Coronavirus : le Bade-Wurtemberg commence à se confiner et offre son aide à l'Alsace

Le centre-ville de Fribourg (Bade-Wurtemberg) va se vider pour 15 jours au moins / © BELPRESS/MAXPPP
Le centre-ville de Fribourg (Bade-Wurtemberg) va se vider pour 15 jours au moins / © BELPRESS/MAXPPP

Alors que nos voisins de Fribourg commencent à se confiner, les autorités du Bade-Würtemberg demandent aux hopitaux allemands qui en ont les capacités, d'accueillir des malades français.

Par Florence Grandon et Catherine Munsch

"La région allemande du Bade-Würtemberg, frontalière de la France, est prête à accueillir des patients français atteints du Covid-19 ayant besoin d'une assistance respiratoire" indique ce samedi un porte-parole du ministère de la Santé local" à nos collègues de l'AFP.
 


Des hôpitaux allemands exhortés à accueillir des patients français, gravement atteints par le coronavirus


Selon l'article de SWR Aktuel , le ministre-président qui conduit le land, Winfried Kretschmann (Ecologiste) demande à ses hôpitaux, de prendre en charge, dans la mesure de leurs possibilités, équipements et nombre de lits disponibles, les patients français, en détresse respiratoire. Les hôpitaux alsaciens ayant atteint leur capacité maximale d'accueil et de soins. "Même si nous disposons aussi de capacités limitées (...) nous allons bien sûr essayer d'aider notre voisin français", a-t-il précisé.

Dans son live blog sur le coronavirus, la SWR précise que la Uni-Klinik, Clinique universitaire de Fribourg accueille dores et déjà deux patients français atteints du coronavirus. "Il s'agit d'aider le voisin et ami français dans cette tragédie."explique la directionde la Uni-klinik, en précisant que toutes les précautions ont été prises pour sécuriser les autres patients de la clinique. 
Une coopération médicale aussitôt saluée sur Twitter par la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert, avec l'arrivée d'un premier patient alsacien admis à la Clinique universitaire de Freiburg.  
 



 

La police allemande, confrontée à des incivilités qui fraînent la mise en place des mesures sanitaires.

La police de Fribourg a fort à faire depuis ce jeudi. Des groupes de jeunes Allemands bravent les récents ordres de confinement de la ville et organisent des « Corona parties ». Alors que des recommandations de confinement ont été faites par la Landesregierung du Bad Würtemberg, pour Fribourg et son district, la police allemande a bien du mal avec certains jeunes. Des groupes d’adolescents et jeunes adultes organisent, depuis jeudi des « soirées corona », fortement  arrosées d’une bière du même nom. La Badische Zeitung en a fait état dès ce vendredi matin 20 mars, dans un article consacré à la mobilisation de la police allemande par ces "Corona partys"

"Hier soir, vendredi, il n’y a plus eu de « corona party » a proprement parlé" témoigne une des chargés de communication de la police de Fribourg, "mais nous avons encore dû interpeller de nombreux de jeunes, rassemblés en d’importants groupes. D’autres, adolescents et jeunes adultes se sont amusés en grand nombre, sur les places de jeux. Alors que officiellement, la population ne doit plus sortir que pour des motifs sérieux et indispensables, comme aller faires achats de premières nécessité, aller travailler ou se soigner »

Tandis que certains font donc la fête avec cette bière, d'autres estiment au contraire que la boisson mexicaine va souffrir de cette épidémie et que sa consommation est déjà en train de baisser. 

Vers un confinement généralisé? 

Deux jours après les premières fermetures d'usines et des commerces non indispensables dans tout le Bade-Wurtemberg, la ville de Fribourg en Allemagne décide de mesures de confinement. Pour le maire de Fribourg (Bade-Wurtemberg), Martin Horn, l'heure n'est plus à "l'égoïsme et à l'individualisme mais à la solidarité". Dans la ville et son arrondissement 303 personnes ont été diagnostiquées positives au Covid-19  (2.748 dans tout le Bade-Wurtemberg), décision a donc été prise de confiner les habitants à partir de samedi 21 mars, pour quinze jours au moins. 
 
Le quotidien allemand Bild titrait, jeudi 19 mars : le plus grand depuis la Seconde Guerre mondiale. Un propos tenu par la chancelière Angela Merkel. / © Bild
Le quotidien allemand Bild titrait, jeudi 19 mars : le plus grand depuis la Seconde Guerre mondiale. Un propos tenu par la chancelière Angela Merkel. / © Bild


Les mesures vont donc se durcir, également, de l'autre coté du Rhin. Fribourg est la première ville du Land à opter pour le confinement de ses habitants. Les déplacements y seront donc très limités comme en France, et les lieux publics seront interdits comme le mentionne ce post (en allemand) de la Badische Zeitung. D'autres villes pourraient prendre les mêmes mesures dans les prochaines heures.
 

Depuis mercredi 18 mars, le Bade-Wurtemberg a décidé de fermer tous les commerces non indispensables. Ce qui peut rester ouvert et même ouvrir les dimanches et jours fériés si besoin :
  • magasins alimentaires et supermarchés
  • les marchés hebdomadaires, les services de livraisons et les drive
  • les vendeurs de boissons
  • les pharmacies
  • les magasins de matériel médical
  • les drogueries
  • les stations-services
  • les banques et caisses d'épargne
  • les bureaux de poste
  • les coiffeurs, pressings et salons de nettoyage
  • la vente de journaux
  • les magasins de jardinage et d'outillage, les animaleries et le commerce de gros
  • les ventes à la ferme et les coopératives agricoles
Le ministre-président du Land, Winfried Kretschmann a fait une allocution présente sur le site internet du Bade-Wurtemberg, dans laquelle il donne des "informations récentes" à ses concitoyens sur les mesures à mettre en place pour endiguer la propagation du virus. 
 


"Tout ce qui est vraiment indispensable reste ouvert"

"Tout ce qui n'est pas indispensable sera mis en fonctionnement très réduit ou complètement fermé. Ce sont les cafés et les discothèques, les infrastructures culturelles et de loisirs, les entreprises sportives et les lieux de jeux, le secteur éducatif et le tourisme", a-t-il expliqué.

Il a souhaité rassurer la population. "S'il vous plaît ne vous étonnez pas des chiffres sur les cas de coronavirus qui vont continuer de grimper : ce seront des gens qui auront été contaminés avant. Mais après deux semaines, les chiffres vont redescendre."

Les contacts que vous évitez aujourd'hui pourront sauver des vies demain, dans votre famille, avec vos amis, vos collègues, vos voisins. Chaque contact évité compte.
- Winfried Kretschmann, ministre-président du Land du Bade-Wurtemberg le 17 mars 2020

Le ministre président du Bade-Wurtemberg a fini son allocution ainsi : "je suis sûr que si nous prenons nos responsabilités, [...] nous vaincrons ensemble le virus."

Mais Outre-Rhin, pas de "restez chez vous". Les Allemands n'ont pas de restrictions de sortie, ils doivent juste éviter les contacts.
 

Aide aux entreprises

Face à cette situation inédite, comme en France des mesures vont être prises au niveau du land pour protéger les entreprises. Le ministre-président a écrit à la chancelière pour demander des fonds d'urgence pour les petites et moyennes entreprises qui sont en danger à court terme.

Des exceptions ont été décidées dans le secteur économique. Les personnels médico-sociaux peuvent travailler aussi les samedis et dimanches. Leur temps de travail peut même aller jusqu'à 12 heures par jour. Il s'agit de répondre aux besoins croissants de soignants, alors que ces derniers sont déjà nombreux à être malades ou en quarantaine. Ces mesures sont valables jusqu'au 30 juin.

Chômage technique pour les frontaliers

Daimler ferme beaucoup d'usines. Les ateliers Mercedes de Rastatt et Gaggenau sont concernés, tout comme la plus grosse usine de fabrication de camions Daimler de Wörth, en Rhénanie-Palatinat. Ces trois sites sont très proches de la frontière française et emploient de nombreux frontaliers. La direction de Daimler explique à la presse allemande que le processus mondial de fabrication n'est pas assuré, et qu'en plus elle souhaite aussi anticiper une baisse de la demande et ne pas risquer une surproduction de véhicules, ce qui mettrait en danger le groupe automobile allemand. 
 
Ligne de montage à l'usine Daimler de Wörth / © Uwe Anspach/MaxPPP
Ligne de montage à l'usine Daimler de Wörth / © Uwe Anspach/MaxPPP

Depuis la semaine dernière, la grogne montait au sein des usines. En effet, l'Institut Robert Koch a classé le Grand Est dans les zones à risques depuis le 11 mars. Du coup les ouvriers allemands ne comprenaient pas pourquoi les ouvriers français continuaient d'être planifiés sur les lignes de production.


Pour comprendre la décision du Land du Bade-Wurtemberg en détail, voici le document complet (en allemand) sur les nouvelles restrictions en vigueur :


Ces mesures ont toutes les chances d'évoluer rapidement. Au début de l'article nous écrivions que les restrictions de déplacement n'ont pas été décrétées dans le Bade-Wurtemberg et en Allemagne aussi d'ailleurs. Mais une heure plus tard, la petite commune de Mitterteich, ville de 7.000 personnes en Bavière, vient de signer un arrêté de confinement de sa population ("Ausgangsperre", interdiction de sortie en allemand). C'est la première ville confinée d'Allemagne.
 

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