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En Allemagne aussi, la montée de l'antisémitisme inquiète les autorités

Un drapeau aux couleurs de l'Allemagne avait été déposé sur des tombes, le 30 avril 2004 dans le cimetière juif d'Herrlisheim, où 127 tombes ont été profanées avec des inscriptions pro-nazies et antisémites. / © FREDERICK FLORIN / AFP
Un drapeau aux couleurs de l'Allemagne avait été déposé sur des tombes, le 30 avril 2004 dans le cimetière juif d'Herrlisheim, où 127 tombes ont été profanées avec des inscriptions pro-nazies et antisémites. / © FREDERICK FLORIN / AFP

75 ans après la libération d'Auschwitz, difficile d'admettre cette montée constante de l'antisémitisme. L'Allemagne, qui compte la troisième communauté juive d'Europe, n'échappe pas au phénomène. Le Bade-Wurtemberg a été le premier Land à nommer un chargé de mission contre l'antisémitisme.

Par Daniel Gerner

Difficile d'obtenir des chiffres exacts. Les actes antisémites passent d'ailleurs la plupart du temps sous les radars. Les incivilités, insultes et dégradations matérielles mineures ne sont la plupart du temps pas signalées. Et ce quelque soit le pays. En août 2018, le quotidien Stuttgarter Nachrichten s'était ému du témoignage d'un habitant de Karlsruhe, avouant sa peur de traverser la ville avec sa kippa.

L'Allemagne, étant donnée son histoire récente et sa volonté toujours affichée de faire face à son passé, se croyait longtemps épargnée par la montée de l'antisémitisme. Mais depuis quelques années, les discours plus ou moins ouvertement antisémites de partis politiques tels que l'AfD (Alternative für Deutschland), entretiennent un sentiment d'impunité. Et les autorités ont décidé d'agir.

Depuis mars 2018, le Land de Bade-Wurtemberg s'est doté d'un chargé de mission sur l'antisémitisme, Michael Blume, qui dépend directement du gouvernement régional. Une première en Allemagne, imitée depuis par neuf autres Länder, ainsi que par le Bund (l'Etat fédéral). Michael Blume, diplômé de sciences politiques et religieuses, a depuis mis en place un cercle de dix-huit experts censés se réunir régulièrement et rendre un rapport tous les quatre ans. La première tâche sera d'évaluer l'étendue de l'antisémitisme.
 

41% des juifs allemands interrogés indiquent avoir subi des insultes ou des agressions antisémites

Les études sur la question sont nationales, et reposent sur les chiffres du ministère de l'Intérieur. Des chiffres forcément partiels, puisque ne sont comptabilisés que les délits et plaintes dont la police a clairement identifié une origine antisémite. Selon un article de l'hebdomadaire die Welt, ces actes ont augmenté de 10%  en 2018. Une hausse continue ces dernières années: en 2017 elle était de 2,5%, en 2016 de 7,5%. Le journal relève surtout une aggravation des actes graves, relevant du pénal : le nombre de crimes à caractère antisémite aurait doublé en 2018. 41% des juifs allemands interrogés indiquent avoir subi des insultes ou des agressions antisémites, pour la plupart d'ailleurs de la part de collègues de travail.

C'est d'ailleurs l'Europe tout entière qui est menacée d'une déferlante antisémite selon Libération, qui s'appuie sur un rapport du FRA, l'agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, dont le directeur pointe "des niveaux choquants et croissants d’antisémitisme". Selon ce rapport, "près de 80 % des répondants ne signalent pas les incidents graves à la police ni à un autre organisme, parce qu’ils pensent souvent que cela ne changerait rien." Les chiffres rapportés sont donc largement sous-évalués.
 

"En France nous n'avons aucun interlocuteur permanent, et nous le déplorons vivement"

La commission européene a elle aussi réagi en nommant une coordinatrice dédiée à la lutte contre l'antisémitisme, Katharina von Schnurbein, dès décembre 2015. "Récemment nous nous sommes rencontrés à Florence, en Italie [en octobre 2017, ndlr], à l'invitation de madame von Schnurbein, pour évoquer des plans de lutte contre l'antisémitisme, notamment dans les médias traditionnels et aussi et surtout dans les nouveaux médias sociaux, détaille Michael Blume. Il y avait des interlocuteurs de plusieurs pays européens, et même des Etats-Unis. Mais en France nous n'avons aucun interlocuteur permanent, et nous le déplorons vivement." 
 

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