Bas-Rhin : querelle de clocher autour de panneaux solaires sur le toit de l’église de Muttersholtz

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Écrit par Caroline Moreau
Vue de l'église protestante de Muttersholtz (Bas-Rhin), sur le toit de laquelle pourraient être installés des panneaux solaires.
Vue de l'église protestante de Muttersholtz (Bas-Rhin), sur le toit de laquelle pourraient être installés des panneaux solaires. © Googlemaps

Un projet d’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit de l’église protestante de Muttersholtz (Bas-Rhin) est à l’étude. Un collectif de citoyens serait prêt à financer et à exploiter l’équipement mais certains habitants s’y opposent. Ou quand l’écologique se confronte à l’esthétique.

La réunion publique organisée à la mairie de Muttersholtz (Bas-Rhin) dans la soirée du 30 juin 2021 fut quelque peu houleuse. Elle avait pour objet de présenter dans le détail le projet d’installation d’une centrale photovoltaïque sur le toit de l’église protestante de la commune. Il s’agirait de recouvrir 200m2 de son pan sud, particulièrement bien exposé au soleil, avec des panneaux solaires qui permettraient de produire de l’électricité.

C’est la municipalité de Muttersholtz, propriétaire de l'édifice, qui a émis l’idée de cette installation.  « Nous sommes engagés dans une grande dynamique de transition énergétique, nous voulons devenir un territoire à énergie positive, explique le maire Patrick Barbier. Nous avons déjà réalisé plusieurs équipements en ce sens. Le toit de cette église est celui qui se prête le mieux dans la commune à l’installation de panneaux photovoltaïques, voilà pourquoi nous avons lancé un appel à propositions ». Une démarche soutenue par le conseil municipal qui a adopté à l’unanimité en septembre 2020 cet appel à projets. La vidéo ci-dessous présente ses grandes lignes.

 

 

Un collectif de citoyens a répondu à cet appel. Regroupés dans une société, « les centrales villageoises d’Alsace centrale », une soixantaine d’habitants et d’entreprises du secteur de Sélestat ont décidé de devenir acteurs de la transition énergétique en concevant et en exploitant eux-mêmes bénévolement des centrales de production d’énergie renouvelable. « Nous préparons et finançons nous-mêmes les projets : chacun est actionnaire et met de l’argent au pot, explique Eloi Navarro, le président du collectif. Une fois les équipements en fonctionnement, nous revendons l’électricité à un fournisseur d'énergie. Avec les bénéfices, nous nous remboursons et nous réinvestissons dans d’autres initiatives en faveur de la transition énergétique ».

 

 

Mais à Muttersholtz, recouvrir l'église de panneaux solaires n’est pas sans soulever l’opposition de certains habitants. Ils étaient une cinquantaine à exprimer leur désapprobation lors de la réunion publique. « Ce bâtiment est le dernier édifice remarquable qui reste dans le village, argumente Jean-François Barth, porte-parole du collectif "Touche pas à mon église". Nous ne voulons pas la gâcher pour quelques kilowatt/h par an. " L'habitant a lancé une pétition, qui a recueilli 450 signatures. Il se dit prêt à mener le combat jusqu'au bout au nom de l'intégrité architecturale de cette église dont les premières fondations remontent au XIIIe siècle.

Ce à quoi les promoteurs de la centrale photovoltaïque répondent Tour Eiffel ou reconstruction du château du Haut-Koenigsbourg, des projets accusés eux aussi en leur temps de défigurer le patrimoine mais qui en sont aujourd'hui devenus des symboles. « Nous n’avons pas l’intention d’abîmer le bâti de l'édifice. C’est l’avantage des panneaux photovoltaïques : ils sont posés sur le toit et ne nécessitent donc pas de retirer les tuiles, précise Eloi Navarro qui met en avant une réalisation similaire déjà réalisée sur le toit d’une autre église alsacienne, dans la commune de Boesenbiesen, à six kilomètres de là, et dont on voit la photo ci-dessous.

 

 

Une opposition qui place le président du conseil presbytéral dans l’embarras. "A titre personnel, je n’ai rien contre les panneaux solaires mais beaucoup trouvent cela dommage pour l’aspect visuel", commente le président du conseil, Daniel Frey. Pour contourner cette polémique, il soulève une autre problématique : « nous sommes en train de rénover l’orgue et nous nous inquiétons des possibles risques d’incendie que pourrait entraîner l’installation de ces panneaux solaires ». Tandis que le pasteur en charge de la justice climatique au sein de l'UEPAL (Union des églises protestantes d'Alsace et de Lorraine) est résolument favorable au projet : "l'Eglise doit montrer l'exemple, prouver qu'elle est engagée dans les préoccupations de l'avenir, commente Jean-Sébastien Ingrand. Nous avons à Muttersholtz une formidable occasion de le faire. Les édifices religieux ne sont pas qu'un patrimoine, elles sont aussi des communautés vivantes qui doivent agir."

J’ai peur que cela décourage les citoyens bénévoles engagés dans les centrales villageoises

Patrick Barbier, maire de Muttersholtz

« Les opposants arguent de leur émotion esthétique, constate le maire Patrick Barbier. Ce à quoi je leur oppose mon émotion de grand-père. J’ai un petit-fils d’un an. C’est lui qui va se retrouver à vivre avec des conditions climatiques qui seront devenues vraiment problématiques. C’est maintenant qu’il faut agir ». Le maire s’en remet maintenant au conseil municipal auquel sera de nouveau soumise cette proposition à l’automne prochain. Si l’opposition dans la commune est trop forte, une solution alternative pourrait être envisagée : l’installation d'une centrale photovoltaïque sur le toit des ateliers municipaux de la commune. Mais leur charpente actuelle ne permet pas de supporter le poids des panneaux solaires. Le projet pourrait donc s’avérer bien plus lourd à réaliser et à financer.

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