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Oradour: les Malgré-Nous alsaciens déçus par le discours du président allemand

Paul Ritzenthaler, incorporé de force dans la Wehrmacht en 1945 / © France 2
Paul Ritzenthaler, incorporé de force dans la Wehrmacht en 1945 / © France 2

Ils regrettent que le président allemand Joachim Gauck n'ait pas profité de son déplacement historique à Oradour, mercredi, pour reconnaître le caractère criminel de leur incorporation.

Par Danièle Léonard

"C'est une honte! Il n'a eu pratiquement aucun mot pour les Alsaciens, pas un mot de repentir. C'est comme si on était des Allemands!", a dit à l'AFP René Gall, 87 ans, le président délégué de l'Association des évadés et incorporés de force (ADEIF).

Treize Malgré-Nous, qui faisaient partie de la division SS Das Reich, furent condamnés en 1953 par le tribunal militaire de Bordeaux pour leur participation au massacre de 642 personnes à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) le 10 juin 1944. Ces Alsaciens furent ensuite amnistiés, mais la rancoeur à leur encontre est restée vivace à Oradour.

Gauck "conscient du débat autour de l'enrôlement forcé"

Mercredi, lors de son discours à Oradour au côté de son homologue français François Hollande, M. Gauck a brièvement évoqué la problématique des Malgré-Nous, en se déclarant "conscient du débat intense en France autour de la question de l'enrôlement forcé des Alsaciens qui ont participé au massacre".

"Je suis un peu déçu, il aurait dû reconnaître que l'incorporation de force était un crime de guerre", a estimé Paul Ritzenthaler, 85 ans, un autre ancien Malgré-Nous.

"Il a botté en touche"

Pour Jean-Laurent Vonau, historien spécialiste de cette période, le président Gauck "a botté en touche" en évoquant le problème de l'incorporation de force comme "une affaire franco-française". "Ceci ne manque pas de cynisme, il y a là un vrai problème", a-t-il réagi mercredi soir dans le journal télévisé de 19 h de France 3 Alsace

Certes, l'image historique des deux chefs d'Etat à Oradour, main dans la main avec un survivant, constitue un symbole fort de réconciliation, a concédé l'historien. Mais c'est "une réconciliation qui laisse en Alsace un goût amer, car on a l'impression que ça passe par-dessus nos têtes".

La réconciliation "ne peut se contenter de non-dits" 

Cette controverse était également commentée jeudi dans les éditoriaux de la presse régionale alsacienne. Pour les Dernières Nouvelles d'Alsace, la mention par le président Gauck d'"un massacre sous commandement allemand" doit "contribuer à clarifier les relations entre l'Alsace et le Limousin".

En revanche pour le quotidien mulhousien L'Alsace, la réconciliation "ne peut se contenter de non-dits". "On attendait des paroles, qui ne sont pas venues", relève le journal, regrettant notamment que le chef de l'Etat allemand n'ait pas demandé "pardon".

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