Fessenheim : la mission d’information sur le suivi de la fermeture de la centrale nucléaire rend (enfin) son rapport

Ce mercredi 6 octobre, la mission d’information relative au suivi de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim rend son rapport parlementaire. Un document qui revient sur les conditions de la fermeture de la centrale, ses conséquences et l’après-nucléaire.

De l’aveu même de son président, c’est un "long et profond travail composé d’auditions et de déplacements" qui prend fin ce mercredi 6 octobre 2021. Plus d’un an et demi après la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, la mission d’information sur le suivi de la fermeture de la centrale de Fessenheim, composée de 20 députés, rend son rapport parlementaire censé distribuer les bons et mauvais points du démantèlement, de ses conséquences, et de la reconversion du site.

"Les rapports d’information sont faits pour éclairer l’Assemblée Nationale sur certains sujets. Celui-ci permet pour la première fois d’avoir un document complet, concret, dans lequel on a tout ce qui a été dit, ce qui a été fait et ce qui ne l’a pas été", explicite Raphaël Schellenberger, député (LR) de Thann Cernay.

En introduction du document de 180 pages dont France 3 Alsace a eu connaissance, l’élu qui a présidé la mission et qui en avait lui-même demandé la constitution, en profite pour rétablir sa vérité concernant la mise à mort de Fessenheim.

"Le pari de la reconversion peut encore réussir"

"La concentration de la mobilisation militante anti-nucléaire sur Fessenheim en faisait donc un objet politique de choix. Ainsi, lorsqu’en novembre 2011 le candidat issu des primaires socialistes françaises a voulu rallier le soutien et le vote des écologistes, il ne prendra pas d’engagement systémique sur la stratégie énergétique française, mais laissera en gage la centrale de Fessenheim, comme une caution de sa politique énergétique. Aucune raison à ce choix, un simple calcul électoral sur un site qui mobilise plus facilement que la moyenne. Rien n’est rationnel, tout est politique", écrit-il.

Un parti pris "politico-politicien" confronté à celui du député bas-rhinois Vincent Thiébaut, rapporteur (LREM) du même rapport. Lui pointe "différents facteurs indépendants du politique" pour expliquer l’arrêt de la doyenne des centrales françaises. L'élu valide également les orientations de la politique gouvernementale, avec l'objectif de réduire la part du nucléaire à 50% du mix énergétique d'ici 2035, contre 75% aujourd'hui.

"Pour moi ce rapport, en reprenant la chronologie, les explications, en apportant des éclaircissements, acte la fermeture et dois permettre de faire le deuil, d'une certaine façon", avance ce dernier.

Au-delà de "refaire le match" à travers les paroles d’élus, d'experts, de salariés, et de revenir sur l’histoire du site qui dès ses débuts a "fait l’objet de controverses, d’une couverture médiatique intense et de contestations soutenues qui se sont poursuivies de manière récurrente jusqu’à l’arrêt définitif des deux réacteurs en 2020", la mission entend surtout s’intéresser à l’après-nucléaire, à la réalité de l’implication de l’État dans le projet de territoire et à la reconversion du site.

Alors que le projet d’implantation d’un Technocentre, chargé du recyclage des matériaux métalliques, subit les foudres des associations écologistes qui demandent, par le biais d’un communiqué de presse diffusé mardi 5 octobre 2021, son retrait du projet de territoire, Raphaël Schellenberger l’assure.  "Tout n’est pas terminé à Fessenheim. Il reste des enjeux majeurs à soulever dont celui de la reconversion du site qui n’est clairement pas aboutie. La question fiscale est également posée comme la question de la construction franco-allemande où le dialogue est déséquilibré. Tout ça doit être corrigé », avance-t-il. L’occasion de rappeler l’Etat à son engagement qui « n’est pas à la hauteur de ce qu’il promet pour le moment".

Des recommandations en guise d'avertissement

En parallèle du cas Fessenheim, les parlementaires se veulent également être force de proposition, "pour l’avenir". Selon eux, douze projets de cessation de réacteurs seront concrétisés dans les dix ans à venir en France.

"Fessenheim c’est une chose, une blessure terrible pour le territoire mais pour pouvoir parfois tourner proprement des pages et en écrire d’autres il faut savoir dire les choses, ce qui a marché et ce qui n’a pas marché, pour qu’à l’avenir ces erreurs éclairent les choix futurs. C’est un avertissement sur les erreurs à ne pas reproduire ailleurs", reprend l’élu haut-rhinois, qui formule avec ses collègues une série de sept recommandations.

L’une d’entre elles revient justement sur l’accompagnement des intercommunalités "en première ligne pour préparer la reconversion des territoires", mais qui "ne disposent pas nécessairement des moyens financiers et en ingénierie nécessaires pour conduire des projets de grande ampleur". Face à cela, le rapport prône une coordination étroite entre toutes les collectivités territoriales concernées, avec un soutien important des opérateurs et services de l’État.

"Ce rapport vient bien entendu trop tard", réagit André Hatz, président de l’association Stop Fessenheim. Il fait partie de ceux qui ont demandé à être auditionné par la commission. Pour le militant anti-nucléaire sa portée reste limitée, d'autant que selon lui, c’était avant tout au territoire d’anticiper la future perte de son poumon économique. "L’Etat a évidemment sa part à prendre mais les élus locaux avaient également leur part à prendre. Or ils ont freiné des quatre fers pendant des années pour ne pas envisager cette fermeture alors qu’elle était inéluctable".

 

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