Bas-Rhin : le projet de rachat de Bombardier par Alstom inquiète les syndicats du site de Reichshoffen

Le groupe Alstom a annoncé lundi 17 février son souhait de racheter son concurrent canadien Bombardier pour devenir un géant du rail. Mais une telle opération risque de menacer des emplois qui se retrouveraient en doublon. Sur le site du groupe à Reichshoffen en Alsace, l’incertitude règne.
L'usine Alstom à Reischoffen.
L'usine Alstom à Reischoffen. © Arnaud Rapp / France Télévisions
Le groupe français Alstom a indiqué, lundi 17 février 2020, vouloir racheter les activités ferroviaires du canadien Bombardier pour environ 6 milliards d'euros. L'entreprise doublerait ainsi de taille. Mais cette annonce préoccupe les syndicats, notamment en matière d'emploi. C'est le cas sur le site d'Alstom à Reichshoffen (Bas-Rhin). L'usine compte 800 salariés et fabrique des rames de trains intercités, des TER et même des métros parisiens, Daniel Dreger, représentant de l'intersyndicale du site et délégué de la CGT au niveau européen, explique ainsi que "les salariés sont inquiets parce qu’il y a des doublons entre Bombardier et Alstom. Nous fabriquons exactement le même matériel en Europe".

De son côté, la direction d’Alstom se dit fière d'avoir signé le protocole d'accord. "Cette acquisition renforcera notre présence internationale ainsi que notre capacité à répondre à la demande toujours plus importante de solutions de mobilité durable. Bombardier Transport apportera à Alstom une complémentarité géographique et industrielle sur des marchés en croissance, ainsi que des plateformes technologiques additionnelles", indique Henri Poupart-Lafarge, directeur général du groupe. 

"Il n'y a pas du tout d'idée de restructurations ou de menace sur l'emploi dans cette acquisition, bien au contraire", a-t-il assuré. "Ce n'est pas une fusion défensive dans laquelle nous essaierions de gagner des synergies de coûts par des restructurations, c'est une fusion offensive dans un marché en croissance". 


Des mariages difficiles

Les négociations entre les deux protagonistes sont prévues jusqu’au premier trimestre 2021. Mais avec Alstom rien n’est jamais sûr. C’est la troisième fois en cinq ans que les deux groupes envisagent une alliance. En 2015 et en 2017, Alstom avait considéré les exigences financières de Bombardier trop élevées.

Le constructeur de trains avait même tenté de fusionner avec son concurrent allemand Siemens. Mais en 2019 la Commission européenne avait opposé son véto, estimant ce mariage néfaste pour la concurrence sur le marché ferroviaire de l’Union européenne. On ne connaît pas encore les conditions de la nouvelle opération. "Le rachat, ce n’est aujourd’hui qu’une lettre d’intention. Nous n’avons aucun document. Nous allons scruter tous ceux qui vont nous être présenté lors du comité du groupe européen la semaine prochaine, et avec nos experts comptables nous en saurons plus dans 15 jours", précise le syndicaliste.

 

Plus de 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé 

Bombardier Transport, basé à Berlin, a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 8,3 milliards de dollars américains (7,7 milliards d'euros au cours actuel), terminant l'année avec un carnet de commandes de 35,8 milliards de dollars (33 milliards d'euros). Elle emploie 36.000 personnes.  Alstom a bouclé son dernier exercice 2018-19 (clos fin mars) avec un chiffre d'affaires global de 8,1 milliards d'euros, son carnet de commandes culminant à 43 milliards d'euros au 31 décembre 2019. Le fabricant du TGV emploie 36.300 personnes, dont 9.500 en France. 

Avec un chiffre d'affaires cumulé de plus de 15 milliards d'euros et un carnet de commandes dépassant les 75 milliards, un mariage Alstom-Bombardier doit créer un groupe puissant pour affronter le mastodonte chinois CRRC, dont les ventes dépassaient 28 milliards d'euros en 2018, et qui exporte désormais dans le monde entier.
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