Série - les entreprises familiales : chez les Grossmann, la boucherie-charcuterie, c’est une affaire de famille

Pour réussir, il faut un peu de chance et du travail.  La différence, c’est d’avoir reçu un savoir-faire en héritage. La transmission est essentielle. Fabrice Grossmann, installé aujourd’hui à Saint Laurent, près de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, a tout appris de son père.

Fabrice Grossmann a prolongé l'aventure familiale .
Fabrice Grossmann a prolongé l'aventure familiale . © Document remis

Nouvel épisode de notre série sur les entreprises familiales en Champagne-Ardenne. Une boucherie familiale dans les Ardennes. Celle de Bernard Grossmann, aujourd’hui décédé, était installée rue Saint Louis, à Charleville-Mézières. Fabrice, son fils, se souvient. " On vivait au-dessus du magasin. Il y avait les odeurs, et quand on descendait, on y voyait la viande par tonnes... Je n’étais pas mauvais élève, mais je ne voulais pas aller à l’école. Je préférais faire de la charcuterie, couper la viande".

"Quand j’en ai parlé à mon père, il était heureux et fier de mon choix. A partir de ce moment-là, il m’a tout appris des ficelles du travail. J’ai découvert le métier à ses côtés. J’ai été apprenti deux ans, avec lui, à Charleville-Mézières. On était toujours ensemble. Mais il voulait que je vois des choses différentes, alors j’ai poursuivi mon apprentissage du métier dans la chaîne Devigne Viandes. C’est un vendredi 13, le 13 décembre 2013, très précisément, que je me suis installé à Saint Laurent, près de Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Mon père avait revendu sa boucherie. A la retraite, il est venu m’épauler. Ma sœur aussi nous a accompagnés dans ma boucherie-charcuterie de la rue des campanules. Bref, une vraie affaire de famille ! "

Fabrice Grossmann a 48 ans en 2021. Il est père de trois filles. La dernière est encore jeune, et les deux aînées sont parties pour des études longues. Elles ne reprendront sans doute pas l’affaire, mais il a à cœur de transmettre à son tour. " Tous les ans, on forme des apprentis. On les mène au C.A.P. qu’ils décrochent toujours, et ils ont tout de suite du travail, dans la foulée. Pour moi, c’est positif, c’est une fierté. Mais il faut les freiner, leur montrer encore et encore, tout doucement, leur dire de faire le tour avant de se lancer, comme je l’ai fait. Au début, on travaillait en famille. Ensuite, on a commencé à embaucher, et maintenant, j’ai 14 employés. On vient de construire un bâtiment pour préparer les repas des cantines scolaires qu’on fournit en liaison froide. On fait aussi du portage à domicile ". Fabrice Grossmann est heureux dans son métier. Il sait combien la transmission a compté dans sa réussite.

 

"Mieux vaut transmettre un art à son fils, que lui léguer mille pièces d'or".

Proverbe chinois

 

Michel Collin défend son métier et a à coeur de le transmettre.
Michel Collin défend son métier et a à coeur de le transmettre. © Document remis

S’il est un professionnel, convaincu par l’importance de la transmission, c’est Michel Collin. Le maître-artisan, charcutier, installé à Prix-les-Mézières, dans les Ardennes, vient de s’inscrire au concours du Meilleur Ouvrier de France. Après quelques mois passés à la retraite, il s’ennuyait et a décidé de rempiler. Et si aujourd’hui, il prépare activement le concours, c’est pour pouvoir transmettre et " sauver nos métiers ", dit-il. "  En tant que maître-artisan, je n’aurais pas pu le faire. J’aurais été écarté. Je vais régulièrement montrer mon savoir-faire à la Chambre des métiers et je donne des cours gratuitement à l’école hôtelière à Bazeilles. Je transmets aussi au C.F.A de Charleville-Mézières".

 

La transmission pour sauver les métiers

"En tant que président départemental et régional de la Confédération Nationale des Charcutiers-Traiteurs, je pense que si on ne fait rien, il n’y aura plus de petits artisans comme moi, d’ici cinq ans. En deux ans, à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, six boucheries-charcuteries ont disparu, trois à la suite de faillite, et trois après des départs à la retraite. Ce problème est grave. Dans les concours où je suis juré, on voit beaucoup de jeunes qui voudraient reprendre une entreprise, mais les banques sont frileuses. Je voudrais créer une association qui regrouperait des banques, des politiques, des professionnels et des Meilleurs Ouvriers de France. On pourrait suivre les jeunes pendant trois ou quatre ans, leur permettre d’avoir des loyers modérés pour pouvoir s'installer".

Michel Collin est lui aussi heureux dans son métier et fier de sa réussite. Distingué par Gault et Millau, il a été récompensé par le prix Goût et Santé et a reçu la médaille d’or des Régions pour son travail. Fils de carrossier, il a appris le métier auprès d’un maître d’apprentissage qui aura 100 ans en avril prochain. Par affection, par reconnaissance aussi, c’est lui qui s’occupe de son vieux maître aujourd’hui.

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