Randonnée : le logiciel Visorando cartonne et accélère son développement à l'international

Depuis la crise sanitaire, 25 millions de randonneurs se connectent chaque année à la plateforme Visorando, pour préparer leur itinéraire et le suivre sur une application mobile. Et pour continuer d'étendre cette communauté d'utilisateurs, la société Visorando, basée en Alsace, vient de racheter son homologue anglais Plotaroute.

Faire une balade du dimanche hors des sentiers battus, une randonnée urbaine ou une marche itinérante de plusieurs jours sans mauvaises surprises, sans carte ni boussole. C'est possible depuis une bonne dizaine d'années grâce à la plateforme participative Visorando.

Son site Internet aide à trouver tous les itinéraires pédestres ou cyclables d'un secteur donné, leur description, leur niveau de difficulté, leur durée, ainsi que leur visualisation précise sur une carte. Et l'application mobile Visorando permet ensuite de suivre la randonnée grâce à la localisation GPS.

Créé en Alsace en 2014, Visorando propose aujourd'hui plus de 29 000 itinéraires, en France et à l'étranger, et séduit toujours plus d'utilisateurs. En 2022, son site web enregistrait plus de 25 millions de visites, et son application totalisait 2,1 millions de téléchargements. Forte de son succès, la société vient de racheter son homologue anglais Plotaroute, ce qui lui permettra de se développer encore davantage Outre-Manche, et même Outre-Atlantique. 

Une société implantée en Alsace

L'histoire de Visorando commence en 2007, lors d'un repas de famille, par une discussion entre deux cousins, Arnaud Lecus et Fabien Biver. "Je suis accompagnateur en moyenne montagne, et mon cousin Arnaud est développeur web, raconte ce dernier. On s'est dit que ce serait bien de créer un site Internet pour partager nos idées de randonnées, et donner des outils pour aider à préparer les itinéraires."

Leur envie est d'en faire une plateforme collaborative, afin que chaque randonneur puisse y partager ses propres expériences, et bénéficier de celles d'autres marcheurs d'autres régions. "Pour avoir des idées nouvelles, de personnes implantées localement, capables aussi de transmettre des anecdotes" et des descriptions précises. 

Le site Visorando est créé "fin 2009, début 2010, au moment où l'IGN (Institut national de l'information géographique et forestière) a ouvert l'accès aux cartes IGN sur le web, se souvient Fabien Biver. Mais selon sa propre expérience d'accompagnateur, il sait que beaucoup de gens "ne savent pas forcément lire une carte IGN. Il fallait donc ajouter un texte descriptif, pour les aider à se repérer."

Le succès est immédiat. Les premières années, "les randonneurs imprimaient leur tracé et le texte d'accompagnement." Mais rapidement, les deux cousins doivent passer à la vitesse supérieure. "On avait d'abord voulu proposer un service, et après, ça s'est transformé en société", précise Fabien Biver. La société Visorando est donc créée à Soultz (Haut-Rhin) le 1er février 2014.

Cette même année, le site s'enrichit d'une application téléchargeable qui permet, à côté de la description, et du tracé, de voir ses déplacements en direct. "Il suffit de suivre le point bleu sur le tracé rouge, décrit le co-fondateur de Visorando. Et il y a une alarme, si on sort de l'itinéraire prévu. Cette localisation est possible grâce aux satellites. Je ne voulais pas que les gens soient bloqués en plein milieu de la montagne sans réseau."

Des modérateurs et deux "développeurs de communautés"

Aujourd'hui, l'équipe de Visorando est constituée de quinze personnes à plein temps, la plupart basées à Soultz (Haut-Rhin). Mais aussi de modérateurs bénévoles répartis dans toute la France. Car pour garantir la fiabilité de ses données partagées, Visorando s'engage à faire vérifier chaque circuit par trois modérateurs différents avant de le publier.

"On a une équipe de modérateurs passionnés", se réjouit Fabien Biver. Des randonneurs qui contrôlent tous les itinéraires de leur propre région, en rectifient le tracé si besoin, et veillent aussi à harmoniser la présentation des fiches d'accompagnement. Il y a aussi "un modérateur salarié qui s'occupe de la partie professionnelle, et une personne chargée de la cohésion entre les bénévoles."

Dès novembre 2021, l'équipe s'étoffe également de deux 'community developers', l'une en direction des pays germanophones (Allemagne, Autriche et Suisse alémanique), l'autre pour la Grande Bretagne. "On est très développés en France et en Suisse francophone, explique Fabien Biver. Mais on s'est dit qu'il fallait aussi proposer des randonnées à l'extérieur de nos frontières." La mission de ces "développeuses de communautés" consiste à trouver et fédérer de nouveaux randonneurs à l'étranger, prêts eux aussi à partager les itinéraires qu'ils affectionnent. 

Le rachat de l'anglais Plotaroute

Continuant sur cette belle lancée, Visorando vient donc également de racheter la plateforme anglaise Plotaroute, un planificateur d'itinéraires pour les activités extérieures, qui dispose d'une communauté et d'une renommée déjà bien établies en Grande-Bretagne. 

Ce rachat est le fruit "d'une volonté partagée", suite à des discussions en visioconférence avec le fondateur de Plotaroute, John Piears, qui y œuvrait seul, en auto-entrepreneur. "Au début, l'idée était seulement de créer un partenariat, explique Fabien Biver. Mais au fil des discussions, John a proposé de vendre, parce qu'il avait envie de changer de projet.

Proposition acceptée par les deux cousins. "Nous aimons les partenariats gagnant-gagnant. On avait les mêmes valeurs, on avait commencé presque en même temps, dans le même esprit."

Deux caractéristiques de Plotaroute les intéressent particulièrement : "l'aspect technique, car elle dispose d'un outil de préparation d'itinéraires puissant. Et la communauté anglophone qui l'utilise."

Les créateurs de Visorando comptent bien poursuivre le travail de John Piears, tout en intégrant leur savoir-faire à Plotaroute. La plateforme anglaise sera traduite en français et en allemand. Et en parallèle, les outils techniques de Plotaroute seront ajoutés progressivement à Visorando.

Mais l'identité propre de Plotaroute sera totalement préservée dans un premier temps. Pour éviter "un gros choc psychologique pour les utilisateurs, on veut garder Plotaroute au maximum, assure Fabien Biver. Et si jamais il y avait une transition à faire pour l'intégrer dans Visorando, ce sera très doucement, pour ne pas brusquer" ses adeptes.

Gagner le marché américain

Cette acquisition change évidemment la donne pour Visorando. "On va sans doute devoir embaucher, reconnaît son co-fondateur. Pour l'instant, mon cousin prend les choses en main, mais on a envie d'augmenter le côté marketing et communication. Il faudra donc accroître nos forces."

Concernant les rentrées financières, même si "une énorme partie de la plateforme reste gratuite", une grande part de ses fonctionnalités est payante : 5,99 euros par mois, ou 24,99 euros par an. "Il y a aussi un tout petit peu de pub, et une page de dons, qui nous permettent de continuer à améliorer les services gratuits", précise Fabien Biver.   

Des sommes relativement modiques, mais un système d'autant plus rentable qu'il y aura d'utilisateurs. D'où, aussi, l'intérêt de la nouvelle acquisition de Visorando. Car Plotaroute, "c'est déjà 20% d'utilisateurs aux Etats Unis". Et donc "un gros potentiel" et un énorme marché supplémentaire à conquérir dans les années à venir.