : 4 objets inventés dans les tranchées que nous utilisons encore aujourd'hui

Une des premières Vache qui rit dont les origines remontent à la grande guerre. / © Maison de La Vache qui rit.
Une des premières Vache qui rit dont les origines remontent à la grande guerre. / © Maison de La Vache qui rit.

De "La Vache qui rit" à la montre bracelet que nous avons tous autour de notre poignet. Découvrez comment ces innovations ont été produites à grande échelle pendant la Première Guerre mondiale. 
 

Par Amandine Caniard

Si je vous parle de la guerre 14-18, vous me direz que vous êtes trop jeune, ou qu’un de vos ancêtres y était. Pour ma part, c’est l'un de mes arrières grands-pères qui a participé à cette guerre : Paul Victor Caniard (01/10/1884 - 22/08/1914). Je ne l'ai pas connu, mais les recherches effectuées sur le site Génération14, m'ont aidé à me rapprocher un peu plus de lui. Venant d'un petit village au fond des Ardennes, j'avais déjà eu vent des histoires de la guerre, des histoires parfois terrifiantes et passionnantes.
Mon pauvre arrière-grand-père est mort un mois à peine après le début du conflit en 1914, le 22 août à Pierrepont en Meurthe-et-Moselle. 

Nous sommes tous des enfants de la guerre. Une guerre qui n'a pas seulement bouleversé les familles, mais radicalement changé les habitudes des Français en terme de consommation courante. 
 

1. La Vache qui rit


Aujourd’hui, nous vivons avec des emblèmes, des marques, des habitudes de consommation qui nous paraissent normales au quotidien ! Si je vous interroge en vous demandant "Je suis rouge, je ris, j’ai des boucles d’oreilles. Qui suis-je ?" des plus petits aux plus grands, la réponse reste la même : La Vache qui Rit !
Qui ne connaît pas ce célèbre fromage en portions et cette vache rouge arborant un grand sourire ? Vous vous êtes déjà posé la question : pourquoi ce nom ? Il est né d'une satire des Walkyries de Wagner, et par extension des troupes du Kaiser. Ce qui a donné en 1917, à la "Wachkyrie". Devenue plus tard la Vache qui rit en français dans le texte. 

 

On ne se souvient pas du goût testé par les poilus de la Wachekyrie mais le dessin de la vache rouge est devenue célèbre en 1917 et repris seulement en 1921 par Léon Bel.

Vous venez de découvrir l'histoire de la plus célèbre vache. Une vache qui a connu des changements, des modifications dès le début de sa création !

Une vache de plus en plus féminine !


Léon Bel industriel jurassien, fait appel à Benjamin Rabier, un illustrateur, pour redessiner La Vache qui rit. L'héritière de l'héroïne des tranchées revêt alors sa belle robe rouge.

L'histoire dit que c'est la femme de Léon Bel qui a eu l'idée de lui mettre des boucles d'oreilles pour la féminiser,


raconte Delphine Peyrel, responsable marketing pour l'Europe de l'Ouest chez Bel.

Au fil des années, La vache qui rit subit peu de liftings. Le dessin reste proche de celui de ses débuts, même si elle s'humanise, avec des cornes moins pointues et moins longues et un dessin moins réaliste.

Elle est très ambivalente, avec une vraie personnalité, ce qui permet de créer une réelle affinité avec les consommateurs. Elle est à la fois rouge comme un diablotin, femme avec boucles d'oreille et mère nourricière. Peu de marques sont restées aussi longtemps sur de tels fondamentaux et ont traversé ainsi les générations.

analyse Julie Régis, en charge de la marque chez Young & Rubicam.

Elle apparaît dans des films publicitaires, d'abord au cinéma dans les années 1950, puis à la télévision, à partir de 1968.
 


En 2010, La vache qui rit accède à une nouvelle dimension. Elle, dont on ne voyait que la tête, se voit dotée d'un corps. Ce qui permet d'en faire un vrai personnage, dans un univers complet. Bien ancrée dans son époque, elle s'est même présentée à l'élection présidentielle en 2012.

Elle a déposé sa candidature lors du Salon de l'agriculture fin février, au nom du "Parti d'en rire", soutenue par son équipe de campagne, les habitants (virtuels) de la fabrique.
 
La Vache Qui Rit candidate à l’élection présidentielle 2012 / © La Vache Qui Rit®
La Vache Qui Rit candidate à l’élection présidentielle 2012 / © La Vache Qui Rit®

Aujourd'hui, La vache qui rit est présente partout et même sur les réseaux sociaux ! Elle ne cesse d'augmenter son engouement pour les différents produits et de faire plaisir aux plus anciens comme aux tous nouveaux consommateurs.

Avec plus d'un millions de fans sur Facebook, La vache qui rit ne cesse d'étonner et de faire découvrir son savoir-faire !
  

2. La montre bracelet


Tout le monde (ou presque) porte une montre, un objet pratique et même design de nos jours ! Mais connaissez-vous sa création ?

Un bracelet pour conquérir les femmes

En 1790, c’est un accessoire de mode plus q'un garde-temps précis et fiable. Celle qui reste dans l'histoire comme la première à porter une montre-bracelet est la Reine de Naples, commandée en 1810 par Caroline Murat, la soeur de Napoléon. Livrée en 1812, elle a donné naissance à la collection Reine de Naples qui figure toujours au catalogue de Breguet.
 


La montre bracelet pour équiper les militaires

Les soldats possédaient leur montre "gousset" civile, mais après les premiers mois de la guerre on inventa un bracelet en cuir dans lequel on glissait la montre.

Cela pour 2 raisons:
  • Les poilus perdaient ou cassaient la montre dans les tranchées ou lors d'attaques.
  • Un des inconvénients de cette montre gousset est que la montre en explosant parsemait le corps de nombreux petits projectiles difficiles à récupérer.

Les aviateurs en ligne de mire

En 1904,  Santos-Dumont, célèbre aviateur explique qu’il est incommodé par sa montre gousset : aux commandes de son avion, impossible de regarder l’heure sans risquer la fausse manœuvre !


 
L'évolution de la montre de 1510 à 1970 / © Le web pédagogique / AC
L'évolution de la montre de 1510 à 1970 / © Le web pédagogique / AC
 


Et maintenant ?

Caoutchouc, céramique, silicone, résine, les bracelets de montre gagnent en technologie pour s'adapter aux exigences de la vie moderne.
Pourtant, la montre en cuir reste indétrônable. Les plus grandes marques du luxe continuent de proposer des modèles déclinés en version cuir, à destination de tout type d'usages.
 



 

3. La boîte de camembert



En ouvrant la boîte à camembert, on fait mieux que manger du fromage, on hume la France.

Une identification aussi forte ne peut être fortuite ni dépourvue de sens,

relève avec gourmandise Pierre Boisard, l'auteur du livre "Camembert : mythe national".

Un peu d'histoire...

L’histoire raconte que c'est une habitante de Camembert, Marie Harel, qui a inventé le fromage qui porte le nom du village. Elle aurait reçu d'un prêtre, le "secret" de sa fabrication…

Si l'adage veut qu'on accorde la primauté au contenu plutôt qu'au contenant, il faut cependant dans le cas du camembert reconnaître à la boite de camembert et à sa célèbre étiquette un rôle important dans l'histoire du fromage. En effet, on imagine mal aujourd’hui le camembert sans sa boîte tant ils paraissent indissociables !

La forte présence de la guerre correspond précisément à la percée nationale du camembert, fromage fourni aux troupes et qui, compte tenu de la très forte demande, est désormais produit dans pratiquement toute la moitié nord du pays, partout où la production laitière est abondante.

Mais c'est la ligne de chemin de fer Paris-Lisieux, ouverte en 1854 après la ligne Rouen-Le Havre, qui participa encore plus au développement du camembert. En effet, alors qu'il fallait trois journées de diligences pour rallier Lisieux à Paris, le train ne mettait que 6 heures. Les fromagers du Pays d'Auge comprirent immédiatement ce que signifiait ce nouveau moyen de transport. Ils en usèrent, et prirent de solides positions sur le grand marché parisien, et sur tous les marchés desservis par la voie ferrée au départ de Paris : les fromages affluèrent dans les gares.

Pour aller plus loin, regardez cette vidéo qui raconte l'histoire et la fabrication du Camembert :


L'élan décisif du camembert va être pris dans les tranchées de la Guerre de 14-18,

Le camembert est inclus dans la ration des poilus,

explique Pierre Boisard dans son livre "Le camembert, mythe national".
 

Et cette fameuse boîte ?

L'ingénieur Ridel conçoit en 1890 une boîte en bois pour protéger le Camembert durant son transport. D'un concept pratique, la boîte devint aussi une signature.

En 1900 apparaît le camembert "Le 1900" célébrant l’exposition universelle de 1900, à Paris, avec une Marianne accueillante, sur fond de panorama parisien avec la tour Eiffel (création de 1889) et le Grand Palais (de 1900).

La Grande Guerre, très présente sur les étiquettes de camembert : le "Camembert du Poilu", celui des "Alliés", de "Joffre, le meilleur camembert", de "L’ami des Poilus" et "Le Poilu d’Argonne", le "Camembert du souvenir" avec l’image d’une fermière offrant un bouquet tricolore à une Alsacienne, le "Camembert National" avec l’image d’un soldat allemand juché sur un âne et recevant un coup de botte, mais aussi le "Joan of Arc", …
 
© Alexandre MARCHI / MaxPPP
© Alexandre MARCHI / MaxPPP

En 1919, l’étiquette d’un camembert de Normandie célèbre la victoire par une allégorie féminine de la France brandissant un flambeau du Progrès sur fond de drapeaux tricolores et du globe terrestre : c’est "la France reine du monde".

Les années passent et le Camembert ne cesse de changer d'emballage mais pas de goût ni d'authenticité !
 

4. Le rouge à lèvres dans un étui coulissant 


Un peu d’histoire…

La première utilisation de rouge à lèvres a eu lieu il y a environ 5 000 ans en Mésopotamie, le produit cosmétique étant réalisé à partir de pierres semi-précieuses broyées et mélangées à de la pâte ou à de la cire d'abeille. Les femmes de la civilisation de l'Indus utilisent quelques siècles plus tard avec des teintes d'une couleur rouge. Les femmes de la Grèce antique s'enduisent, elles, les lèvres avec de la mûre écrasée.

À l'époque moderne, le rouge à lèvres, appelé "rouge de fucus", est en fait du cinabre toxique. C'est en 1880, que Guerlain crée "Ne m'oubliez pas", le premier bâton de rouge à lèvres à base de cire à bougie.
 
© Guerlain
© Guerlain


La Première Guerre mondiale, le développement

Durant la Première Guerre mondiale, les hommes sont à la guerre, les femmes se peignent la bouche en rouge, attribut alors réservé aux actrices, demi-mondaines, ou prostituées. Les innovations se succèdent et ne sont pas l'exclusive des tranchées, le sac à main connaît lui-aussi sa révolution. 
 
De l’"étui-glissette" en papier carton signé Roger & Gallet, d'avant guerre succède en 1915, le coup de tonnerre du système Maurice Lévy. L'inventeur américain dépose le brevet du tube à système coulissant. Ou quand le rouge à lèvre peut vous suivre partout avec vous.
En 1923, un autre américain, James Bruce Mason Jr, fait breveter le rouge à lèvres pivotant. Ce dernier, est encore utilisé à ce jour, en majorité pour les rouges à lèvres. 

Nous pouvons retenir cette citation

L'époque est grise. J'apporte de la couleur,

annonce joyeusement Jean-Marie Martin-Hattemberg, auteur d'un livre sur le rouge à lèvres.

►Aujourd'hui, dans le monde, 27 tubes de rouges à lèvres sont vendus chaque seconde. Si on fait un petit calcul, ça fait 850 millions de tubes achetés chaque année. 

J'espère qu'en lisant cet article, vous ne regarderez plus ou vous ne consommerez plus comme avant ces objets nés pendant cette guerre. Pour aller encore plus loin, vous pouvez lire et regardez les vidéos sur toutes les innovations depuis la guerre, dans notre consommation actuelle, ici :

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 




 

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