Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) : partisans comme opposants à l'implantation d'Amazon confortés par le confinement

Projection du bâtiment Amazon (en orangé) imaginée par un habitant de Dambach-la-Ville, opposé à l'implantation du géant américain. / © Y. Durmann
Projection du bâtiment Amazon (en orangé) imaginée par un habitant de Dambach-la-Ville, opposé à l'implantation du géant américain. / © Y. Durmann

Le géant du commerce en ligne, Amazon, prévoit d’implanter un vaste centre logistique à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin). Un projet attendu par les uns, dénoncé par d’autres. A la sortie du confinement, chacun sort renforcé dans sa détermination.

Par Caroline Moreau

Il est présenté comme l’un des plus grands centres logistiques de la société en France : le leader américain de la vente en ligne Amazon aurait des vues sur le Piémont des Vosges alsacien pour implanter un nouveau site dans l'Hexagone. C’est la plateforme d’activité d’Alsace centrale qui aurait plus particulièrement repérée, sur la commune de Dambach-la-Ville, à moins de 10 kilomètres de Sélestat. Il faut dire que l’emplacement a des atouts pour plaire : le groupe ne possède pour l’heure dans l’est de la France que deux sites de distribution, à Strasbourg et près de Metz.
La carte des sites d'implantation d'Amazon en France (en mai 2020). Le géant américain ne dispose que de deux agences de livraisons dans le Grand Est. / © Amazon
La carte des sites d'implantation d'Amazon en France (en mai 2020). Le géant américain ne dispose que de deux agences de livraisons dans le Grand Est. / © Amazon
Dambach-la-Ville offre une position d'autant plus privilégiée que la commune est directement bordée par l'autoroute A35 et se trouve non loin de l'Allemagne, tout comme de la Suisse. Elle cherche depuis plusieurs années des acquéreurs pour sa plateforme d'activité sur laquelle 48 hectares sont disponibles. Amazon bénéficieraient par ailleurs en Alsace d'un accès rapide vers deux ports (le port autonome de Strasbourg et le port rhénan de Colmar Neuf-Brisach) et quatre aéroports internationaux (Strasboug-Entzheim, Bâle-Mulhouse, Zurich et Francfort).

"C'est un projet très important", confime Gilbert Scholly, président de la communauté de communes du pays de Barr qui gère les terrains qui pourraient être cédés à Amazon. C'est lui qui a engagé les discussions avec le groupe américain. Il ne peut d'ores et déjà affirmer que le projet aboutira bien. Un projet de 150.000 m² (un bâtiment de trois étages) qui vise à terme le millier d'emplois.

Je les sens très intéressés
- Gilbert Scholly, président de la communauté de communes du pays de Barr.


S'il porte le projet, ce n'est pas lui qui le signera. Maire sortant de Barr, Gilbert Scholly ne briguait pas sa succession lors des municipales "interrompues" de mars dernier et laisse donc son fauteuil de président de l'intercommunalité à pourvoir. Pourrait lui succéder l'actuel maire de la commune directement concernée par l'arrivée d'Amazon.

Réélu dès le 15 mars à la tête de Dambach-la-Ville, Claude Hauller est très favorable à l'arrivée du géant du commerce en ligne qui a affiché une croissance de 19% en 2019 . Et les deux mois de confinement que la France vient de connaître n'ont fait que le conforter dans sa position. "Avec ce qui s'annonce au plan économique, on va encore plus avoir besoin d'emplois de proximité qu'avant, argumente l'élu, viticulteur de profession qui pâtit lui aussi d'une baisse de son activité. Dans les prochains mois, on sera peut-être super content de disposer sur place de ce type de structure.

Un argument qui ne suffit pas à convaincre les détracteurs du projet. "Pour 1'emploi créé sur un site Amazon, il y en 2,2 qui disparaissent dans les commerces de proximité, rétorque Pascal Lacombe, du collectif GCO Non Merci qui amplifie la voix des contestataires, en s'appuyant sur des déclarations de l'ex secrétaire d'Etat au numérique Mounir Majoubi. Il craint les retombées pour les commerçants du secteur, qui ont déjà récemment vu planer la menace de l'installation d'un village de marques dans cette même zone d'activité, projet finalement abandonné. Contre Amazon, ils ont lancé une pétition en mars dernier. A la date de la rédaction de cet article, elle comptabilise 8.000 signataires.
 
Le militant partage tout de même un point de vue avec ses adversaires. Le confinement a renforcé sa détermination. "Ces deux mois n'ont fait que confirmer voire exacerber le comportement d'Amazon vis-à-vis de ses employés, déplore-t-il. Ils ne bénéficiaient pas de doctrines sanitaires rigoureuses au début. Ils ont même perdu un procès et ont dû  fermer à cause de ça !" Et d'avancer l'argument écologique : le millier de poids-lourds et les 450 véhicules utilitaires estimés chaque jour en circulation sur le site.

S'ils ne viennent pas chez nous, ils iront en face, en Allemagne ou en Suisse, et circuleront quand même chez nous pour aller livrer", riposte Gilbert Scholly pour tenter de convaincre les détracteurs et le prochain conseil communautaire qui aura à trancher ce dossier. Et d'ajouter la carte des retombées fiscales ainsi que celles des emplois indirects induits par cette implantation en Alsace. Mais les décisionnaires pourraient aussi être sensibles, en cette période où nos modes de consommation et nos déplacements sont à repenser, à la proposition des opposants. "Nous prônons sur ce site l'installation d'entreprises locales qui ne se déplaceront que dans un secteur réduit", suggère Pascal Lacombe, qui ne veut pas d'une entreprise qui, à l'inverse, rayonne sur l'Europe. 

Le modèle économique d’Amazon est la consommation de masse d'objets jetables produits à l'autre bout du monde au plus bas coût. Souhaitez-vous que la ComCom de Barr en soit complice ?
- Extrait de la pétition lancée contre l'implantation d'Amazon en Alsace centrale.

La validation du projet est maintenant assujettie à la constitution du prochain conseil de la communauté de communes du Pays de Barr et à l'avancée des discussions entre les différents partenaires. Un délai d'une durée encore inconnue dont vont profiter les détracteurs pour interpeller les élus locaux. Subsisterait également un point d'achoppement quant à la hauteur du bâtiment, supérieure aux 18 mètres alloués par le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI). Mais les choses pourraient aller vite, d'après les pronostics de Gilbert Scholly, le lancement d'activité pourrait débuter d'ici deux ans." 

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