"On aurait pu l'arrêter" : au procès de Monique Olivier, un ancien commandant de police de Reims concède des "erreurs"

Monique Olivier est jugée depuis ce mardi 28 novembre pour sa complicité dans la disparition, l'enlèvement et le meurtre de 3 jeunes filles par la Cour d'Assises de Nanterre. Au troisième jour d'audience, le témoignage de deux policiers rémois met en lumière toute une série de "défaillances" qui auraient pu empêcher la disparition d'Estelle Mouzin en 2003 selon l'avocat du père de la fillette, Me Didier Seban.

"On a appris l’absence de coordination. On a découvert combien notre justice est parcellisée, combien les enquêtes sont menées de manière parcellisées" analyse Me Didier Seban, l'avocat du père d'Estelle Mouzin. Daniel Bourgard lui-même le reconnait. A 70 ans, cet ancien commandant de police au Service Régional de Police Judiciaire (SRPJ) de Reims a dû se plonger dans ses souvenirs devant la Cour d'Assises de Nanterre.

"Les aveux de Monique Olivier ont été déterminants" explique-t-il à la Cour. "Nos camarades belges ont été absolument admirables. Au départ, rien ne nous relie à Fourniret." tient à préciser Yannick Jacquemin, actuel directeur du SRPJ de Reims entendu dans la foulée ce jeudi 30 novembre. Car ce sont les enquêteurs belges qui arrachent, au bout d'un an, les premiers aveux à Monique Olivier.

En juin 2003, Michel Fourniret est interpellé en Belgique après l'enlèvement râté d'une adolescente de 13 ans. Et très rapidement, Monique Olivier est entendue par les enquêteurs belges. Après plus de 120 interrogatoires, elle finira par incriminer son mari dans 9 meurtres dont ceux de Céline Saison et Mananya Thumpong dont des enquêteurs rémois sont justement saisis...mais pas celui d'Estelle Mouzin. 

"Quand il est arrêté en juin 2003, on pressent qu’il peut y avoir quelque chose" se souvient Daniel Bourgard à propos de l'affaire Estelle Mouzin. Car le mode opératoire de Michel Fourniret, qui vient d'être arrêté, interpelle les enquêteurs des deux côtés de la frontière. Nous sommes en juin 2003, Estelle Mouzin a disparu depuis 6 mois. Pourtant, il va falloir attendre 2019 pour que Michel Fourniret et Monique Olivier soient réellement inquiétés pour la disparition de la fillette de 9 ans à Guermantes en Seine-et-Marne.

"On a fait des erreurs"

Comment expliquer que Michel Fourniret et Monique Olivier soient restés aussi longtemps sous les radars des enquêteurs ? Pour Me Didier Seban, le tueur en série aurait pu être arrêté bien plus tôt et la mort d'Estelle Mouzin aurait pu être évitée.

Le 22 juillet 2000, le corps de Céline Saison, disparu depuis 73 jours, est découvert dans un bois de Sugny en Belgique. Moins de deux kilomètres séparent le lieux de la découverte du corps du Chateau du Sautou, une des anciennes maisons du couple Fourniret-Olivier. "Quand on retrouve le corps de Céline Saison, un enquêteur rémois dit qu’il a pensé à Michel Fourniret qui habitait dans un château à 1,5km de cette découverte mais on apprend qu’ils ne savent même pas que Michel Fourniret a été condamné pour des viols parce que c’est dans le fichier gendarmerie et pas dans le fichier police" nous explique Me Didier Seban, l'avocat du père d'Estelle Mouzin.

Car à l'époque, Michel Fourniret est déjà connu de la justice. Il a purgé une peine de prison de 7 ans pour des faits d'agressions sexuels. Mais le SRPJ de Reims n'a pas accés à cette information car les fichiers de police et de gendarmerie sont complètement distincts. "Si on avait eu un fichier informatique, on aurait eu cet élément" indique à la cour l'ancien commandant de police rémois, Daniel Bourgard. "C’est une erreur, on aurait du consulter le fichier de gendarmerie" finira-t-il par concéder à la barre. 

On aurait pu l'arrêter

Me Dider Seban

avocat du père d'Estelle Mouzin, à propos de Michel Fourniret

10 ans avant la disparition de Céline Saison, Michel Fourniret était déjà sous surveillance. Toujours au Chateau du Sautou. Parce que la brigade anticriminelle apprend qu'il a acquis le Sautou avec l'argent du gang des postiches, Michel Fourniret est soupçonné de faire partie du groupe terroriste Action Directe. Pendant 6 mois, du 2 octobre 1989 au 30 avril 1990, la brigade anti criminelle va planquer et surveiller les allées et venues de l'Ardennais. 

"C’est aussi la période où Elisabeth Brichet est enlevée, détenue et assassinée. Cela m’interroge sur la manière dont on mène les enquêtes." relèvera devant la Cour Me Dider Seban. "Le château est sous surveillance de l’anti-terrorisme mais comme on n’a pas fait le rapprochement entre les éventuelles activités terroristes de Michel Fourniret et son passé de criminel sexuel, et bien on ne fait pas le rapport. On aurait pu l'arrêter." analysera l'avocat au sortir de l'audience à notre micro.

Une intuition dès 2003

Le 28 avril 2003 cette fois, alors que Michel Fourniret n'a pas encore été arrêté en Belgique, un enquêteur rémois a une nouvelle intuition. Yannick Jacquemin travaille sur les disparitions de Céline Saison et Mananya Thumpong. La disparition d'Estelle Mouzin l'interpelle. Pour lui, il y a un rapprochement à faire entre toutes ces affaires. Il informe alors ses collègues de Versailles, en charge de l'enquête sur la disparition de la petite fille de 9 ans.

"Il a la bonne démarche. Quand la disparition d’Estelle Mouzin crée l’émotion dans toute la France, les policiers rémois se disent qu’ils ont deux affaires de disparition d’enfants à Charleville donc ils ont appelé les policiers de Versailles en charge de l’enquête Mouzin pour leur dire qu’il y avait peut-être un rapprochement à faire. On n’a pas encore Fourniret que déjà l’ombre de Fourniret pèse sur l’affaire Estelle Mouzin." explique Me Dider Seban.