Pourquoi l'Alsace pourrait sortir du Grand Est en 2024 et ce que cela changerait pour ses habitants

Rattachée au Grand Est depuis 2015, l'Alsace pourrait redevenir une région à part entière en 2024. C'est en tout cas le souhait tenace du président de la CeA, Frédéric Bierry, qui compte profiter de la loi sur la décentralisation, attendu cette année, pour concrétiser ce projet.

Le dossier est complexe, mais Frédéric Bierry croit dur comme fer en son dénouement. Cela fait des années qu'il imagine la sortie de l'Alsace du Grand Est. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Sur 140 000  votants, 92 % se sont prononcés en faveur de ce changement, lors d'une consultation organisée par la CeA, en 2022.

Le président de la Collectivité européenne d'Alsace le dit lui-même, "2024 sera une année très importante" pour son combat. L'élu explique avoir pu échanger avec Éric Woerth, en charge du dossier de loi sur la décentralisation. "Il aura un échange avec le Président au printemps. Le Premier ministre parle d’un texte de loi en automne. On est dans un moment très important", explique-t-il dans l'émission Ici Matin par France Bleu et France 3, mercredi 21 février.

Selon Frédéric Bierry, la sortie du Grand Est permettrait aux Alsaciens de renouer avec leur identité et ainsi de se réengager pour leur territoire. Il organise ce mercredi soir à Paris une conférence-débat à ce sujet.

Porter la "volonté des Alsaciens" au national

Échanges avec les Alsaciens, contribution citoyenne et création de la CeA, Frédéric Bierry estime avoir fait le tour des initiatives à l'échelle locale pour sortir du Grand Est. "On nous a dit de faire nos preuves. Je pense que le contrat est rempli." Désormais, le président de la CeA souhaite porter dans la capitale "la volonté des Alsaciens" pour se faire entendre à l'échelle nationale.

Il organise, pour ce faire, une conférence-débat à la Maison d'Alsace ce mercredi 21 février. "Il y a des parlementaires, des collaborateurs de ministres et de grands médias dans le public. Ce sont des gens qui ont du réseau national", confie l'élu, qui espère sensibiliser le gouvernement sur ce sujet. 

Quels changements pour les Alsaciens ?

Pour Frédéric Bierry, sortir du Grand Est est avant tout un moyen de redonner un pouvoir d'influence aux habitants. L'élu estime que répondre à la volonté de ses citoyens permettra à ces derniers de retrouver une assurance en la démocratie. "Je pense qu’on est dans un contexte dans lequel il y a de plus en plus une perte de confiance vis-à-vis de la politique. Écouter leur décision aiderait à les reconnecter avec une démocratie qui, on le sait, est menacée." 

Si la sortie du Grand Est offre des perspectives évidentes en matière d'identité culturelle, elle garde également un fort côté pratique. Les initiatives publiques pourraient être simplifiées avec une centralisation des démarches. Le collège, par exemple, est aujourd'hui géré par la CeA quand les transports scolaires sont sous l'égide de la Région. "Rassembler les compétences en une collectivité, ça permet d’avoir une vision à 360 degrés des dossiers."  

Vers la fin du Grand Est ?

La question du futur de la Région Grand Est se pose logiquement, alors que sa partie la plus orientale pourrait partir dans quelques mois. Il ne resterait ainsi plus que les ex-territoires de la Champagne-Ardenne et de la Lorraine. Suffisant pour constituer une Région ? Frédéric Bierry en est persuadé. "Aujourd’hui, la Champagne et la Lorraine peuvent se délier de l'Alsace. Ils auraient la même taille que la Normandie ou la Bretagne". D'après l'élu, cette nouvelle Région disposerait à la fois des dimensions et du budget adéquat pour former une unité régionale.

La différence géographique est avancée par l'ancien maire de Schirmeck pour justifier la viabilité d'un tel changement. "Ils sont naturellement tournés vers Paris quand nous sommes tournés vers l’espace Rhénan", explique-t-il. 

"Il n'y a besoin que d'un simple déclic pour que ça se réalise"

Frédéric Bierry, président de la CeA

Le membre des Républicains reste convaincu que ses demandes trouveront écho à plus grande échelle. D'autant que, selon lui, la décentralisation se réaliserait sans encombre. "Il suffit de transférer les compétences de la Région à la CeA. Il n'y a besoin que d'un simple petit déclic pour que ça se réalise", explique-t-il. Avant de rajouter, "c'est de nature à me rendre confiant sur le dossier." 

Le soutien d'Alsaciens dans les plus hautes sphères lui offrirait un avantage certain dans ce dossier. L'élu pense notamment au Strasbourgeois Alexis Kohler, secrétaire général de l'Elysée, en phase avec "la volonté alsacienne". S'il lui semble impossible que l'Alsace ne sorte pas du Grand Est en 2024, Frédéric Bierry évoque toutefois "certaines réactions" en cas de camouflet.