DÉCRYPTAGE. Le procès de Monique Olivier vu par nos journalistes, "c’est aussi le procès de la justice et de ses failles"

France 3 Champagne-Ardenne couvre, comme de nombreux médias, le procès de Monique Olivier devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine. Avant la dernière semaine d'audience, nos journalistes reviennent sur cette audience hors norme, aussi bien du point de vue de l'accusée que de celui de l'intérêt de la presse.

Depuis le 28 novembre 2023, Monique Olivier comparaît devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine, à Nanterre, pour complicité d'enlèvements et de meurtres. Trois affaires, trois disparitions, sont jugées pendant trois semaines : celle de Marie-Angèle Domèce en 1988, celle de Joanna Parrish en 1990 et celle d'Estelle Mouzin en 2003.

Michel Fourniret, son mari pendant plus de vingt ans, est mort en 2021. Si l'ombre du tueur en série plane évidemment sur l'audience, c'est bien Monique Olivier et elle-seule qui est dans le box des accusés. C'est sur elle que tous les regards se sont tournés le 28 novembre, pour le premier jour d'audience.

"Jusqu'à la dernière minute, on ne sait pas si Monique Olivier va accepter ou non d'être filmée par les journalistes", raconte notre journaliste Layla Landry, qui suit au jour le jour cette audience avec plusieurs collègues de France 3 Champagne-Ardenne. "Cinq ou dix minutes avant, la presse apprend qu'elle va avoir le droit de la filmer, elle vient de donner son accord."

"Il y a une trentaine de caméras de médias différents. Elles rentrent toutes d'un coup dans la salle d'audience, Monique Olivier rentre dans le box des accusés. On a moins de 10 minutes pour faire des images. On sait que ces images vont être reprises sûrement pendant des années. Sur le moment, ce sont des images d'actualité, mais elles vont devenir des images d'archives, on le sait."

Sur le moment, ce sont des images d'actualité, mais elles vont devenir des images d'archives, on le sait.

Une telle meute, comme elle est parfois surnommée, qui s'agglutine autour du box pour capter quelques images peut surprendre, voire choquer. Mais ce moment est le seul pendant lequel caméras et appareils photos seront autorisés dans la salle d'audience.

"Quand on prend du recul sur la scène, il y a l'accusée, une femme qui a commis des horreurs, qui prend toute la lumière de la presse et des caméras. Et il y a toutes les familles des victimes dans l'ombre à ce moment-là", souligne Layla Landry. "C'est un peu un peu déroutant, reconnaît-elle. La lumière, le premier jour, est sur cette femme. Mais en même temps, on est obligé de la filmer, parce que sinon il n'y aura pas d'images d'elle."

Car si la justice est publique, il n'est pas possible de filmer ou d'enregistrer les débats. Dès le début du procès, les caméras devront quitter la salle d'audience. Et il faudra s'appuyer sur les dessins d'audience. France 3 Champagne-Ardenne travaille avec le dessinateur Thierry Doudoux. Il a déjà couvert de nombreux procès, dont celui de Michel Fourniret et Monique Olivier en 2008.

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Des heures d'audience à condenser

Comme pour tous les procès, il n'est pas possible de retranscrire intégralement des heures d'audience dans des interventions dans les journaux télévisés qui sont limitées dans leur durée. Sur le site de France 3, la place est moins contrainte, mais il faut tout de même toujours faire des choix.

"On ne peut pas tout dire. En tant que journaliste, c'est toujours frustrant parce que tout ce qui se dit est important dans un procès. Souvent on se raccroche aux émotions. Quand on sent une émotion chez les témoins ou quand on sent qu'il se passe quelque chose de vivant, on essaye de le retranscrire dans nos reportages et nos papiers", explique Layla Landry.

Ces moments forts, Clément Barbet en a vécu plusieurs. Lui aussi suit le procès pour France 3 Champagne-Ardenne. Il a été notamment marqué par les témoignages de la famille d'Estelle Mouzin, le 6 décembre. "C'était très émouvant parce qu'il y avait les mots, ce que les gens disaient. Et il y avait aussi des photos", raconte-t-il.

"On a toujours vu cette photo d'Estelle avec son pull rouge. En diffusant dans la salle des photos d'elle en train de souffler ses bougies d'anniversaire, dans un manège, au bord de la mer en vacances, on a vu cette jeune fille de neuf ans dont la vie a été volée. Et puis toutes les conséquences sur cette famille."

On était avec des journalistes qui sont rodés, qui ont fait d'autres grands procès. J'ai quand même vu des yeux rouges, des larmes couler.

Le témoignage de la mère d'Estelle Mouzin, qui est toujours restée à distance des médias et qui a longuement hésité avant de décider de venir au procès, l'a particulièrement marqué. "On était avec des journalistes qui sont rodés, qui ont fait d'autres grands procès. J'ai quand même vu des yeux rouges, des larmes couler, parce qu'on parle de l'enlèvement, de la séquestration et du viol d'une enfant de neuf ans. Ça touche forcément."

Notre journaliste retient aussi toute la première semaine d'audience. "Ce n'était pas vraiment le procès de Monique Olivier, mais plutôt le procès de la justice et de ses failles. Pourquoi ces dossiers n'ont pas été instruits plus tôt, pourquoi ils n'ont pas été jugés plus tôt ? Pourquoi faut-il attendre 20 ans pour l'affaire Estelle Mouzin, 30 et 32 ans pour les affaires Domèce et Parrish ?" Il n'est pas fréquent de voir des magistrats en questionner d'autres.

Label "grand procès"

Du côté de l'organisation, la Chancellerie a mis en place des moyens exceptionnels. Le procès, premier du pôle "cold cases" de Nanterre, bénéficie du label "grand procès". 200 000 euros ont été investis pour notamment refaire la sonorisation du tribunal, installer des micros. 

Plus de 400 accréditions pour 80 médias différents ont été demandées auprès du service communication du tribunal. Impossible d'accueillir tout le monde, presse comme public, dans la salle d'audience. "Devant la salle, il y a deux grosses tonnelles blanches où des télés retransmettent le procès. Il y avait toujours des curieux, même des avocats qui venaient pour assister au procès, parce que c'est une audience historique", explique Layla Landry. Une salle de presse est également mise à disposition des journalistes. Des conditions plus confortables que pour des procès moins médiatiques. 

Le procès devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine doit s'achever vendredi 15 décembre. Il est à suivre bien évidemment sur l'antenne de France 3 Champagne-Ardenne et sur notre site internet.