Sedan : il retrouve la résistante qui a sauvé son grand-père durant la Seconde Guerre mondiale

Mickael Pinot a retrouvé la résistante qui a permis à son grand-père d'échapper aux Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Grâce à la publication de nos deux articles, l'enseignant peut enfin mettre un nom sur la photo qu'il avait partagée sur les réseaux sociaux.

A gauche, la photo publiée dans le journal en 1995 par Jean Pinot pour retrouver sa sauveuse. A droite, la photo envoyée par Daniel Wanlin, le fils de la résistante recherchée.
A gauche, la photo publiée dans le journal en 1995 par Jean Pinot pour retrouver sa sauveuse. A droite, la photo envoyée par Daniel Wanlin, le fils de la résistante recherchée. © Documents remis

La bouteille à la mer a trouvé son destinataire. Il s'agit de Daniel Wanlin, militaire belge retraité, âgé de bientôt 70 ans, qui n'est autre que le fils de la résistante que Mickael Pinot cherchait depuis des mois. Cette dernière se nomme Andrée Fivet et c'est elle qui, en 1943, a guidé Jean Pinot à vélo pour qu'il échappe aux Allemands. Une rencontre brève, mais qui a marqué le jeune résistant, qui tentera dans les années 1990 de reprendre contact avec la jeune femme. En vain. "C'est un dénouement heureux, se réjouit l'enseignant en histoire. Je ne pensais pas y arriver aussi facilement ! J'ai simplement posté un message sur les réseaux sociaux, puis c'est toute la chaîne de personnes qui ont partagé l'information et se sont investies dans cette recherche qui ont mené à ce résultat."


Le professeur ne pensait pas trouver l'identité de la résistante aussi rapidement. Les premières pistes ont mené Mickael Pinot sur celle d'une infirmière, également résistante, Marie-Thérèse Aseglio. Mais très vite, l'enseignant doute de la ressemble entre l'infirmière et la dame présente sur la photo partagée par son grand-père. Alors, quand le 2 mai dernier, Daniel Wanlin lui envoie une photo de sa mère, il n'a plus aucun doute sur l'identité de la Résistante. "C'était la grande surprise !, se souvient-il dans un grand sourire. Quand j'ai vu son visage sur la photo, j'ai de suite su que c'était elle, je n'ai eu aucun doute. Je ne pensais pas que je tomberai sur une photo dont la ressemblance serait aussi nette."
 

"Andrée, ne reviens pas avec ces vieilles histoires"

Si la ressemblance est si flagrante, c'est qu'elle a vraisemblablement été prise le même jour, estime Daniel Wanlin. "En voyant votre article, j'ai vu que c'était bien ma mère sur la photo, puisque j'ai également un cliché pris le même jour, avec la même petite fille (que d'ailleurs, je ne connais pas)", raconte l'ex-militaire. Et de préciser : "C'est à Bouillon, en 1941, sur le pont de France, ou du moins, on avait installé un pont en bois pour remplacer le pont qui avait sauté."

Ce n'est pas mon père qui était au courant des actes de résistance de ma mère. C'est moi qui lui ai appris ce que ma mère avait fait durant la guerre. La communication, à ce sujet-là, n'était pas optimale, c'est le moins que l'on puisse dire !

Daniel Wanlin, militaire à la retraite.


Mais alors, qui est Andrée Fivet ? A-t-elle sauvé d'autres résistants durant la guerre ? Cela fait dix ans maintenant que son fils tente de répondre à ces questions. Sans grand succès. "Elle en avait un peu parlé mais vraiment très peu, regrette Daniel Wanlin. Elle appartenait à une génération très discrète sur ce sujet. Mon père ne voulait jamais en parler. Quand elle commençait à aborder cette période, il lui disait toujours: "Andrée, ne reviens pas avec ces vieilles histoires."" Au grand dam de son fils, qui craint de ne jamais retracer avec précision l'histoire de sa mère. "Il va être vraiment trop difficile de retrouver son parcours exact, pressent-il. On peut faire des hypothèses, mais démontrer ce qu'elle a fait... je ne crois pas découvrir grand-chose, à moins d'un miracle comme cette histoire avec monsieur Pinot !" D'un air rieur, il ajoute : "En tout cas, ce que je peux dire, c'est qu'elle avait de bons mollets car elle faisait beaucoup de balades en bicyclette !"

 

Les parents de Daniel Wanlin, Jean et Andrée, durant l'été 1950.
Les parents de Daniel Wanlin, Jean et Andrée, durant l'été 1950. © Daniel Wanlin


Car jusqu'à présent, le retraité ignorait totalement l'existence de Jean Pinot et le rôle de sa mère dans sa fuite de l'occupant. "Je pensais qu'elle n'avait eu qu'un rôle passif dans la Résistance. Mais avec cette histoire, j'apprends qu'elle a pris des initiatives et des risques", constate-t-il, un brin de fierté dans la voix. Avant de poursuivre : "Vous l'auriez connue, c'était une dame très discrète, très maîtresse d'elle-même."

Cependant, on en sait un peu plus sur le contexte familial et ce qui a poussé Andrée, née à Dienville-sur-Aube, le 18 novembre 1922 et décédée à Saint-Ode (Belgique) en 2004, vers les Ardennes. En 1939, le père d'Andrée travaille comme tailleur de pierres (il aidera notamment à reconstruire la cathédrale d'Anvers). Sa mère quant à elle, tient un hôtel à Bouillon, qui se situe juste en face du pont bombardé. Il ne reste alors plus grand-chose de l'établissement, qui de surcroit est pillé par les Allemands. "Quand on voit son parcours de 1939 à 1950, c'est une famille qui a tout perdu. Ils ont été dans "la dèche", comme on dit chez nous, pendant dix ans." 
 

"Andrée a été arrêtée mais n'a rien dit"

Pendant ces années sombres, le père, l'oncle et le grand-père de Daniel Wanlin sont arrêtés, interrogés. Tout comme Andrée. "Il y a une phrase qui m'a toujours interpellé à propos de ma mère dans tous les documents que j'ai récupérés. C'est une phrase sibylline : "Andrée a elle aussi été arrêtée et interrogée, mais elle n'a rien dit, malgré le fait qu'elle savait beaucoup de choses." Alors voilà, qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Je ne sais pas." Son grand-père fera même neuf mois de prison pour avoir écouté la BBC, faute de preuve de son appartenance à la Résistance.

Les époux Wanlin en 1997.
Les époux Wanlin en 1997. © Daniel Wanlin


En novembre 1950, Jean et Andrée se marient. Un peu moins d'un an plus tard, ils ont leur premier enfant, Daniel, puis sa soeur en 1954. Ils tiennent tous les deux un magasin de meuble dans les Ardennes belges. Le travail y est physique et les époux sont contraints de mettre la main à la pâte dans une boulangerie tous les vendredis soirs pour arrondir les fins de mois, lors des distributions de brioches du samedi. Ce jusque dans les années 1970, où les affaires s'améliorent enfin. "Je crois que ce qui a fait tenir ma mère, c'est que nous avons bien réussi avec ma soeur. J'ai eu une belle carrière militaire et ma soeur est devenue médecin", raconte Daniel. 

Pour le moment, Daniel Wanlin n'a recueilli que peu d'informations sur le rôle de sa mère dans la Résistance et poursuit ses recherches. C'est également la prochaine étape pour Mickael Pinot : "Tout mettre au clair pour avoir un récit linéaire pour écrire cette histoire." Mais avant ça, il pourra annoncer la bonne nouvelle à ses élèves, qu'il avait fait plancher sur son cas familial. "A chaque fin de cours, ils me demandent si j'ai retrouvé la dame. Je vais enfin pouvoir leur dire que c'est fait !"
 

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