Autopartage : succès à Reims mais à Charleville-Mézières et à Troyes, c'est plus compliqué

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Écrit par Baptiste Galmiche

Alors qu'Ardenne-Métropole s'apprête à mettre un terme à son service d'autopartage, d'autres communes, à l'image de Troyes, veulent se lancer dans l'aventure. Le Grand Reims s'apprête à renforcer son offre.

Fini l'autopartage dans les 58 communes d'Ardenne Métropole. Le service prendra fin le 15 février 2022. "On supprime ce service, car il est décevant au regard du potentiel qu'on y avait mis", justifie Jérémy Dupuy, chargé des mobilités à Ardenne Métropole.

L'autopartage existe dans la métropole depuis septembre 2018, mais n'a pas trouvé sa clientèle. "On avait 130 inscrits sur ce service. Mais seuls 60 % qui l'utilisaient réellement, ce qui représente 70 ou 80 personnes." Un bilan qui n'est pas à la hauteur des projections.

"Au départ, on pensait qu'il y aurait un réel engouement, assure Jérémy Dupuy, s'appuyant sur des "études de marchés et des études conduites par des universitaires qui ont démontré que cela pouvait fonctionner."

Desservir les zones rurales

La mise en place de l'autopartage devait combler le manque de transports en commun en zones rurales. "Dans certaines communes, les bus passent une ou deux fois par jour."


D'après l'Union routière de France (URF), en 2018, 50 % des ménages vivant dans des communes de moins de 5.000 habitants (moyenne des trois dernières années) sont équipées de deux véhicules. Avec ces voitures électriques, la Métropole visait l'abandon de ces "secondes voitures"... e
n vain. "On voit que ça ne prend pas, dans le monde rural. Ils veulent conserver leur seconde voiture", constate Jeremy Dupuy.

Tarifs prohibitifs et problèmes techniques récurrents

Les potentiels utilisateurs ont peut-être aussi été échaudés par les tarifs : à partir de 4 euros de l'heure. "Beaucoup ne comprennent pas le principe. Les usagers potentiels se sont basés sur le prix d’un transport en commun plutôt que sur le prix d’un taxi", affirme Jérôme Dupuy qui précise que l'offre d'autopartage se situe "entre le bus et le taxi".

Une sous-exploitation des 32 véhicules aggravée également par les nombreux problèmes techniques imputables à l'exploitant des véhicules, la société Clem. "Parfois, les portes des véhicules ne se débloquaient pas, parfois on n'arrivait plus à rouvrir la porte", énumère Jérémy Dupuy.


"S’il n’y avait eu que quelques petits bugs, le service aurait sans doute davantage décollé", regrette-t-il encore. Cette expérimentation prendra donc fin "avec des résultats décevants". Mais "il n'est pas dit que, dans quelques années, nous n'ayons pas une poussée de l'hybride", permettant peut-être de remettre le service en place.

Reims en mode développement

Reims se met petit à petit à l'autopartage. Avec des hauts et des bas. Malgré tout l'opérateur choisi en 2020 semble est prêt à rester sur le long terme dans la cité des Sacres. City a déjà fait ses preuves à Metz ou encore à Strasbourg dans le Grand-Est.

Le Grand Reims a adopté un label d’autopartage en décembre 2019, auquel Citiz a dû souscrire. Ce label prévoit notamment de respecter les degrés d’émission de CO2 des véhicules de la flotte mise à disposition (moins de 110 grammes par km en l’occurrence). 

"Cela se développe doucement, mais à un rythme régulier. C'est normal pour notre type de business," explique Jean-François Virot-Daub, le directeur général de Citiz Grand-Est. "Il ne suffit pas d'avoir de bonnes campagne de publicité, de faire bien son travail, changer les comportements prend toujours plus de temps." Et d'ajouter que "c'est un retour sur investissement assez long et progressif."

On change les comportements de mobilité de nos usagers. Il faut les faire adhérer à un mode vertueux de leurs déplacements.

Jean-François Virot-Daub, directeur de Citiz Grand-Est

Il y a désormais 12 véhicules en autopartage à Reims, 8 en ville et 4 en gare de Bezannes. Ils sont accessibles 24 heures sur 24 et se déverrouillent avec une carte d’abonné ou un smartphone. Il faut ensuite ramener l'auto à son emplacement initial. Quant aux tarifs, il existe différentes formules, mais le prix de base est fixé à 2 euros de l'heure, plus 0,37 euro par kilomètre parcouru.

Ce nouveau service complète l’offre de mobilité. "C'est la Région qui nous avait suggéré l'idée, rappelle Patrick Bedek, vice-président du Grand Reims délégué aux transports, des employés habitant Strasbourg devaient se rendre à Châlons pour travailler, il n'y avait rien pour s'y rendre depuis Reims." 

Et voilà donc l'autopartage depuis septembre 2020. "Mais le développement est progressif d'autant qu'il a été entravé par le Covid et la crise sanitaire."

Quel profil des utilisateurs ?

Depuis la mise en place, 550 trajets ont été comptabilisés. "L'autopartage apporte une alternative à la voiture individuelle, mais aussi une lutte contre la fracture sociale. Cela permet d’utiliser un véhicule sans en assumer le coût financier. Cela répond à une demande, ceux qui n'ont pas besoin d'une voiture au quotidien ou qui n'en veulent pas une deuxième", explique Patrick Bedek, vice-président du Grand Reims délégué aux transports.

Il y a 80 adhérents à ce jour. "On est passé de 30 à 80 en quelques mois. Mais ce n'est pas encore suffisant. Notre modèle économique n'est pas encore atteint, la rentabilité pour ce type d'activité se situe dans le temps long, entre 3 et 10 ans," précise Patrick Bedek.

"Les débuts sont prometteurs." Le Grand Reims envisage de développer encore le service avec deux véhicules supplémentaires dans le quartier Clairmarais à Reims, derrière la gare dans une zone où se trouvent de nombreux bureaux. Mais aussi dans des secteurs moins densifiés, comme Bazancourt, une zone d'emplois importante, et Fismes. "Déjà on consolide ce qui existe, mais on y arrivera", conclut Patrick Bedek. 

Un coût moyen. "Selon les cas de figure, les études estiment ce coût entre 350 et 500 euros mensuels," indique Jean-François Virot-Daub, directeur de Citiz Grand-Est. "En plus de faire des économies, les utilisateurs se tournent davantage vers le vélo ou les transports en commun… pour compléter leurs besoins de mobilité. Un bon point pour la planète !"

Dans le département, Citiz est également présent à Châlons-en-Champagne avec trois voitures. Mais aussi dans la grande vallée de la Marne, "en milieu rural" dans villages comme Aÿ-Champagne, Bouzy, Dizy ou encore Tours-sur-Marne, "c'était une expérimentation en 2020 à la campagne et cela devrait se poursuivre avec à ce jour, 12 véhicules disponibles dans 8 communes. C'était un vrai pari, "c'est en milieu rural qu'on a le plus besoin de sa voiture" précise Jean-François Virot-Daub.

L'autopartage bientôt à Troyes

Échec relatif dans les Ardennes, territoire rural, mais succès d'estime à Reims... Alors qu'en est-il à Troyes ? "L'autopartage était dans les cartons avant la crise sanitaire. Pour l'instant, on ne la lance pas encore car la crise n'est pas propice à ce genre d'innovations", reconnaît  Olivier Girardin, vice-président de Troyes Champagne Métropole (TCM), chargé des mobilités.

" Il faut de toute façon trouver une alternative à l'usage intensif individuel." Alors toutes les propositions sont " sur la table". Avec l'autopartage, " il y a une prise de risque, concède Olivier Girardin. Avant de se lancer, on ne sait pas. Qu'il y ait un potentiel, c'est une chose, mais est-on sur la bonne piste ?", s'interroge-t-il.

Lorsque TCM a mis en place le service "Marcel", les vélos en libre-service, " on nous avait dit que ça ne marcherait pas. Finalement, on est au-dessus des prévisions les plus optimistes."

L'arrivée des véhicules en autopartage dans la cité tricasse n'est pas encore planifiée. Une chose est sûre, le projet devrait voir le jour. "On le lancera quand on sera sorti de la séquence sanitaire bien trop longue dans laquelle on est", conclut-il.