Aube : la voie des Viennes, "repaire de la biodiversité" au coeur de l'agglomération de Troyes, objet d'un inventaire

Depuis le mois de mars, le conservatoire des espaces naturels de Champagne–Ardenne réalise un inventaire de la faune et de la flore de la Voie des Viennes, l’un des poumons verts de l’agglomération troyenne qui se déploie sur 7 km de Troyes à Torvilliers.
La faune et la flore de la voie des Viennes sont actuellement scrutées
La faune et la flore de la voie des Viennes sont actuellement scrutées © Tiphaine Le Roux FranceTV

Il a pris son filet de spécialiste en tissu très doux mais il ne l’utilisera que modérément. Pour inventorier les papillons et les insectes de la voie des Viennes au coeur de Sainte-Savine, dans l'agglomération de Troyes, Julien Pellé, chargé de projet faune au conservatoire d’Espaces Naturels de Champagne-Ardenne a surtout besoin de ses bons yeux, de ses oreilles et de ses jambes. Sa mission : dresser un inventaire de la faune et de la flore qui existent sur la Voie des Viennes, l’un des poumons verts de l’agglomération de Troyes, qui se déploie sur 7 km de Troyes à Torvilliers. 

Entre deux explications à notre adresse, il s’élance ou se fige. Observe la couleur des ailes pour déterminer l’espèce, dégaine son "Guide des papillons de France" ou écoute les stridulations et les crissements. Parfois cependant il est contraint de capturer un spécimen. "Hespérie de la Houque ou du Dactyle ? C’est uniquement en regardant la coloration noire ou orangée du bout des antennes qu’on peut départager les deux espèces !" confie-t-il en relâchant presque aussitôt, avec une grande délicatesse, un papillon aux tons fauves. 

Cela ne peut pas être un inventaire exhaustif, c’est impossible. D’ailleurs il n’y a pas pour moi de protocole particulier. Mais j’essaye de recenser un maximum d’espèces de la biodiversité ordinaire'.

Julien Pellé, chargé de projet faune

 

Espèces communes, rares  ou menacées 

Parmi les papillons que l’on trouve couramment, Julien a repéré le Robert-du-Diable orange et noir,  l’Azuré des Nerpruns, un tout petit papillon bleu ou le Tircis dont les ailes marron sont tachetées de jaune orangé. Le naturaliste a cependant vu une espèce beaucoup moins répandue : l’Azuré des Cytises, un papillon bleu menacé et sur liste rouge en Champagne Ardenne. 

"Je l’ai trouvée dans une partie plus préservée qu’on appelle les délaissés de la rocade. Ce sont des talus qui surplombent la Voie des Viennes aménagée, et qui sont issus du dépôt de matériaux provenant de la construction de la route. Ils sont moins fréquentés et on y laisse les herbes en bordure se développer à leur guise. Plus on a de plantes-hôtes, plus la biodiversité de la faune est grande," explique-t-il.

"Bien sûr, cela se voit que le site est entouré de villes,  ce qui limite les échanges entre espèces", enchaine Julien. "Si je compare avec la réserve naturelle de Courteranges, (située au sein du Parc naturel régional de la Forêt d’Orient, la réserve naturelle des prairies humides de Courteranges protège environ 28 hectares de prairies de fauche, humides à marécageuse), il n’y a pas photo : on y compte une quarantaine d’espèces de papillons. Pour le moment je n’en ai vu que 21 ici !"

L'azuré des Cytises. Un lépidoptère de la famille des Lycaenidae, de la sous-famille des Polyommatinae, du genre Glaucopsyche.
L'azuré des Cytises. Un lépidoptère de la famille des Lycaenidae, de la sous-famille des Polyommatinae, du genre Glaucopsyche. © FTV

Au rythme des cycles de reproduction

Les quatre salariés du conservatoire engagés dans l’étude interviennent en fonction des cycles de développement des « taxons » ou groupes écologiques. "Mon collègue chargé des oiseaux a débuté en avril, la période où les mâles chantent le plus pour séduire", raconte Julien. "De mon côté, de mars à début juillet je suis allé évaluer la population des amphibiens, toujours de nuit, le moment où ils sont le plus bavards".

C’est dans ce cadre qu'il a fait sa plus belle découverte, dans une zône marécageuse de l’île Germaine : une  vingtaine de tritons crêtés.  "Le triton crêté est une espèce menacée en Champagne Ardenne et protégée car plutôt rare à l’échelle de la France". Au mois d’août, Julien Pellé prévoit de revenir pour les criquets. "La plupart d’entre eux sont encore à l’état larvaire en ce moment. Dans un mois ils seront adultes et on entendra leur chant". Parallèlement à tout cela, une spécialiste de la botanique et des habitats explore également ces espaces.

La voie des Viennes.
La voie des Viennes. © FTV

Plus ou moins de biodiversité qu’en 2010 ?

Même si le résultat de l’étude commandée par Troyes Champagne Métropole ne doit être pas être rendu avant début 2022, les experts du Conservatoire des Espaces Naturels sont plutôt confiants, à commencer par la coordinatrice de l’étude, Manon Chautard. "Il me semble à ce stade de notre inventaire qu’il n’y a pas eu d’évolution énorme depuis notre précédent travail en 2010".

"Cela étant, nous sommes justement là pour préconiser des adaptations face à une fréquentation de plus en plus importante du site". Parmi les usages à modérer, la spécialiste sait déjà qu’elle conseillera de repousser les tontes de bordures ou les tailles de haies encore plus loin dans la saison vers fin août-début septembre pour laisser davantage de temps d’évolution aux oiseaux et aux insectes.

Le maire de sainte-Savine, Arnaud Magloire et les agents du conservatoire.
Le maire de sainte-Savine, Arnaud Magloire et les agents du conservatoire. © FTV

Des résultats très attendus par Troyes Champagne Métropole

Ce travail permettra en tout cas de renouveler le plan de gestion du site de la Vallée des Viennes et d'aider à la rédaction du Plan climat pour le territoire. Il est donc forcément très attendu par le vice-président de Troyes Champagne Métropole en charge du Développement durable Arnaud Magloire, par ailleurs maire de Sainte Savine, l’une des communes traversées par la Voie Verte.  

"On ne peut que se féliciter du choix qui a été fait de refuser une route pénétrante sur cet axe, ce qui a donné le poumon vert que nous connaissons aujourd’hui. Et puis, nous avons constaté pendant le confinement combien cet endroit, déjà très prisé auparavant, pouvait être une plus-value pour les personnes sans jardin. Il faut préserver cette trame verte et bleue, de plus en plus visitée", lance l'élu.

A pied, mais aussi à vélo ou à trotinette, le site est effectivement de plus en plus arpenté. La collectivité va devoir trouver des solutions pour "diluer les effets de ces déplacements".  Arnaud Magloire aimerait déjà concrétiser une solution envisagée depuis plusieurs années : prolonger les voies aménagées qui ne font pour le moment que 3km de long sur 7 km de réseau hydrographique.

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