"Je suis comme amputée de mes émotions" une ancienne juge d'instruction au bord des larmes au procès de Monique Olivier

Au troisième jour du procès de Monique Olivier devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine à Nanterre, deux anciens juges d'instruction de Charleville-Mézières sont venus témoigner à la barre. Entre émotions et souvenirs vieux de vingt ans, la magistrate Anne Devigne s'est livrée sur la manière dont les affaires Fourniret-Olivier ont bouleversé sa vie.

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Anne Devigne a 50 ans. Aujourd'hui juge aux affaires familiales au tribunal judiciaire de Reims (Marne), elle fut de 2001 à 2008 juge d'instruction à Charleville-Mézières. En mai 2007, après quatre ans d'enquête, c'est elle qui signe l'ordonnance de renvoi de Michel Fourniret et de Monique Olivier devant la cour d'assises des Ardennes.

"Quand vous arrêtez, que vous mettez le point final à l'ordonnance de mise en accusation vous tombez dans une dépression" lâche la magistrate devant la Cour. Elle raconte avoir eu ses deux enfants pendant l'instruction. Face aux questions de Maître Corinne Herrmann, avocate d'une partie de la famille de Marie-Angèle Domèce, la voix de l'ancienne juge d'instruction devient de plus en plus tremblante. L'avocat veut savoir comment Madame Devigne a vécu ces années d'instruction : "C'est compliqué pour moi d'accéder à mes émotions. Je suis comme amputée de mes émotions après ces dossiers". 

Absence totale d'empathie 

Dans la salle d'audience, le silence laisse place à l'émotion. La magistrate revient aussi sur le comportement de Monique Olivier pendant leurs rencontres. "Ce qui m'a impressionnée chez elle, c'est l'absence totale d'empathie. Tout glisse sur elle comme l'eau sous les plumes d'un canard". ( Ce qui semble être toujours le cas, malgré ses regrets exprimés ce mardi 28 Novembre ) À la barre, la juge Devigne laisse place à la femme, la mère de famille... "Rien ne peut réparer le fait qu'il est urgent de vivre et de voir ses enfants. On a retiré ça aux familles. Madame Olivier aurait pu prendre son courage et faire en sorte que cela cesse. Elle était partie prenante de cette aventure macabre".

Reste une question pour la cour d'assises :  pourquoi ne pas avoir fait comparaître le couple Fourniret-Olivier en 2008 pour les dossiers Domèce et Parrish ? Didier Seban, avocat de plusieurs parties civiles, rappelle que les deux dossiers arrivent au printemps 2005 au tribunal de Charleville. Or, il faudra attendre trois ans, pour que le couple soit interrogé en première comparution. "En laissant ces dossiers de côté, vous saviez qu'ils seraient abandonnés" lance l'avocat à la magistrate.

Après le procès de 2008, Anne Devigne est mutée dans une autre juridiction, il faudra attendre 10 ans pour qu'un nouveau juge se penche sur ces dossiers. "J’ai eu un gros sentiment d'inachevé et même de trahison" explique l'ancienne magistrate. "On est humains, on peut faire des erreurs. L'orgueil que nous avons eu est d'avoir voulu poursuivre les investigations".